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Et y en eut une partie qui se mirent d'une part et d'autre de la rue vers la porte par où les Picars devoient retourner à leur ost. Lesquelz Piquars et tous ceulx qui point n'estoient de leur langue destroussoient de tout ce qu'ilz avoient gaigné quant ilz les povoient actaindre et n'espargnoient homme de quelque estat qu'il feust, noble ne autre. En ceste tribulacion en y eut plusieurs mors et navrez. Après entrèrent dedens l'abbaye qui estoit en la ville. Si prindrent et ravirent tout ce qu'ilz y trouvèrent, et après emmenèrent dehors plusieurs hommes et femmes et petis enfans et les mirent en leurs tentes. Et au derrenier, quant ilz eurent vuidié et osté tout ce qu'ilz en povoient porter, ilz boutèrent le feu en plusieurs et divers lieux d'icelle ville, et finablement , pour briefve conclusion, toutes les églises et édifices d'icelle furent consumées et arses à grant destrucfion, et mesmement plusieurs hommes et femmes et petis enfans, avec grant foison de bestail qu'on avoit retrait ès boues et ès celiers, furent péris piteusement. Mais nonobstant les cruaultez dessusdictes, en eschapèrent à l'aide d'aucuns nobles hommes six ou sept des religieux de ladicte abbaye, desquelz l'un , c'est assavoir le premier, tenoit en ses mains moult révéremment une croix, et furent conduis jusques à la tente du duc de Bourgongne, où ilz furent à saulveté. Et pour ce qu'en plusieurs villes oultre la rivière de Somme, appartenans au duc d'Orléans, on avoit oy nouvelles de ce que lesdiz Bourguignons et Flamens avoient fait en la ville de Hem, ne fault point doubter qu'ilz furent merveilleusement crains, et avoit peu de gens qui voulsissent conclurre de les actendre pour estre asségez, en quelque bonne ville ou fortresse que ce feust. Car desjà messire Clugnet de Brabant et messire Manecier Queret avoient, comme dit est, habandonné la ville de Hem qui estoit assez forte et bien garnie de plusieurs vivres, et s'estoient retrais à Chauny et à Coucy. Et adonc ceulx de la ville de Neelle, qui estoient au conte de Dampmartin, quant ilz virent la fumée et les feux de celle ville de Hem, furent en grant doubte, car leur garnison se départi incontinent. Et pour ce, les bonnes gens de la ville , à l'exemple de ceulx d'Athies, vindrent envers le duc de Bourgongne, et tout en pleurant lui présentèrent les clefz de la ville en leur offrant du tout mectre en sa subjection et mercy. Lequel duc les receut ou nom du Roy et de lui, par telle convenance qu'ilz n'auroient plus de garnison, et jureroient que dores en avant ilz seroient vrais subgetz et obéissans au Roy leur souverain seigneur; lequel serement ilz firent très voulentiers. Et après qu'ilz orent regracié le duc, ilz retournèrent en leur ville, et par son ordonnance abatirent et démolirent en plusieurs lieux leurs portes et murailles. Et de rechief firent jurer tous les bourgois et autres qui avoient le gouvernement en icelle, de entretenir ce qu'ilz avoient traictié, et par ainsi demourèrent paisibles pour ceste fois. Et pareillement ceulx de la ville de Roye, qui estoient nuement subjectz du Roy, envoièrent devers ledit duc à son logis à Hem, remonstrer comment les Orléanois frauduleusement estoient entrez dedens la ville et leur avoient fait plusieurs violences, et depuis s'en estoient partis quant ilz avoient sceu sa venue, en lui requérant qu'il feust content d'eulx et ilz estoient prestz de le recevoir. Ausquelz ledit duc fist response que d'eulx il estoit assez content, moiennant qu'ilz promectroient et feroient serement solennel de non plus recevoir son adverse partie, c'estassavoir les gens du duc d'Orléans ne ses aliez. Après laquelle remonstrance et requeste et que ledit duc fut content d'eulx, ilz se départirent très joieux de la response et retournèrent en leur ville. Et, ce fait, ledit duc de Bourgongne fist son ost passer la rivière de Somme, tant par Hem que par autres lieux. Laquelle ville de Hem il laissa du tout désolée et print son chemin pour aler à Chauny sur Oise, appartenant au duc d'Orléans. Mais ceulx de la garnison sachans les nouvelles se départirent hastivement, et pour ce, les bourgois actains de paour envoièrent sans délay devers ledit duc de Bourgongne lui présenter les clefz de la ville, en lui humblement suppliant en lermes et en pleurs qu'il eust pitié d'eulx, disans comment les gens d'armes de leur seigneur s'en estoient fouys pour doubte qu'ilz avoient eue de lui et de sa venue. Lequel duc les receut à mercy et print leur serement, par tel convenant qu'ilz obéiroient du tout au Roy, leur souverain seigneur, et à lui. Après lequel traictié ainsi fait, ledit duc print son chemin vers Roye en Vermendois et se loga dedens la ville et tout son est ou pays à l'environ. Duquel lieu de Roye il envoya messire Pierre des Essars, chevalier et son conseiller, naguères prévost de Paris, par devers le Roy et le duc d'Acquitaine, son gendre, et aussi devers les bourgois et habitans de celle ville de Paris ; et portoit nouvelles de la puissance et armée que avoit ledit duc de Bourgongne. Lequel des Essars venu audit lieu de Paris fut dudit duc d'Acquitaine et des Parisiens moult honorablement reçeu, et en faveur dudit duc de Bourgongne fut prestement restably et remis en l'office de ladicte prévosté, ou lieu de messire Brunel de Saint-Cler". Lequel messire Brunel fut commis par auctorité royale à estre bailli de Senlis, en déboutant dudit bailliage messire Gascelin du Bois, pour ce qu'il fut mescreu de tenir la partie d'Orléans. Et après que icellui messire Pierre des Essars eut besongné et fait à Paris ce pour quoy il y avoit esté envoyé, se parti de Paris et se tira vers Rhetel pour dire au conte de Nevers, qui desjà avoit assemblé grant nombre de gens d'armes, qu'il se tirast devers son frère le duc de Bourgongne vers Montdidier, et que là, orroit certaines nouvelles de lui. Lequel conte de Nevers , sachant les nouvelles de sondit frère, fist de rechef grant diligence d'assembler gens d'armes et se mist à chemin. Et pendant, le duc d'Orléans, le conte d'Arnmignac, le connestable de France et le maistre des arbalestriers, avecques eulx grant compaignie de gens d'armes et de combatans, vindrent à Meleun où estoient la royne de France et le duc de Berry, avecques lesquelz ilz eurent aucun parlement. Et de là, s'en alèrent à la Ferté sur Joirre, qui estoit à messire Robert de Bar à cause de sa femme, vicontesse de Meaulx, et passèrent

1. Le samedi 12 septembre 1411. On lit, à la marge du registre du parlement, qui nous donne cette date précise, ces mots significatifs : Unde orta sunt infinita dampna et mala. Voy. nos Pièces justificatives.

la rivière de Marne, et puis vindrent à Arsy en Mussien " en la conté de Valois, appartenant audit duc d'Orléans. Et là vint de vers lui son frère le conte de Vertus, lequel avoit en sa compaignie grant quantité de coloatans, c'estassavoir le duc de Bourbon, le conte d'Alençon , Jehan, filz au duc de Bar, messire Guillaume de Conchy, Amé de Salebrusse , messire Hue de Hufalite * et aucuns Ardenois, Lorrains et Alemans. Lesquelz tous ensemble mis en ung seul ost estoient bien six mille hommes de cheval, chevaliers et escuiers, sans les varletz, archers et gens de traict. Lesquelz de ce jour en avant furent appellez par les populaires et ceulx de Paris en commun langaige Armignacs, comme dit est dessus. Lesquelz tous et chascun d'eulx portoient sur leurs harnois et vestemens pour enseignes, bendes, comme autrefoiz avoient fait devant Paris. Si se parti ledit duc d'Orléans avecques tout son exercite de son pays de Valois, et s'en ala passer pardevant Senlis, et puis print son chemin à Beaumont, sa conté". Mais Enguerrand de Bournonville, qui estoit venu audit lieu de Senlis, à tout foison de gens de guerre, pour icelle garder, se féry en ceulx de derrière. Si en print et destroussa plusieurs avec ung chariot tout chargé de bonnes bagues, mais en ce faisant il y perdy aucuns de ses gens qui y furent mors et prins. Si s'en retourna audit lieu de Senlis. Et ledit

1. Acy en Multien.

2. Mieux dans le ms. Suppl. fr. 93, Blue de Hufalize.

3. Le comté de Beaumont sur Oise était devenu un apanage de la maison d'Orléans, à partir de Philippe, duc d'Orléans, frère du roi Jean (1353).

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