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assisteroient comme autrefois avoient fait, à leur povoir. Lesquelles lectres tantost après envoièrent devers le Roy et le duc de Bourgongne, qui estoient encores en la ville de Sens en Bourgongne.

Esquelz jours, le duc de Berry, par le conseil du conte d'Armaignac, fist forger monnoye en sa cité de Bourges pour paier les souldoiers, c'estassavoir blans doubles et escuz d'or, assez semblables à la monnoye du coing du Roy, en escripture et en armes. Dont le Roy et son conseil furent moult desplaisans.

CHAPITRE XCI.

Comment la ville de Vrevins fut prinse des Orléanois, lesquelz peu de temps après s'en partirent et l'abandonnèrent.

Item, en ces jours proprement, la ville de Vrevins", qui estoit moult forte et riche, fut prinse par décepcion de messire Clugnet de Brabant, de messire Thomas de Liersis*, du seigneur de Bosqueaulx, chevaliers, et aucuns autres gentilz hommes jusques au nombre de six cens combatans ou environ, de diverses nacions, lesquelz estoient de la partie des Orléanois. Et disoit-on que ce fut par ung boucher et à son instance, qui avoit esté banny de ladicte ville par ses démérites et s'estoit mis en la compaignie dudit messire Clugnet, duquel boucher la femme et les enfans demouroient en ladicte ville. Lesquelz sur le serain et requoy de la nuit* s'estoient tapis et mucez emprès une porte. Et quant le jour fut esclarcy, environ soleil levant, que les guètes et gardes de nuit sur les murs se partirent et laissèrent leurs gardes, et que la porte fut ouverte et le pont fut avalé", iceulx qui estoiênt mucez en certains lieux, avant que les gardes des portes feussent venues, entrèrent ens et commencèrent à envayr ceulx de ladicte ville, qui riens n'y pensoient, et firent sonner leurs trompètes en criant à haulte voix : « Vive le duc d'Orléans ! » Touteffois il y eut peu de gens de ladicte ville prins, mais ilz furent tous desrobez. Et estoit lors le seigneur dudit lieu de Vrevins avecques le Roy. Et y eut prins, tant en vaisselle comme en monnoie, la valeur de moult de fleurins". Lequel avoir fut, par ledit messire Clugnet, du gré et consentement de ses compaignons, tous porté en Ardenne*, afin que ceulx du pays et des villes de sapartie et qui estoient en son aide, feussent tous paiez. Et tantost, tous les voisins d'entour, qui sceurent la chose et le fait , furent moult esbahis et eurent grant paour. Pour ce, vindrent les communes d'entour, tant des bonnes villes comme du pays d'en

1. Vrevins, pour Vervins (en Laonnois).

2. « Thumas de Lersies. » (Suppl. fr.93.)

3. « Sur le quoy et serain de la nuit. » (Suppl. fr.93.) Requies, repos.

viron. Si les asségèrent et se mirent en peine de reprendre ladicte ville. Là vint aussi le bailli de Vermendois, nommé Le Brun de Bains, chevalier, le seigneur de Chin, et plusieurs autres chevaliers et escuiers, bourgois et autres avecques lui, jusques au nombre de quatre cens bacinets et six ou huit mille piétons de gens armez puissamment. Ouquel siège vint le seigneur de ladicte ville, qui estoit de grant noblesse et moult expert chevalier, tantost qu'il oy nouvelles de la prinse de sadicte ville. Si fut tout le circuite entreprins par ceulx de dehors, et par grant force et puissance les commencèrent à guerroier. Et les asségez ordonnèrent leurs défenses sur les murs, de dars et de saiètes et d'autre trait, en leur monstrant et faisant bonne guerre et bonne défense. Et là en ladicte ville furent en cest estat vingt trois jours. Et tant que le vIi°jour du moys de juing, le seigneur de Bosqueaulx Thomas de Hersis et son filz", chevaliers, le bastart d'Esne, et ceulx qui estoient avecques eulx, considérans que leurs adversaires croissoient de jour en jour, et aussi le dérompement des tours, des maisons et des murs, doubtans qu'en la fin ne feussent prins de force et de leurs ennemis mis à mort, ce jour, eurent conseil ensemble pour sçavoir comment ilz se pourroient saulver. Si monstrèrent grande apparence de résister et eulx défendre contre leurs ennemis, pour mieulx céler leur entencion. Lesquelz, à l'eure que ceulx de dehors estoient en leurs tentes et pavillons, et qu'ilz séoient au disner, et avoient leurs guectes devant une porte tous armez ainsi que on avoit accoustumé, vindrent lesdiz asségiez tous armez et montez sur leurs chevaulx, et firent ouvrir les portes. Et tous, excepté trois qui dormoient ou qui furent trop négligens, saillirent hastivement hors de la porte, en férant très asprement leurs chevaulx des espérons, et à course de chevaulx se boutèrent ou bois le plus tost qu'ils porent. Ceulx qui tenoient le siège, voians ceste chose, furent tous esmerveillez. Si boutèrent leurs tables par terre, montèrent ès chevaulx et coururent après eulx. Si les suivirent à grant effort tant qu'ilz porent, et en prindrent jusques à soixante ou environ, et les aultres se saulvèrent par force de bien fuyr. Et ceulx qui les chacèrent, retournèrent, à tout leurs prisonniers, puis entrèrent en ville, où ilz trouvèrent les trois orléanois dessusdiz, avecques aucuns aultres chétifz, lesquelz le bailli de Vermendois fist mectre en prison. Et après ce qu'on eut oye leur confession, furent par sentence dudit bailli décolez. Et après se partit de là ledit bailli et s'en ala à Laon , où il mena les autres prisonniers orléanois bien liez, pour là leur faire coper les testes. Et le seigneur de Vrevins demoura en sadicte ville, et à son povoir la fist refaire et réparer. Et le seigneur de Chin et les autres s'en alèrent chascun en son lieu. Et dedens brieftemps après, fut prins le chastel de Gersies", qui estoit moult fort, des gens messire Clugnet de Brabant, c'estassavoir de messire Symon de Clermont, et ung capitaine nommé Mulet Dautre, et aucuns autres. Lesquelz le prindrent d'emblée, à ung matin. Mais tantost ledit bailli de Vermendois, et avecques lui les seigneurs dessusdiz et grant multitude de communes, vindrent devant et le recouvrèrent par force d'assault. Si furent prins les dessusdiz Simon et Mulet Daultre et leurs gens, et menez à Laon, où ilz eurent tous les testes copées. Et après, pour garder ledit chastel, y fut mise garnison de par le Roy.

1. Abaissé. 2. Florins, comme au ms. Suppl. fr. 93. 3. - Fu tout porté en Ardenne. » (Ibid.)

1. Il est appelé plus haut Thomas de Liersis. Le ms. Suppl. fr. 93 porte : « Thomars de Liersies, le filz du seigneur d'Esclèbes, chevaliers. »

1. Gercy, à 3 kilomètres de Vervins.

CEIAPITRE XCII.

Comment le Roy de France oy certaines nouvelles que ses adversaires estoient aliez avecques le roy d'Angleterre. Et comment le connestable fut envoié contre eulz ou pays de Boulenois.

En ces mesmes jours, Charles, roy de France, estant encores avecques ses princes à Sens en Bourgongne, oy certaines nouvelles que ses adversaires estoient aliez avecques le roy d'Angleterre, c'estassavoir Berry, Orléans et Bourbon et les autres seigneurs de leur partie, et que le roy d'Angleterre si vouloit envoier aucuns de ses princes en France, à tout une grosse armée d'Anglois, à leur aide, pour dégaster son royaume, et que desjà estoient yssus de Calais et d'autres fortresses des frontières du Boulenois, et commençoient à courir à l'environ, en amenant proies et prisonniers, et par espécial sur la mer. Et en la ville de Berch" boutèrent les feux, en enfraignant les trêves qui estoient entre lui et le roy d'Angleterre. Et pour y obvier manda hastivement au conte Walerant de Saint-Pol, son connestable, que, à tous ses gens et les nobles de Picardie, alast sur les frontières et meist par tout bonne garnison de gens d'armes et de vivres pour contrester aux courses et entreprinses d'iceulx Anglois, et que de ce il feist bonne diligence. Car le duc de Bourgongne avoit amené avecques lui tous les plus jeunes et chevalereux qu'il avoit peu trouver, par

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1. « Bercq. » (Suppl. fr. 93.) Berck-sur-Mer, à 14 kilomètres de Montreuil.

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