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En ce temps le cardinal de Bar, filz au duc de Bar, et Guy de Roye, arcevesque de Reims, avec eulx maistre Pierre d'Ailly, évesque de Cambray, et plusieurs autres prélas et autres gens d'église alans au concile général qui lors se tenoit à Pise, furent logez en une ville sur la mer, nommée Voutre", séant à quatre lieues de Gênes, en laquelle ville le mareschal dudit arcevesque eut noise et content avec ung autre mareschal de ladicte ville pour le salaire de ferrer ung cheval, et tant multiplia la discorde que ledit mareschal dudit arcevesque tua cellui de la ville, et tout prestement il s'en fuit à l'ostel de son maistre à saulveté. Auquel lieu, ceulx de ladicte ville soudainement, en grant nombre, tous esmeuz vindrent pour venger ledit mareschal occis. Et quant ledit arcevesque oy la noise, lui estant en grant ennoy* pour ladicte besongne, descendi de sa chambre appellant iceulx doulcement et promectant que prestement il feroit amender ladicte offense à leur voulenté. Et pour mieulx les appaiser il mist son mareschal en la main du juge de la ville, lequel estoit lieutenant de messire Boucicault, mareschal de France, adonc gouverneur de Gênes de par le Roy. Mais ce riens n'y valu, car ainsi que ledit arcevesque parloit à eulx en dehors de l'uis de son hostel, l'un d'iceulx lui lança une javeline parmy le corps droit au cuer, si doloreusement qu'il chey prestement mort sans depuis parler aucune parole. Dont ce fut très piteuse chose, car il estoit très notable prélat, bien condicionné et de noble lignée. Et après que ce fut fait, ne leur suffist point encores à tant, ains mirent encores à mort ledit juge de la ville et ledit mareschal. Et avecques ce vouloient efforcer l'ostel du cardinal de Bar, où la plus grant partie des autres s'estoient retrais, pour tout mectre à mort.Toutesfois ilz furent rapaisez aucunement par aucuns des plus notables d'icelle ville, et tant fut traictié qu'enfin ledit cardinal leur bailla pardon de tout ce qu'ilz avoient mespris contre lui. Et fut à ce conseillé par ses gens, afin qu'ilz ne feussent là tous destruis. Et aussi on ne lui dist point la mort dudit arcevesque jusques à ce qu'il fut bien deux lieues arrière d'icelle ville. Pour laquelle mort, quant elle fut venue à sa congnoissance, il en fut tant desplaisant et ennuieux en cuer qu'à grant peine se povoit-il tenir sur sa mule. Néantmoins ses gens le firent haster le plus qu'ilz porent, car ilz estoient en grant doubte de leurs vies pour l'exemple qu'ilz avoient veu, et aussi qu'ilz veoient par les signes qu'ilz ont ou pays acoustumé de faire quant il y a effroy en une ville, par cloches qu'ilz sonnent et autrement, lequel signe estoit jà tout parmy le pays, et veoient de plusieurs lieux descendre paysans des montagnes pour courir après eulx. Mais quant ilz vindrent à une lieue de la cité de Gênes, le mareschal Bouciquault vint audevant dudit cardinal à très belle compaignie. Lequel cardinal lui fist très grant complainte de l'outrage qui avoit esté fait contre ses gens par ceulz de la ville de Voultre, en lui requérant que par justice il y voulsist pourveoir. Lequel Bouciquault fist response qu'il en feroit si bonne justice que tous autres y devroient prendre exemple. Et après, emmena icellui cardinal en ladicte ville de Gênes, où il fut grandement reçeu, tant des gens d'église comme bourgois. Et en ce mesme jour fut apporté le corps dudit arcevesque de Reims audit lieu de Gênes, et là fut enterré très honnorablement et son service fait dedens la grant église d'icelle ville. Et tantost après fut prinse grande punicion par ledit mareschal Bouciquault de tous ceulx qu'on peut prendre et appréhender, et aussi de leurs complices, qui avoient fait ceste cruaulté; et furent mis à mort et justiciez par diverses manières, et avec ce furent leurs maisons abatues et démolies de fons en comble à fin de donner exemple aux autres que jamais ne feissent si cruel ne si horrible murdre.

1. Voltri, à deux lieues et demie ouest de Gênes. 2. En grand ennui, fort troublé.

Et adonc le cardinal de Bar et toutes ses gens, se parti de Gênes et ala par plusieurs journées, jusques à ce qu'ilz vindrent en la ville de Pise. Ouquel lieu estoient assemblez très grant multitude de cardinaulx de l'obédience des deux papes, de maistres en théologie, de graduez, tant en décret comme en autres sciences, les ambaxadeurs de divers royaumes et très grant nombre de prélas de toutes les parties de chrestienté. Lesquelz après qu'ilz eurent tenu plusieurs consaulx sur la division de l'Eglise universelle, vindrent enfin à une conclusion , et tous ensemble et d'une mesme voulenté, condemnèrent les deux contendans à la papalité comme hérétiques, scismatiques obstinez en mal et troubleurs de la paix de nostre mère saincte Église. Ceste condemnacion fut faicte, présens vingt-quatre cardinaulx, ès portes de la cité de Pise, en la présence de tout le peuple. Et le xv° jour de juing oudit an, les cardinaulx dessusnommez, appellans et invoquans la grace de Saint-Esperit, entrèrent en conclave et là furent ensemble par l'espace de xxvi jours, tant qu'ilz vindrent à conclusion et esleurent Pierre de Candie, natif de Grèce, de l'ordre des frères mineurs, docteur en théologie fait à Paris, ' arcevesque de Milan et cardinal, à vray et souverain évesque catholique de nostre mère saincte Église. Lequel, en consacrant, appellèrent pape Alexandre, V° de ce nom ". O Dieu tout puissant ! comme grant joye et grant léesse fut adonques par la grande provision de ta grace. Car adonques n'eust-on peu racompter la grant voix et resjouissance que faisoient ceulx qui estoient et venoient autour de ladicte cité par l'espace d'une lieue ou environ. Mais que pourrons nous dire de la cité de Paris ? Certainement quant de ce ilz oyrent les nouvelles, ce fut le vIII° jour de juillet, ilz furent remplis de si grant joye qu'ilz ne cessoient de crier, nuit ne jour, par les places et par les rues, à haulte voix : Vive Alexandre V° nostre pape ! buvans et mengans ensemble par manière de grant solemnité. Et après firent les feux, qui estoient moult grant. Les solennitez, procès et ordonnances dudit concile pevent apparoir par plusieurs lectres cy-après escriptes. Et premièrement, par les lectres de l'abbé de SaintMaxence envoiées à l'évesque de Poictiers, desquelles la teneur s'ensuit* : « Révérend père et mon redoubté seigneur, humble recommandacion prémise. Moy sachant que vostre révérende paternité désire aucunement estre informé du procès et ordonnance de ce saint concile général, qui pour le présent est tenu en la cité de Pise , et des nouvelles là estans, j'ay pour ce, délibéré notifier par lectres à vostre paternité, les choses qui s'ensuivent : Et premièrement, le xxv° jour de mars, tous les seigneurs cardinaulx de l'un et de l'autre collège et tous les prélas qui pour lors estoient à Pise, s'assemblèrent en l'église Saint-Martin, qui est oultre la rivière vers les parties de Florence et de ladicte abbaye, tous vestus d'aulbes et de chapes et aornez de mitres, firent une procession grande et notable jusques à l'église cathédrale. Lesquelles églises sont autant loing l'une de l'autre qu'est l'église Nostre-Dame de Paris de celle de Saint-Martin des Champs. En laquelle église cathédrale est célébrée messe continuellement durant ledit concile général. Et cedit jour, fut la messe célébrée moult solennellement, et fist le sermon, monseigneur le cardinal de Milan, de l'ordre des Frères Mineurs, qui est ung grant théologien. Et après la solennité faicte, la journée fut continuée lendemain pour commencer ledit concile. Auquel jour furent appellez les deux contendans à la papalité, mais nul ne comparu, jà soit ce qu'ilz feussent appellez aux portes de ladicte église. Item, en ce jour fut faicte une autre continuacion jusques au xxvIII° jour dudit mois. Esquelz jours, de rechef furent appellez les deux contendans à la papalité, et nul ne comparu. Item, de ce jour fut faicte continuacion jusques au pénultime de mars, et à ce jour furent appellez les deux contendans, comme dessus, et nul ne comparu.

1. Élu le 26 juin 1409, et couronné le 7 juillet suivant dans l'église cathédrale de Pise.

2. L'abbé de Saint-Maixent était alors Pierre Baston, et l'évêque de Poitiers, Gérard de Montaigu, chancelier du duc de Berri, et qui succéda dans l'évêché de Paris à Pierre d'Orgemont, mort le 16 juillet de cette année 1409.

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