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par son frère le duc de Brabant les fist conduire jusques en Flandres, et de là s'en retourna chascun en son propre lieu. Mais les gouverneurs des bonnes villes dudit pays de Flandres, quant ilz sceurent la manière de leur retour, n'en furent point bien contens, jà soit ce qu'ilz n'en firent pas lors grant semblant, pour ce qu'ilz estoient en armes et en trop grant nombre. Ainsi et par ceste manière se départirent lesdiz Flamens, oultre la voulenté du duc Jehan de Bourgongne leur seigneur, de devant Mondidier où il les avoit assemblez. Et en ce propre jour qu'ilz se deslogèrent, environ quatre heures après, vint ung chevalier appellé messire Pierre des Quesnez, seigneur de Gannes, tenant la partie du duc d'Orléans, à tout deux cens combatans, fraper dedens lesdiz logis, où il trouva encore grant nombre de gens, par espécial de marchans et gens de paix, desquelz il print et occist très grant nombre, et y gaigna, lui et ses gens, grant butin , et puis s'en retourna devers Clermont en Beauvoisis, où pour lors estoient assemblez les Orléanois, qui tous ensemble estoient revenus de poursuivir le conte de Nevers, comme dit est ailleurs. Et quant ilz sceurent le soudain département dudit duc de Bourgongne et des Flamens, si furent à conseil pour savoir s'ilz les poursuivroient en leur pays. Mais, en fin, fut conclud par l'opinion de plusieurs sages qu'ilz s'en retourneroient vers Paris, en entencion d'entrer dedens par certains moyens qu'ilz y entendoient avoir, afin principalement qu'ilz peussent avoir le Roy de leur partie. Car c'estoit tout leur désir. Si se mirent à chemin et alèrent passer par ung pont neuf qu'ilz firent faire ès prez lez Beauvais, et de là se tirèrent devers Paris. Mais ceulx qui avoient le Roy en gouvernement, et les Parisiens, ne furent point contens de leur venue, ainçois leur firent résistence par toutes les manières que faire leur povoient, en leur faisant guerre ouverte, très cruelle. Et pour ce, iceulx voians que pour lors leur estoit chose impossible d'entrer en ladicte ville de Paris, firent tant par leur subtil engin, que ceulx de Saint-Denis furent contens de les recevoir. Et se logèrent les princes dedens icelle ville, et leurs gens d'armes ès vilages à l'environ. Et deslors commencèrent à faire forte guerre, tant à la ville de Paris, comme à tous autres tenans le parti du duc de Bourgongne. Et couroient continuellement chascun jour par plusieurs et divers lieux jusques auprès des portes de Paris, desquelles ceulx de dedens sailloient moult souvent, et par espécial Enguerran de Bournonville, qui estoit ung des chefz de la garnison soubz le conte Waleran de Saint-Pol, qui adonques estoit capitaine de Paris. Et y avoit souvent de très dures escarmouches et de très grandes apertises d'armes faictes, tant d'un costé que d'autre.

CHAPITRE LXXIX.

Comment le duc Jehan de Bourgongne rassembla gens d'armes pour aler à Paris. Et des besongnes qui advinrent en ce temps.

Or convient retourner au gouvernement du duc de Bourgongne, lequel, comme dit est dessus, quant il ot donné congié à ses Flamens et iceulx fait conduire en leur pays par son frère le duc de Brabant, s'en ala de Péronne à Arras, et là trouva le conte de Pennebruch *, le conte d'Arondel et messire Guillaume Valdo*, qui ou voiage dessusdit avoient esté avecques lui. Ausquelz contes anglois qui nouvellement estoient venus, fist très grande récepcion pour l'onneur du roy d'Angleterre qui les y avoit envoiez. Et povoient avoir en leur compaignie bien douze cens combatans, tant de cheval comme de pié, toutes gens de bonne estoffe.Si estoit lors grant parole entre ledit roy d'Angleterre d'une part, et ledit duc de Bourgongne d'autre, pour l'alliance de Henri premier, filz d'icellui roy, à l'une des filles dudit duc*. Et après qu'il eut grandement festié lesdiz capitaines anglois en sa ville d'Arras et à iceulx donné plusieurs dons, leur ordonna à tirer vers Péronne, et puis hastivement manda de tous costez ses gens d'armes à venir devers lui, et en sa personne ala audit lieu de Péronne, et là fist très grande assemblé des nobles de tous ses pays. Toutesfoiz, son frère le duc de Brabant, ne retourna point avecques lui, pour certaines afaires qu'il avoit alors en la duchié de Luxembourc, à cause de sa femme. Et après, ledit duc de Bourgongne partant de Péronne s'en ala à Roye, et de là par Breteuil à Beauvais; et par Gisors s'en ala à Pontoise, ouquel lieu il séjourna grant espace de temps, jusques au terme de trois sepmaines ou environ. Durant lequel temps vindrent à lui de plusieurs pays très grant nombre de gens d'armes pour le servir. Et pendant que ces besongnes se faisoient, fut ordonné par le conseil royal où estoit présent le duc d'Acquitaine, le conte de Mortaigne, messire Gilles de Bretaigne, le conte Waleran de Saint-Pol, capitaine de Paris, le chancelier de France, messire Charles de Savoisy et plusieurs autres grans seigneurs qui envoièrent par tous les bailliages et seneschaucies du royaume de France certains mandemens, contenans comment à l'occasion des congrégacions et assemblées de gens d'armes que avoient fait de longtemps et faisoient encores chascun jour contre les ordonnances et défenses du Roy, le duc d'Orléans et ses frères, le duc de Bourbon, les contes d'Alençon et d'Armaignac et autres de leur partie, à la très grant charge et préjudice dudit royaume et aussi à la desplaisance du Roy et de sa seigneurie, n'avoient voulu, ne vouloient cesser de faire telles assemblées, ains s'estoient efforcez et efforçoient chascun jour de persévérer en leur mauvais propos. Et pour ce, contenoit ledit mandement que nul, de quelconque estat qu'il feust, ne feust si hardi de servir, ne estre en la compaignie du duc d'Orléans, de ses frères, ne ses aliez, sur.peine d'estre tenus et réputez rebelles et adversaires du Roy et de son royaume, et que ceulx qui y estoient alez s'en départissent sans délay et retournassent en leur pays sans plus tenir les champs, ne vivre sur le povre peuple. Et ceulx qui ainsi le feroient, le Roy et son conseil les tenroit pour excusez, et ne souffreroient point que pour ce leur feust donné quelque empeschement. Mais ceulx qui persévéreroient, en faisant le contraire, on procéderoit contre eulx par rigueur en toutes les manières que faire se pourroit, sans, de ce jour en avant, à eulx faire ou donner aucune grace ou rémission. Lesquelz mandemens publiez ès lieux acoustumez, en y eut aucuns qui se départirent secrètement de la compaignie desdiz seigneurs, non pas en grant nombre, et alèrent devers le Roy. Les autres, qui de ce faire estoient désobéissans, quant ilz estoient prins des officiers royaux, ilz estoient en grant danger, et en y eut en ces jours aucuns exécutez et mis à mort. Entre lesquelz le fut, en la ville de Paris, ung chevalier nommé messire Binet d'Espineuse, qui estoit au duc de Bourbon et natif de sa conté de Clermont. Et fut la cause de sa mort pour ce qu'il avoit prins de force aucuns des chevaulx du duc d'Acquitaine que le duc de Bourgongne lui faisoit venir de son pays de Flandres. Et après qu'il fut décapité ès hales de Paris, le corps fut pendu par les aisselles au gibet de Montfaulcon. Et fist faire ceste exécucion messire Pierre des Essars, qui nouvellement, comme dit est, avoit esté remis en l'office de la prévosté de Paris ou lieu de messire Brunel de Saint-Cler. Pour la mort duquel chevalier, et aussi de la publicacion des mandemens royaulx dessusdiz, le duc d'Orléans et ses frères, et tous les autres seigneurs de son aliance, le prindrent en malgré, et par espécial moult despleut au duc de Bourbon pour la honteuse mort de son chevalier. Et par ainsi se continuèrent les besongnes en icelles parties de mal en pis. Et ung certain jour le duc d'Orléans se loga en l'ostel de Saint-Oyn, qui est maison royale, à très grande puissance. Et couroient chascun jour ceulx

1. « Pennebrec » (Suppl. fr. 93). Le comte de Pembroke.

2. « Guillaume Baldo » (ibid.). Guillaume Baldoc, lieutenant de Calais.

3. Ce mariage ne se fit pas, et Henri (VI) dont il est ici question, épousa Marguerite d'Anjou, fille du roi René.

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