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espécial du pays de Boulenois, de Ternois ", de Ponthieu et d'Artois, et y avoit laissé seulement les anciens hommes fèbles qui plus ne se povoient armer. Et est vérité que ledit connestable, quant il oy les nouvelles des maulx que faisoient les Anglois dessusdiz, plus par son gré que par constrainte ne mandement du Roy, toutes choses laissées et mises derrière, se party et vint à Paris tantost et bien hastivement, avec lui le Borgne de la Heuse et autres chevaliers, lesquelz il laissa, par la voulenté de ceulx de Paris, afin de mener guerre contre ceulx de Dreues ", et puis s'en ala en Picardie et à Saint-Pol veoir sa femme, et de là print son chemin à Saint-Omer et puis à Boulongne, en fournissant et visitant toutes les frontières. Et tantost après fut la terre et frontière desdiz Anglois esmeue et pleine de rumeur, et tant qu'ilz se retrahirent à tous leurs cornes rabaissées. Mais dedens brief temps recommençèrent. Et quant le connestable vid qu'ilz ne se absentoient de faire guerre, il eut conseil avec aucuns chevaliers de ses gens et autres, c'estassavoir le seigneur d'Offemont, le seigneur de Chaulny, le seigneur de Haulcourt et plusieurs autres *. Après lequel conseil il assembla devers lui moult de gens d'armes, jusques au nombre de mil et six cens hommes. Lesquelz, soubz la conduite du seigneur de Louroy et d'un nommé Aliquatin ", un certain jour sur le soir fist armer [et] " devers la ville et le chastel de Guines les ordonna et disposa aler. Et quant ilz commençèrent à approucher la ville, eulx estans tous de pié, le connestable avoit par ung autre costé envoyé messire Jehan de Renti, à tout quarante bacinetz, lequel sçavoit bien les adresses de ladicte ville, afin de monstrer aux devantdiz comment ilz assauldroient icelle. Laquelle estoit adonc close de bons palis et de bons fossez, et si estoit garnie de Holandois et autres souldoiers, qui y demouroient. Et le connestable, à tout six cens bacinetz, passa oultre la ville pour garder ung passage estans entre Calais et Guynes, afin que les Anglois dudit Calais oyans faire l'assault ne venissent grant armée pour aider aux Guinois, et aussi que les Guinois ne peussent passer ne aler à Calais. Et ainsi, ou milieu des deux batailles se mist le connestable, à tous ses gens, et là fut, tant et si longuement que l'assault dura. Lesquelz piétons dessusdiz et ceulz qui les conduisoient vindrent tous ensemble au point du jour, de cy à la ville, bien affaictez d'assaillir. Et tant firent que par grans et cruelz assaulz boutèrent le feu en la ville, lequel tant qu'il trouva de quoy ne cessa d'ardoir maisons, et en ardi plus de soixante. Les habitans d'icelle se défendirent fort et vertûeusement contre leurs ennemis. Et les Anglois estans ou chastel de Guynes, gectoient pierres et traioient d'arbalestres onnyement * sans point cesser, et moult grevèrent les assaillans Finablement, ceulx de ladicte fortresse de Guines ouvrirent une des portes et leur bassecourt, par laquelle ceulx de la ville entrèrent ens et furent receuz, et par ainsi eschapèrent d'être mors. Et les assaillans, par le conseil dudit de Renti et de leurs conducteurs, se retrahirent tous ensemble et retournèrent en leurs lieux, mais toutefoiz en y eut moult de blécez et navrez, et peu en mourut. Et le connestable, à qui iceulx firent sçavoir leur retraite, à tout son armée, s'en retourna à Boulongne, laissant garnisons, ainsi que dit est, par toutes les parties et frontières contre iceulx Anglois. Lesquelles garnisons couroient chascun jour l'un contre l'autre.

1. Petit pays répondant au comté de Saint-Pol. On disait SaintPol en Ternois.

2. C'est la vieille forme, Dreux est la nouvelle.

3. Le sire d'Auffemont, le sire de Cauny, le sire de Louroy, messire Phelippe de Harcourt et plusieurs autres. » ( Suppl. fr. 93.)

4. « Alinquetun. » (Ibid.)

1. Suppl. fr. 93. 2. Il vaudrait mieux omnyement (omni modo).

CHAPlTRE XC1II.

Comment le Roy mist siège devant Fontenay, et tost après à Bourges en Berry. Et des besongnes qui advinrent en cellui temps.

Item, après que le roy de France eut séjourné par aucuns jours en la ville de Sens en Bourgongne, et qu'il eut eu plusieurs grandes délibéracions avec son grant conseil sur les afaires de son royaume, se partit de là et ala à Aucerre, et de là à la Charité sur Loire, où il séjourna par cinq jours, et après print son chemin devers ung fort chastel nommé Fontenay, lequel les Orléanois tenoient. Lesquelz, quant ilz virent la grant puissance du Roy, rendirent ledit chastel, par condicion qu'ilz s'en yroient sauf leur corps et leurs biens. Et ce pendant, plusieurs capitaines qui avoient tenu les frontières contre lesdiz Orléanois, venoient chascun jour de divers pays, à grant puissance, devers le Roy. Entre lesquelz y vindrent le seigneur de Heilli, Enguerran de Bournonville, Amé de Viri et

plusieurs autres.

Item. Dudit lieu de Fontenay, le Roy ala loger ou pays de Berry devant une ville nommée Dun le Roy ", et la fist asséger tout à l'environ et moult fort batre de ses engins. Durant lequel siège, Hector, bastard de Bourbon, frère au duc de Bourbon, vint, à tout trois cens hommes d'armes, sur aucune compaignie des gens du Roy qui aloient à l'estrade *. Si en print et occist plusieurs, et après s'en retourna hastivement en la cité de Bourges, où estoient les ducs de Berry et de Bourbon, aux quelz il raconta son adventure. Et après, ceulx de Dun le Roy furent si contrains par la force des engins du Roy, que le neuviesme jour dudit siège, sauf leur corps et leurs biens, se rendirent, et livrèrent ladicte ville au Roy, par telle condicion que Loys de Corailles, chevalier, naguères séneschal de Boulenois de par le duc de Berry, peust revenir, à tout ses gens d'armes, devers ledit duc de Berry, sainement et saulvement. Dont, après l'espace de trois jours, le Roy et tout son ost se partit de là, délaissant en ladicte ville messire Gautier de Rupes, chevalier bourguignon, capitaine et garde d'icelle. Et à trois lieues ou environ, en une ville près d'un bois, le vendredi x° jour de juing, le Roy et tout son exercite se loga. Et lendemain matin, c'estassavoir le samedi xi° dudit mois, se parti et vint devant Bourges la cité", forte ville et peuplée, en provisions superhabondant, et de tous biens remplie. Laquelle cité souloit estre royale et chef de tout le pays et règne d'Acquitaine, située sur la rivière d'Ièvre, et parmy une partie de la ville cuert un petit fleuve, qui cuert de Dun le Roy". En laquelle cité, avec les habitans et bourgois d'icelle, monstroient et faisoient grande apparence de résister, c'estassavoir les ducs de Berry et de Bourbon, le sire d'Albreth, le conte d'Aucerre, Jehan, frère au duc de Bar, et moult d'autres qui s'estoient fuys et partis hors de Paris, l'arcevesque de Sens, l'arcevesque de Bourges, les évesques de Paris et de Chartres, le seigneur de Gaucourt, Barbazan, le sire d'Ambrecicourt et le Borgne Foucault, avec mil et cinq cens cuiraces et quatre cens hommes de trait, archers et arbalestriers. Lesquelz voians venir le Roy avec son exercite, ouquel estoient selon commune estimacion mieulx de cent mille chevaulx, aucuns yssirent de la ville armez, en venant contre eulx en criant : Vive le Roy ! et lesdiz de Berry et d'Orléans, en assaillant terriblement les coureurs de devant. Et tant que d'une partie et d'autre en y ot moult de blécez et tuez. Mais l'avantgarde du Roy qui les suivoit, les fist tantost rentrer en leur ville, et eulx rentrez dedens, laissèrent leurs portes ouvertes et moult courageusement s'ordonnèrent et mirent en défense. Ceste avantgarde du Roy menoient et gouvernoient le grant maistre d'ostel du Roy, c'estassavoir messire Guichard Daulphin, les seigneurs de Croy et de Heilli, chevaliers, Amé de Viri et Enguerran de

1. Dun-le-Roy ou Dun-sur-Auron, à sept lieues de Bourges Le Roi y était le 8 juin. Il existe aux Archives des lettres de lui en faveur de Robert, duc de Bar, datées du 8 juin 1412. « Au camp devant Dun le Roy. »

2. C'est encore aujourd'hui un mot de notre vocabulaire de guerre.

3. Le samedi 11 juin 1412. La veille on avait fait à Paris une procession solennelle pour le succès des armes du roi

Bourges est située entre deux petites rivières : l'Yèvre et l'Auron.

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