ページの画像
PDF

duc d'Orléans se loga en son chastel de Beaumont", et ses gens, avecques les autres princes, tous assez près de lui ou pays environ. Et pendant que ces besongnes se faisoient, le conte de Nevers dessusdit, qui cuidoit venir devers son frère le duc de Bourgongne, fut en partie contraint par lesdiz Orléanois à aler à Paris avec toute sa compaignie. Et alors ledit duc de Bourgongne estoit jà venu, à tout son ost, de la ville de Roye loger devant la ville de Mondidier et y avoit séjourné par aucuns jours.Quant il oy nouvelles de l'assemblée que avoient fait ses adversaires, et comment ilz estoient à grande puissance entour Beaumont et Clermont, si fist diligemment préparer son ost et mectre en ordonnance toutes manières de gens, afin de les recevoir et combatre ou cas qu'ilz venroient pour lui courir sus, ou aussi pour les aler envahir où ilz estoient, se bon lui sembloit. Mais à celle heure ses communes de Flandres, qui desjà se commençoient à tenner et désiroient de retourner en leur pays, lui demandèrent congié de eulx en raler, en disant qu'ilz l'avoient servy le temps et espace qu'il leur avoit requis à leur département du pays de Flandres. De laquelle requeste ledit duc fut moult esmerveillé et ne leur volt point accorder ledit congié, mais leur requist bien instamment qu'ilz le voulsissent servir encores huit jours tant seulement, disant qu'il avoit oy certaines nouvelles que ses ennemis estoient ensemble en grande puissance assez près de lui, prestz de le venir combatre, et que jamais à plus grant besoing ne le povoient servir. Et estoient à celle heure venus devers lui la plus grant partie des capitaines et gouverneurs d'icelles communes, pour prendre congié comme dit est. Lesquelz quant ilz oyrent la requeste que le duc, leur seigneur, leur faisoit si doulcement et pour si peu d'espace , furent contens de retourner devers leurs gens, et promirent de faire leur devoir envers eulx et les instruire à ce qu'ilz voulsissent accorder la requeste dessusdicte. Et quant ilz furent retournez en la tente de Gand où leurs consaulx se tenoient, là furent assemblez très grant nombre de connestables et dixiniers d'icelles communes, ausquelz, quant ilz furent assemblez, dirent la response et aussi la requeste que faisoit ledit duc leur seigneur, c'estassavoir qu'ilz voulsissent demourer huit jours, comme dit est, pour estre avecques lui et le acompaigner, et combatre ses adversaires qu'il sçavoit estre au plus près de lui en grant nombre pour ce faire. Et adonques, quant ilz eurent oye ladicte requeste, furent mises par iceulx plusieurs et diverses opinions avant, et vouloient les ungs demourer et les autres n'en estoient point contens, et disoient qu'ilz avoient servi le temps, terme et espace que leur seigneur leur avoit requis, et avec ce, que le temps d'iver approuchoit fort, pour quoy bonnement ne leur estoit point possible de tenir les champs en si grant nombre qu'ilz estoient, que ce ne feust à grant danger. Et pour ce qu'ilz estoient, comme dit est, de diverses opinions, ne se peurent accorder ne prendre conclusion sur quoy les chefz et capitaines peussent rendre response audit duc de Bourgongne. Et fut cellui conseil tenu le xxvi°jour de septembre après disner. Et quant ce vint après jour failli, ilz firent en plusieurs et divers lieux grans feux pour leurs logis du bois des maisons des faulxbourgs de Montdidier qu'ilz avoient démolies et abatues, et commencèrent à charger toutes leurs bagues sur leur charroy, et avec ce, se armèrent communément. Et quant ce vint droit à myenuit, tous ensemble commencèrent à crier à haulte voix par leurs logis : Wap ! wap ! qui est à dire en françois, à l'arme ! à l'arme ! Pour lequel cry tout l'ost fut fort esmeu, et par espécial le duc de Bourgongne en eut grant merveille quelle chose ilz vouloient faire.Si envoya aucuns seigneurs de leur langue devers eulx, pour sçavoir aucune chose de leur entencion. Mais à tous ceulx qui y aloient, n'en vouloient riens descouvrir, et leur respondirent tout au contraire de leurs demandes. Et cependant la nuit se passa, et au plus tost qu'ilz porent parcevoir le jour, firent atheler leur charroy et boutèrent le feu par tous leurs logis, et en criant de rechef : Gauve ! gauve"! se départirent et prindrent leur chemin devers leur pays. Lequel cry et clameur oys par les gens du duc de Bourgongne, qui estoit en ses tentes, lui alèrent tantost noncier. Et adonc tous esmerveillez, montèrent à cheval le duc de Brabant, son frère en sa compaignie, et ala devers eulx. Et là, le chaperon osté jus de sa teste devant eulx, leur pria à mains joinctes très humblement qu'ilz voulsissent demourer avecques lui jusques à quatre jours, en les appellant frères et disant frères, compaignons et amis les plus féables qu'il eust ou monde, et en leur promectant grans drois, et par espécial de leur donner et quicter perpétuellement tout le coletage de la conté de Flandres se ilz lui vouloient accorder sa requeste. Ausquelz aussi le duc de Brabant pria moult humblement que pour l'amour de leur seigneur, qui les prioit si acertes pour si peu de chose, ilz y voulsissent entendre. Mais ce riens n'y valu, car tous ensemble faisoient la sourde oreille. Si passèrent oultre et n'en vouldrent riens faire, ainçois, qui plus est, lui monstrèrent les lectres des convenances que ledit duc leur avoit octroiées, lesquelles ilz avoient apportées avecques eulx, en lui disant qu'il acompleist le contenu enricelles qui estoient séellées de son seel, et qu'il les conduisist ou feist conduire oultre la rivière de Somme jusques en lieu seur, ou se ce non, ilz lui rendroient son seul filz, conte de Charrolois, taillé en pièces. Lequel filz ilz avoient à Gand. Et alors, ledit duc de Bourgongne, voiant leur sote et rude manière, et que ce qu'il leur disoit riens ne lui prouffitoit, les commença à rapaiser par belles et doulces paroles, et en faisant sonner ses trompètes commanda à desloger avecques eulx. Mais ce ne fut point sans grant perte. Car ledit duc, contendant à rompre la voulenté desdiz Flamens, n'avoit point fait destendre ses tentes ne charger ses chariots. Pour quoy grant partie desdictes tentes et autres bagues furent arses par les feux que les dessusdiz Flamens avoient bouté en leur logis. Lequel feu sailli de lieu à autre jusques au propre lieu où ledit duc estoit logé. Lequel duc estoit tant troublé, triste et ennuieux en cuer que plus ne povoit. Car, comme dit est dessus, il sçavoit ses ennemis en grant triumphe et puissance à une seule journée près de lui, et avoit grant désir de les aler combatre.Si veoit que par le moien du deslogement dessusdit il ne povoit venir à son entencion. Et qui pis estoit, il sçavoit certainement que tantost en seroient advertis, et diroient qu'il s'en estoit fuy sans les oser actendre. Néantmoins il lui convint souffrir et endurer et prendre en pacience les choses dessusdictes par ce qu'il ne les povoit avoir autres. Car quant noz maistres Flamens furent mis à voie et qu'ilz eurent retournées leurs chères vers leurs pays, ilz s'en alèrent autant en ung jour qu'ilz estoient venus en trois et tout ce qu'ilz povoient prendre, ne actaindre, estoit par eulx ravy et mis sur leur charroy, comme dit est dessus. Et avec ce, durant ce voiage eurent plusieurs rigueurs et débas contre les Picars et Anglois. Et advenoit souvent que quant murmure se y boutoit, il y en avoit tousjours de mors ou de navrez, et pareillement, quant ilz estoient les plus fors, ne se feignoient point de faire le cas pareil. Et n'est point à oublier que ce voiage se fist en mois de septembre, que les vendanges sont en point. Si se boutoient asprement parmy les vignes et en prenoient tant dedens leur ventre, que plusieurs en furent trouvez mors et crevez dedens les vignes. Et d'autre part, par trop largement et oultrageusement donner des biens qu'ilz trouvoient à leurs bestes, chascun jour en mouroit grant plante de leurs chevaulx et jumens. En oultre, quant ledit duc de Bourgongne et ses gens d'armes furent retournez jusques à Péronne, et que lesdiz Flamens furent logez assez près de la rivière, lui en personne ala devers eulx et les remercia très humblement de leur service, et puis,

1. Bâti par Ives I°, comte de Beaumont, au commencement du xi° siècle.

1. C'est une autre forme du mot wap (à l'arme) qu'on a vu plus haut.

« 前へ次へ »