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duc fut pour lui en grant doubte qu'il ne feust prins ou mort, et pour le rescourre féry son coursier des esperons en escriant haultement à ses gens : « Or sus, avant ! mon frère est prins se nous ne le secourons. » Et lors, à tout grant partie de sa bataille, ala le grant cours jusques à leurs adversaires. Et y eut de rechef moult fort estour et maint homme d'armes porté à terre, mors et navrez, de chascune partie. Et en fin, ceulx de la partie de Bourgogne qui menoient leur avant-garde, laquelle conduisoit Amé de Viri, se retrahirent jusques à leur bataille qui estoit ung petit plus loing. Et le dessusdit bastard, qui avoit esté rué jus de son cheval, fut remonté et retourna devers le duc son frère. Et avant ce jour m'estoit homme, de quelque estat qu'il feust, qui audit duc l'eust oy nommer frère. Si furent mors, tant d'une partie que d'autre, environ quarante hommes et plusieurs navrez. Après laquelle escarmouche, pour ce qu'il estoit tard, vers le vespre, les deux parties se retrahirent sans plus avant procéder l'un contre l'autre, c'est assavoir ledit duc et ses gens, dedens Villefranche, et l'autre partie se tira, en gastant pays, devers la conté de Charrolois. D'aultre part messire Richard Daulphin", maistre d'ostel du Roy, et le seigneur de saint George, d'un costé, et à l'autre costé le seigneur de Heilli, mareschal d'Acquitaine, et Enguerran de Bournonville, furent envoiez en Languedoc et au pays d'Acquitaine et en Poictou, contre le duc de Berri, le conte d'Armaignac et Charles d'Albreth, lesquelz de la partie du duc de Bourgongne dégastèrent moult le pays desdiz seigneurs. Toutesfois, ung certain jour que ledit seigneur de Heilli estoit logé en ung gros village nommé Linières", fut au point du jour assailli des gens du duc de Berry, et la plus grant partie de ses gens furent destroussez de leurs chevaulx, et les aucuns, en assez petit nombre, mors et prins. Et lui, de sa personne, avec la plus grant partie de ses gens, se saulva, en défendant, dedens la forteresse d'icelle ville, laquelle tenoit la partie du Roy; et par ainsi furent saulvez. Et quant au conte de La Marche et le seigneur de Rambures, qui estoient entrez en la duchié d'Orléans comme dit est dessus, nous fault-il ung petit parler pour savoir comment ilz se y gouvernèrent. Il est vérité qu'ilz povoient bien avoir de cinq à six mille combatans, lesquelz furent conduis par iceulx seigneurs, en dégastant pays jusques à Yenville le Chastel*, et se loga ledit conte de La Marche en ung village nommé le Puiset, à tous ses gens seulement, et ledit seigneur de Rambures en ung autre village à une lieu près. Or advint que ceulx de la garnison de Yenville firent savoir les nouvelles de leur venue en la cité d'Orléans, où il y avoit très grant nombre de gens de guerre pour la garde du pays. Si se mirent adonques sus soubz la conduite de Barbazan de Gaucourt et messire Galiot de Gaules et ung chevalier lombard, environ six cens hommes d'armes et trois cens archers, et s'en vindrent le plus secrètement qu'ilz porent en ung certain lieu où ilz trouvèrent ceulx de la garnison dudit Yenville, lesquelz, quant ilz furent tous ensemble, povoient estre mil combatans ou environ. Si se mirent à chemin et chevauchèrent toute nuit pour aler où ledit conte estoit logié, et avoient plusieurs guides qui les conduisoient. Toutesfoiz icellui conte en fut aucunement adverti. Si fist armer ses gens et traire vers son hostel la plus grant partie, et en autres lieux les fist tenir ensemble. Et avec ce, envoya devers le seigneur de Rambures lui noncer les nouvelles et lui signifier qu'il feust prest pour le venir secourre se besoing en avoit. Et ainsi, ledit conte et ses gens furent la plus grant partie de la nuit en armes, actendans leurs adversaires. Mais quant ce vint vers le jour, par le conseil d'aucuns, chascun se retrahi vers son hostel, ce que point faire ne devoient. Et quant ce vint ung petit devant soleil levant, ung chevaucheur de la partie d'Orléans vint audit logis, qui ala tout au long du village. Et après, voyant qu'il n'y avoit point de guet et qu'ilz n'estoient point ensemble, retourna tantost vers ses gens qu'il trouva assez près de ladicte ville; si leur compta ce qu'il avoit trouvé. Si s'en vindrent incontinent vers icelle, et en entrant dedens ledit logis commencèrent à crier vive le Roy! et en après, en assaillant, iceulx commencèrent à crier vive Orléans ! Et s'en alèrent grant partie ou logis dudit conte, qui vouloit oyr la messe. Ouquel lieu y eut très grant butin, car icellui conte, avecques aucuns de ses gens, se y combati moult vaillamment. Néantmoins il fut vaincu et prins prisonnier, et tout le logis généralement fut mis à desconfiture, et iceulx prins et mors. Après laquelle destrousse le dessusdit conte et lesdiz prisonniers furent hastivement emmenez devers Orléans. Et ce pendant, ledit seigneur de Rambures fut forvoyé par ung homme qu'il avoit prins pour le guider pour venir au secours, et quant il y vint tout estoit ja départi et emmené. Dont il fut moult dolent, et pour tant sans délay poursuivi lesdiz Orléanois par si grande vertu qu'il les rataindi et se bouta en eulx vigoreusement, tant qu'il en rua jus plusieurs, et avecques ce rescouyt aucuns prisonniers. Mais ledit conte et environ quatre-vingts de ses gens furent emmenez devant, quanque chevaulx porent porter, et furent mis prisonniers en la cité d'Orléans. Si fut ledit seigneur de Rambures moult troublé de ce qu'il ne pot rescourre le conte dessusdit. Et furent mors, à ces deux besongnes, de trois à quatre cens hommes tant d'un costé comme d'autre, dont la plus grant partie fut des Orléanois. Et entre les autres y fut navré à mort, de la partie du conte de La Marche, Guiot le Gois, filz ainsné de Thomas le Gois, grant bourgeois de Paris ; dont les Parisiens furent moult dolens. Et après ceste besongne, ledit seigneur de Rambures rassembla grant nombre de gens d'armes de par le Roy, et fist plus que paravant forte guerre en la duché d'Orléans, et eulx à lui. Par quoy le pays de tous costez fut fort oppressé. Ouquel temps vint en la ville de Paris, du pays de Prouvence, le roy Loys", à tout trois cens hommes d'armes moult bien habillez, et se loga en son hostel d'Anjou. Si fut grandement receu et honnouré du Roy, du duc d'Acquitaine et des autres princes et grans seigneurs. Et se alia du tout avecques le roy de France et les ducs d'Acquitaine et de Bourgongne, et promist de tenir leur parti contre les enfans d'Orléans et tous leurs aliez. Et d'autre part, la duchesse de Bourgongne ala au bois de Vinciennes, où estoient la royne de France et la duchesse d'Acquitaine, qui très honnorablement les [lis. la] reçeurent. Et là, les alèrent visiter lesdiz ducs d'Acquitaine et de Bourgongne, et y furent fais très grans et solemnelz esbatemens pour les bienveigner. Et depuis demourèrent avecques la Royne grande espace de temps, aux despens du Roy. Et en ce mesme temps, le seigneur de Dampierre et aucuns autres furent envoiez de par le Roy à Boulongne sur la mer au devant des ambassadeurs du roy d'Angleterre qui estoient en la ville de Calais, et tous ensemble, convindrent à Lolinguen, et là traictèrent trêves entre les deux roys ung an entier durant. Après lequel traictié, ledit admiral et ceulx qui estoient avecques lui retournèrent à Paris devers le Roy. Ouquel lieu estoient assemblez très grant nombre de prélas et autres gens d'église pour aler devers le pape lui faire requeste que ung lieu feust prins et esleu à tenir ung concile général de l'Eglise chrestienne. Mais à la véritê dire, assez peu y fut besongné, et ne peurent ceulx d'icelle assemblée venir à une seule conclusion. Si fut esleu et prins ung autre jour pour estre ensemble et avoir plus grant nombre desdiz prélas et gens d'église, que là n'avoit eu. En oultre, en ces propres jours les Parisiens entendans loyaument et constamment servir le Roy et son filz le duc d'Acquitaine, en ses guerres, procurèrent tant devers lui par le moien du duc Jehan de Bourgongne, que l'estat de l'eschevinage de ladicte ville de Paris avecques toutes les franchises d'icellui, qui para

1. Lis. Guichart Dauphin.

1. Lignières, en Berri, à 10 lieues de Bourges. 2. Janville, à une lieue de Toury, dans l'Orléanais.

1. Louis II, duc d'Anjou et roi de Sicile.

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