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Et ce pendant aucuns yssirent de l'autre costé et alèrent à Saint-Denis au duc d'Orléans, noncer la male aventure de ses gens. Lequel, de ce très desplaisant, incontinant monta à cheval, en sa compaignie le duc de Bourbon , les contes d'Alençon et d'Armaignac, le connestable de France, le maistre des arbalestriers et le petit Bouciquault, et à tout environ deux mille combatans, vindrènt de l'autre costé de la rivière de Seine eulx mectre en bataille droit à l'opposite où estoit le duc de Bourgongne, et là descendirent à pié et se mirent en ordonnance, comme se prestement ilz eussent deu ou peu aborder à leurs ennemis. Et semblablement, descendi ledit duc de Bourgongne et toutes ses gens, et fist desploier sa bannière qui estoit moult riche et resplendissant. Toutesfoiz quelque manière que iceulx princes monstrassent l'un contre l'autre, estoit la rivière de Seine entre deux, par quoy ne povoit pas faire grant dommage chascun à son adverse partie, si non tant seulement de tirer d'arbalestres et de arcs à main. Et après que lesdiz Orléanois orent là esté une espace, voians que bonnement ne povoient faire chose qui leur feust de grant value, remontèrent à cheval et s'en retournèrent audit lieu de Saint-Denis, délaissans dedens ladicte tour certain nombre de gens pour la garder. Après laquelle départie , ledit duc de Bourgongne eut conseil de retourner, à tout son armée, dedens Paris. Et pour ce jour, de toutes ses gens n'y ot mors sur la place que environ seize à vingt hommes, mais il y en ot plusieurs blécez et navrez. Entre lesquelz, le furent Enguerran de Bournonville et Amé de Viri, et soustindrent merveilleusement de terribles cops et importables. Et quant au seigneur de Heilli, il

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se y porta très vaillamment, et pareillement le firent le conte de Arondel et autres de ses gens, desquelz l'un eut la foy de messire Mansart du Bois, et depuis, pour certaine somme de pécune qu'il en eut, le délivra ès mains des officiers du Roy. Lequel duc de Bourgongne, quant il retourna dedens Paris, fut receu de toute la commune généralement à très grant honneur, pour ce principalement qu'ilz estoient du tout advertis de ce qu'il avoit subjugué, et leur sembloit que par son moien ilz seroient en brief délivrés de leurs ennemis, lesquelz leur faisoient moult d'oppressions. Et quant au Roy, au duc d'Acquitaine et à plusieurs autres du grant conseil, tant prélats comme séculiers, il n'est point à estimer la réception qu'ilz firent audit duc, aux princes et capitaines estans avecques lui". En après icellui duc de Bourgongne et son armée retournez à Paris comme dit est, le duc d'Orléans et les autres estans avecques lui en furent advertis, et pour ce prindrent ung brief conseil l'un avec l'autre sur ce qu'ilz avoient à faire. Ouquel en la fin fut délibéré, que veu la perte qu'ilz avoient faicte de la plus grant partie des plus expers de leurs gens, et aussi considéré la puissance du Roy et dudit duc de Bourgongne, qui estoit moult grande et contre laquelle ilz ne povoient résister, sans délay se départissent de là et retournassent en leur pays, pour de rechefassembler plus grant puissance à résister contre tous ceulx qui nuire leur vouldroient. Et ainsi qu'ilz le conclurent, le firent. Car prestement firent trousser leurs bagues et montèrent à cheval, et par le pont dont est faicte mencion, qu'ilz avoient fait faire sur Seine, lequel pont ilz rédifièrent, et aussi par le pont de Saint-Cloud, passèrent assez hastivement et s'en alèrent toute nuit en tirant vers Estampes et de là à Orléans et autres villes et fortresses de leur obéissance. Ainsi donques ledit duc d'Orléans, quérant venger la mort de son père, acquist en ce temps grant dommage et perte de ses gens, lesquelz avoient esté mors en la ville de Saint-Cloud. Et pour ce qu'on les tenoit pour excommeniez, furent pour la plus grant partie laissez aux champs sans sépulture, et là les mengoient les chiens et autres bestes très inhumainement. Et aucuns autres seigneurs de ce parti, c'estassavoir messire Clugnet de Brabant, messire Amé de Salebruce, le seigneur de Hutfalise et plusieurs autres, s'en ralèrent par la conté de Valois en leurs propres lieux. Après lequel département, lendemain très matin furent apportées les nouvelles à Paris devers le duc de Bourgongne et autres seigneurs et cappitaines, desquelz les aucuns montèrent à cheval et alèrent audit lieu de Saint-Denis, et ce que les Orléanois avoient laissé fut par eulx prins, robé et pillé, et mesmement prindrent et emmenèrent l'abbé dudit lieu prisonnier de par le Roy, comme recepteur de ses ennemis, et aussi furent prins plusieurs des bourgois d'icelle ville qui là furent trouvez, et là furent mis à finance non obstans leurs excusacions. Et pareillement alèrent aucuns autres à la tour de Saint-Cloud, laquelle ilz trouvèrent habanII - 1 l

1. On lit, à ce sujet, dans le registre du conseil du parlement, coté XIII, au fol. 174 v°, ad calcem, ce qui suit : « Lundi Ixo jour (de novembre), fu la besoigne à Saint-Cloud lez Paris, où moururent plus de v1 à vIII c. des gens d'armes qui estoient venu contre la bonne ville de Paris, et po ou nulx y moururent de par deçà. »

donnée. Si entrèrent dedens. Si couroient, pour ce jour, ceulx de ce party par divers lieux en plusieurs compaignies, pour sçavoir se ilz trouveroient aucuns desdiz Orléanois. Mais c'estoit peine perdue. Car ilz avoient chevauché et estoient desjà bien loing. Et pour ce retournèrent audit lieu de Paris. En oultre, aucun peu de temps après, par le pourchas et solicitude dudit duc de Bourgongne, le Roy paia les raençons de grant partie des prisonniers qui furent prins à Saint-Cloud au duc d'Orléans et à ses gens. Et fut décapité et escartelé ès hales de Paris, le xn° jour de novembre, messire Mansart du Bois", et si y eut avecques lui cinq de ses complices, lesquelz eurent les testes copées et après furent leurs corps pendus par les aisselles au gibet de Montfaulcon". Et le xIII° jour de novembre furent preschez ou parvis Nostre-Dame de Paris pour ung frère mineur, où estoit présent le duc de Bourgongne et plusieurs autres grans seigneurs et grant multitude de peuple, disant comment les bulles données par Urbain, pape quint, estoient de grant valeur contre les rebelles, inobédiens, dissipeurs du Roy et de son royaume. Et là publiquement déclaira et dénonça la partie adverse, c'estassavoir le duc d'Orléans et ses complices, pour excommeniez. Et aussi en plusieurs autres sermons et prédicacions furent dénoncez pareillement. Et lendemain le Roy fut en l'église Nostre-Dame de Paris, et la messe oye, retourna au Louvre, et là print son disner, auquel il receut et fist asseoir à sa table honorablement le conte d'Arondel auprès du duc de Bourgongne. Et là, en icelle ville de Paris, par plusieurs jours, furent tenues de grandes congrégacions pour le fait de la guerre qui estoit encommencée, pour savoir comment le Roy se y avoit à conduire et gouverner. En la fin desquelz fut advisé pour le mieulx, que le Roy, ne ses princes, pour cause de l'iver, ne se mectroient point sus à tout leur puissance, jusques à l'esté ensuivant, mais tant seulement seroient mis sur les frontières des ennemis, aucuns capitaines pour iceulx poursuivir et envayr. Entre lesquelz y furent commis le mareschal de France, nommé Boussiquault, le seigneur de Heilly, mareschal d'Acquitaine, Enguerran de Bournonville, Amé de Viri, le seigneur de Miraumont et plusieurs autres, avec très grant nombre de combatans, lesquelz ilz conduirent et menèrent à Estampes, à Bonneval et ès marches d'environ , avec lesquelz aussi estoit le seigneur de Ronq. Laquelle ville de Bonneval se rendi tantost en l'obéissance du Roy, à la requeste des dessusdiz capitaines, lesquelz, ou la plus grant partie, se logèrent en celle ville. Mais ceulx de la ville d'Estampes ne furent point prestement conseillez d'obéir au Roy, car il y avoit garnison de par le duc de Berry. Lesquelz commencerent à résister et à faire guerre contre les gens du Roy et du duc de Bourgongne, par l'exortacion et ordonnance de messire Loys Bourdon, qui se tenoit à Dourdan, et en estoit

1. « Ung des beaux chevaliers que on peust voir, lequel ot la teste couppée ès halles de Paris, et de sa force de ses espaules, depuis qu'il ot la teste couppée, bouta le tranchet si fort, qu'à peu tint qu'il ne s'abbaty, dont le bourreau ot tel fréour; car il en mourut à tantost après six jours. » (Journal d'un bourgeois de Paris, p. 7.)

2. Voy. plus bas, p.224.

capitaine.

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