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qui est entre moy et le duc de Bourgongne pour la cause et raison de la cruelle et inhumaine mort de mon trèsredoubté seigneur et père, vostre frère germain, duquel Dieu ait merci, et madame la Royne en a aussi prié de par vous par lesdiz conseillers et ambaxadeurs, afin que on labourast diligemment sur ce pour le bien de paix et de vostre royaume; et que semblablement vous avez prié le duc de Bourgongne. Et disoient, que pour ce acomplir et mener à bonne fin, je envoiasse querre de mes hommes, lesquelz vous avez en propos d'envoier devers mon devantdit oncle sur ceste matière; qui aussi, semblablement y envoieroit quatre des siens. Le second point estoit, que me priez que je cessasse de mander et assembler gens d'armes. Le tiers estoit, que je receusse les lectres que me envoiez sur la requeste par moy à vous autrefois faicte pour prendre les homicides, consentans, occiseurs et coulpables de la mort de mondit seigneur et père , et vostre frère. En après, trèsredoubté seigneur, actendu diligemment les poins devantditz et eue délibéracion sur les choses devantdictes, je leur respondi que je vous regracioie, et regracie à présent tant humblement comme je puis, de ce qu'il vous a pleu envoier à moy. Car plus grant joye avoir ne puis que quant je oy souvent nouvelles de vous et de vostre noble estat, et que je estoie et suis cellui qui en vostre service et obédience, comme je doy, vueil exposer mon corps et quanque j'ay de ma puissance et de mes subjetz. Mais pour ce qui m'estoit lors exposé de par vous, qui estoient grans choses et nouvelles quant à moy, je ne leur peuz lors bailler response, excepté que je leur dis que je vous envoieroie response le plus tost que je pourroie. Laquelle response j'ay différé jusques à présent, car je scay, entour vous et en vostre conseil et service , plusieurs de mes ennemis, lesquelz vous devez tenir dès maintenant vos ennemis, ausquelz madicte response, mes amers propos, mes entencions et mes faiz je ne vueil mie estre communiquez, ne congneuz. Ne aussi, raisonnablement ne devroient point estre ne assister à quelque chose regardant moy, ne mon fait, ne estre entour vous en conseil, ne service. Et à vous informer et certifier plus plainement sur ce, trèsredoubté seigneur, je, qui suis vostre humble filz et nepveu, obligié et appareillié à vous servir et obéir comme à mon souverain et droicturier seigneur, désirant de tout mon cuer observer, honnourer et exaulcer selon mon povoir vostre seigneurie et l'estat de madame la Royne, de monseigneur d'Acquitaine et de tous voz autres enfans et de tout vostre royaume, et à vous adviser et conseiller vrayement et loyaument sans ce que je me taise ou vueille céler vérité pour le bien et honneur de vous et de toute la chose publique, j'ay délibéré de vous nommer et déclairer aucuns de voz ennemis et des miens, qui vous assistent et sont en vostre conseil et service. C'estassavoir : l'évesque de Tournay , le visdame d'Amiens, Jehan de Neelle, le seigneur de Heilly, Charles de Savoisis, Anthoine de Craon, Anthoine des Essars, Jehan de Courcelles, Pierre de Fontenay et Maurice de Ruilly*. Tous ceulx, par force et par violence, par faulx et mauvais moiens, militent et tiennent le lieu des bons preudhommes et expulsent et boutent dehors les bons et loyaulx serviteurs et leur ont fait et fait faire plusieurs griefz et irréparables dommages à l'encontre de tous termes de raison, et vous donnent à entendre faulses et iniques mençonges pour eslongner et éviter de vostre courage et dilection", moy et plusieurs de vos parens et loiaulx serviteurs et subjetz. Pour quoy par ces moiens et par autres voies et diverses manières iniques et désordonnées, lesquelles ilz tiennent et ont jà longuement tenues, les devant nommez, avecques leurs adhérens et complices, ont empesché et troublé le bien commun et la paix de tout ce royaume. Et n'est mie vray semblable, que tant longuement qu'ilz soient et demeurent avecques vous en vostre service, ou qu'ilz aient aucune auctorité devers vous, bonne paix ne bon régime puist estre en vostre royaume. Car tousjours empeschent et empescheront que vous ne faciez le bien de justice, à moy ne à autre, ce que vous devez faire à ung chascun indifférentement, tant au petit comme au grant. Et ce font et feront, pour ce qu'ilz se sentent chargez et souvent coulpables de plusieurs crimes et maléfices, dont aucuns d'eulx, c'estassavoir Jehan de Neelle et le sire de Heilli, qui sont coulpables de la cruelle et énorme mort de mondit seigneur, pour ce qu'ilz sont tous serviteurs jurez ou pensionnaires et aliez audit duc de Bourgongne, dont ilz pevent estre par raison tenus et réputez facteurs et complices dudit crime et désordonnée faveur, lequel ilz portent tous les jours envers vous, trèsredoubté seigneur, auquel actient l'offense dudit crime, premier comme il fait à moy. Et afin que je die tout, je sçay que se ne feussent les empeschemens fais et mis par les devantdiz et leurs complices, jà feust la réparacion faicte souffisamment de la mort de mondit seigneur et père, vostre frère, par vous et vostre bonne justice et par l'aide de vos bons et loyaulx subjetz, comme à ce avez eu et aiez bonne voulenté et estes enclin à bon propos, ainsi que sçay certainement, pour quoy je vous regracie humblement, tant comme je puis. Et pour ce, je vous requiers et supplie cordialement tant comme je puis, que pour le bien et honneur de vous, de madame la Royne et de monseigneur d'Acquitaine et généralement de tout vostre royaume, qu'ilz soient prins et que de eulx et chascun d'eulx soit faicte bonne justice comme de voz ennemis et des miens. Et vueillez aussi débouter hors et eslongner de vous, les complices, facteurs et favorisans dudit duc de Bourgongne, vostre ennemy, et convoquer à vostre conseil et service les bons et loyaulx conseillers et autres bons preudommes, lesquelz souffisans trouverez en vostre royaume. Lesquelles choses, se ainsi vous les faictes, je vous bailleray, au plaisir de Dieu, telle response et vous envoieray si clèrement mes propos et intencions, que par raison en serez content. Et pour l'amour de Dieu, trèsredoubté seigneur, en ce ne vueillez faillir, car autre fois, comme clèrement je apperçois tousjours, seroient empeschées mes requestes et supplicacions que je feroye dedens les termes de raison et de justice, et ne pourriez gouverner en respondant aux choses qui m'ont esté dictes par voz ambaxadeurs, ne aussi à ce qu'ilz me ont requis de par vous. Et pour ce, mon trèsredoubté seigneur, ne me faillez point, car je ne vous requiers fors tant seulement ce qui est juste et raisonnable, comme il vous peut et à chascun clèrement apparoir. Mon trèsredoubté seigneur, plaise vous me mander et commander vostre bon plaisir, et au plaisir de Dieu je l'acompliray". »

1. Jean de Thoisy. 2. « Morisse de Railly » (Suppl. fr. 93), Meurice de Railly ms. 8345).

1. En d'autres termes : pour écarter de votre cœur et de vos affections.

Avecques lesquelles lectres envoiées par le dessusdit duc d'Orléans devers le Roy, en escripvi aucunes autres assez pareilles au chancellier de France et autres du grant conseil, lesquelz il sçavoit estre à lui favorables", en leur requérant très instamment qu'ilz se voulsissent emploier devers le Roy, la Royne et le duc d'Acquitaine, afin que ceulx qui gouvernoient de par le duc de Bourgongne, dont dessus est faicte mencion , feussent déboutez et eslongnez du conseil royal, et qu'il eut audience pour avoir justice de la mort de feu son père. Néantmoins, quelque chose qu'il escripvist, ne envoiast pour ce temps, ne peut obtenir, ne avoir quelque response qui lui feust agréable, par les empeschemens que tousjours y mectoient les dessusdiz.

1. Cette lettre du duc d'Orléans au roi, qui est fort importante et qui présente tous les caractères de l'authenticité, ne se trouve, ni dans Juvénal des Ursins, ni dans le Religieux de Saint-Denis.

2. Il écrivit aussi au parlement. On y reçut ses lettres le 29 mai 1 411 .

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