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venoit que toutes les deux parties se retraioient en leurs places. Et en aucuns autres jours, ceulx de Paris prenoient ladicte mote et molin, où ilz se tenoient en actendant les assaulx et envayssemens d'iceulx Orléanois. Et alors, avec ledit duc ", y avoit ung chevalier anglois, nommé le seigneur de Cliffort, lequel jà pieçà estoit venu, à tout cent hommes d'armes et deux cens archers, du pays de Bourdelois. Et quant il oy les nouvelles que le roy d'Angleterre avoit envoyé en la compaignie du duc de Bourgongne le conte d'Arondel et autres grans seigneurs, tantost vint devers ledit duc d'Orléans et lui requist qu'il lui donnast congié de s'en raler, car il doubtoit que le Roy, son souverain seigneur, ne feust mal content de lui se plus y demouroit. Lequel duc d'Orléans, considérant ce qu'il lui avoit dit, lui octroia le congié, par telle condicion que, ceste guerre durant, ne s'arneroient lui ne les siens contre lui. Laquelle chose ledit chevalier lui promist et puis s'en retourna en Angleterre. En oultre , le vi° jour de novembre, Troullart de Maucruel, capitaine et bailli de Senlis, à tous six vingts combatans ou environ de sa garnison , estoit alé courre en la conté de Valois. Lequel, en son chemin, rencontra environ sept vingts Orléanois, lesquelz vigoreusement envayrent lui et les siens. Mais après qu'il y eut eu plusieurs apertises d'armes faictes tant d'un costé comme d'autre , ledit Troullart demoura victorieu sur les champs, et y eut, que mors que prins , desdiz Orléanois, de soixante à quatrevingts, entre lesquelz fut prisonnier messire Guillaume de Saveuse, lequel tenoit la partie d'Orléans. Et ses deux frères, c'estassavoir Hector et Phelippe, estoient en armes avecq ledit duc de Bourgongne. Et par ainsi, en celle guerre, frères germains estoient l'un contre l'autre, et le filz contre le père. Après laquelle destrousse, ledit Troullart de Maucruel et avecques lui Pierre Quieret, s'en retournèrent, à tout leurs proies et prisonniers, audit lieu de Senlis. Et depuis, en la faveur du viel seigneur de Saveuse et des dessusdiz Hector et Phelippe, fut ledit messire Guillaume mis à délivrance.

1 .. Le duc d'Orléans.

CHAPITRE LXXXI.

Comment le duc de Bourgongne conquist la ville de Saint-Cloud sur les Orléanois qui la gardoient, et comment le duc d'Orléans et tous les siens, qui se tenoient à Saint-Denis et ailleurs à l'environ, s'en retournèrent en leur pays; et autres matières servans.

Item , après ce que ledit duc Jehan de Bourgongne eut, à tout son exercite, séjourné une espace de temps dedens Paris, et tenu plusieurs consaulx avec les princes et capitaines là estans, le Ixo jour de novembre yssi de Paris, environ l'eure de mynuit, par la porte Saint-Jaques, et avecques lui grande et notable compaignie , tant de gens d'armes comme de Parisiens. Entre lesquelz estoient les contes de Nevers, de la Marche, de Vaudémont, de Pointièvre ", de Saint-Pol et d'Arondel, Bouciquault, mareschal de France, le seigneur de Vergi, mareschal de Bourgongne, le sei

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gneur de Heilly, qui naguères avoit esté fait mareschal d'Acquitaine, le seigneur de Saint-George, messire Jehan de Croy, Enguerran de Bournonville, le seigneur de Fosseux, le gouverneur du Daulphiné nommé messire Renier Pot, le seneschal de Haynnau, messire Jehan de Guistelle, messire Jehan de Brimeu, le conte de Quint", anglois, et plusieurs autres nobles tant du pays de Bourgongne comme de Picardie et autres lieux et pays. Et furent estimez par gens à ce congnoissans, au nombre de six mille combatans toutes gens de guerre, et de trois à quatre mille piétons de la ville de Paris. Et quant ilz furent aux champs, si cheminèrent par bonne ordonnance aians plusieurs guides, jusques à demie lieue de la ville de Saint-Cloud, où estoient logez les Orléannois, et povoit estre huit heures du matin quant ilz y vindrent, et si faisoit moult divers temps de froit et de gelée. Et eulx là venus et arrivez sans ce que leurs adversaires en feussent advertis, ledit duc envoya le mareschal de Bourgongne, messire Gautier de Rupes, messire Gui de La Tremoille et le Veau de Bar, à tout huit cens hommes d'armes et trois cens archers, tout oultre sur la rivière de Seine, devant Saint-Denis, pour empescher leurs adversaires qu'ilz ne passassent par ung neuf pont qu'ilz avoient fait sur ladicte rivière. Lesquelz seigneurs dessusdiz en firent grandement leur devoir.Si rompirent une partie du pont et si bien le gardèrent, que iceulx leurs adversaires ne porent passer. Et après, ledit duc estant en la montaigne en bataille, où il a trois chemins, mist en l'un le seneschal de Haynnau, messire Jehan de Guistelle, le seigneur de Brimeul", Jehan Phelippe et Jehan Potier, capitaines anglois, et avoient tous ensemble quatre cens chevaliers et escuiers et autant d'archers. En l'autre chemin furent mis les seigneurs de Heilli et de Ronq, Enguerran de Bournonville et Amé de Viri, à tout autant de gens que ceulx devant nommez. Et en la tierce partie furent ordonnez Orsonville, le conte de Quin*, avec aucuns autres capitaines Picars. Et au dessus de la ville, par les vignes, furent ordonnez tous les Parisiens et autres piétons en très grant nombre. Lesquelles compaignies dessus ordonnées vindrent tout à une foiz assaillir ladicte ville, laquelle iceulx Orléannois avoient fortifiée, tant de trenchis et fossez comme de barrières, au mieulx qu'ilz avoient peu. Ausquelles barrières et autres lieux défensables, eulx qui desjà estoient advertis de la venue de leurs ennemis , se mirent à défense très vaillamment par l'ordonnance de leurs capitaines qui estoient avecques, c'estassavoir, en chef, messire Jaques de Plachel", gouverneur d'Angoulesme, le seigneur de Tambour", Guillaume Batillier et messire Mansart du Bois, le Bourg Jacob", chevalier, avec trois autres chevaliers de Gascongne, et se défendirent aucune espace. Mais par le grant nombre de leurs adversaires, qui de toutes pars les

1. « Le conte de Kin » (Suppl. fr. 93). C'est le comte de Kent.

assailloient vigoreusement, convint en assez brief terme qu'ilz perdissent leurs premières barrières, et de rechef furent poursuys très rudement, et perdirent la seconde barrière. Et adonc en combatant et défendant, se retrahirent en la tour du pont et dedens l'église, qui estoit aucunement fortifiée. Et alors, toute la puissance de ceulx qui estoient commis à faire ledit assault vindrent devant icelle église, réservé aucuns qui gardoient l'entrée du pont, et là , plus que devant, s'efforça ledit assault. Et combien que ceulx de dedens se défendissent par grant vigueur, toutesfoiz si furent ilz prins par force et en y eut plusieurs mors, tant ausdictes barrières et défenses, que dedens l'église. Et aussi, à rentrer dedens ladicte tour, pour la presse et grant haste qu'ilz avoient, rompy le pont dessoubz eulx, pour quoy il en y eut grant planté de noiez. Et fut trouvé et par nombre raporté par gens à ce congnoissans, que desdiz Orléanois furent mors pour ce jour neuf cens ou plus, et de trois à quatre cens prisonniers, entre lesquelz furent les principaulx ledit seigneur de Tambour, Guillaume Batillier et messire Mansart du Bois, et avec ce furent trouvez, prins et raviz dedens icelle ville de Saint-Cloud, de douze cens à seize cens chevaulx, avec autres bagues à grant foison. Et pendant que ces besongnes se faisoient ledit duc de Bourgongne estoit en bataille en une plaine au dessus de la ville, avec la plus grant partie de ses princes, et avoit ses espies et coureurs en divers lieux pour avoir regard que ses adversaires ne venissent par aucun lieu pour combatre ou envayr lui et ses gens. Et tousjours se continuoit l'assault pour prendre la tour du pont. Mais pour vray c'estoit peine perdue, car ceulx de dedens le défendoient très diligemment.

1. C'est Jean de Brimeu, comme plus haut. 2. Le comte de Kent, comme plus haut. 3. « Jaques de Plachiel » (Suppl. fr. 93). 4. « Le seigneur de Cambour » (ibid.). 5. « Le Bourc Jacob » (ibid.).

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