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esté souldoiers à Bourges, lesquelz se boutèrent avecques eulx et tous ensemble commencèrent de gaster moult fort le pays. Et oultre, les prisonniers qui estoient à Lisle, dont en autre lieu est faicte mencion, c'estassavoir le seigneur de Hangest, naguères maistre des arbalestriers de France, messire Loys Bourdon, messire Charles de Giresmes, Enguerran de Fontaines et aucuns autres, furent délivrés pour le conte de La Marche, moiennant que ledit conte avec ce paia une grant somme d'argent à ceulx qui l'avoient prins. Et en cas pareil furent rendus plusieurs prisonniers de costé et d'autre, les ungs par eschange et les autres par finances. Et ce pendant, environ la feste de l'Assompcion Nostre-Dame, ceulx qui avoient esté mandez de par le Royvindrent audit lieu d'Auxerre. Entre lesquelz y vindrent en grant estat les Parisiens. Et aussi y vindrent les ducs de Berry et de Bourbon et le seigneur d'Albreth. Lequel, tantost après sa venue, voulut user de l'office de connestable; mais le conte Waleran de Saint-Pol ne lui voulut point souffrir, et en usa luimesmes. Et pour ceste cause, après plusieurs paroles dictes l'un à l'autre, ledit d'Albreth qui jà avoit fait le serement de la paix, s'en ala par mal talent. Et lundi ensuivant, le duc d'Orléans et le conte de Vertus, son frère, s'en vindrent audit lieu d'Auxerre, à tout trois mille combatans, et après que tous les seigneurs d'un costé et d'autre furent venus, ilz s'assemblèrent dehors les murs de la cité en une plaine auprès d'une abbaye de nonnains ", ouquel lieu on avoit fait ung eschafault noblement aorné, sur lesquel estoit le duc d'Acquitaine en lieu de son père, acompaigné du roy de Cécile, des ducs de Bourgongne et de Bar, et de plusieurs autres grans seigneurs. Et là, en présence de tous ceulx qui veoir et oyr les povoient, firent lesdiz seigneurs serement solemnel de entretenir ledit traictié : c'estassavoir les ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon, le conte de Vertus, Jehan filz au conte de Bar, et plusieurs autres. Et pareillement le fist le duc de Bourgongne et ceulx de sa partie. Et fut de rechef promis par iceulx seigneurs d'Orléans et de Bourgongne, d'entretenir le mariage autrefoiz pourparlé à la paix de Chartres de la fille le duc de Bourgongne et le conte de Vertus, et sur les condicions ailleurs déclairées. En après, tous les seigneurs dessusdiz renoncèrent à toutes confédéracions, aliances et convenances qu'ilz avoient avec le roy Henry d'Angleterre, adversaire du Roy, et aussi de ses filz et de tous autres Anglois, et aucuns autres de ce royaume, jà soit ce que le duc de Bourgongne affermast par son serement qu'il n'en avoit nulles. Et devoient escripre aux Anglois sur telle forme que par le Roy et son conseil sera advisé. Et encores jurèrent et promirent de jurer devant le Roy, ledit traictié, au plus tost qu'il sera retourné en santé, car il estoit lors bien malade, et de ce, faire telles lettres comme il plaira au Roy, et que jamais ne feront l'un contre l'autre confédéracions ne aliances; et se aucun d'eulx aloit ou vouloit aler contre ledit traictié ou accord, tous les autres seroient contre cellui ou ceulx qui ce feroient, afin de les subjuguer et ramener à obéissance. Auquel traictié veoir, faire et accorder, et veoir la forme des seremens et iceulx oyr, furent par mandement du Roy aucuns de la chambre de Parlement et de la Chambre des comptes, et de l'Université éle Paris, les prévostz de Paris et des marchands, et des eschevins et aucuns des bourgois,jà soit ce que ledit accord et traictié n'eussent pas bien pour agréable. Et aussi y furent mandez et présens de par le Roy, ceulx de Rouen, de Caen, d'Amiens et de Tournay, de Laon, de Reins, de Lengres, de Tours et de plusieurs autres bonnes et principales villes du royaume, en grant nombre et en grande multitude. Après lequel serement fait et toutes les solemnitez fournyes, les seigneurs dessusdiz alèrent disner ensemble, en grant concorde, ou logis dudit duc d'Aequitaine, lieutenant du Roy son père. Et fut icellui disner très habondant de tous biens, et après le disner alèrent jouer à divers jeux les ungs aux autres. Et après tous ces esbatemens et que la nuit fut venue, chascun d'eulx se trahy en son logis. Et lendemain et aucuns jours ensuivans se rassemblèrent par plusieurs foiz, continuans de faire grant chère et estre en grant concorde les ungs avecques les autres, comme on povoit apparcevoir par le semblant qu'ilz monstroient. Et mesmement le duc d'Orléans et le duc de Bourgongne chevauchèrent ensemble avecques les autres seigneurs, tous deux sur ung cheval "; et monstrèrent apparence de toute fraternité et amour que frères et parens pevent monstrer l'un à l'autre. Néantmoins aucuns envieux et mauvaises langues ne s'en taisoient pas en derrière, mais en disoient leurs goulées. Et

1. C'est Saint-Julien d'Auxerre.

1. On a déjà vu plus haut, dans le récit de la mort de Louis d'Orléans, un exemple de cet usage.

quant au peuple, dont il y avoit grant multitude, et autres bonnes gens, il ne fault point demander s'ilz avoient grant joye, car ilz crioient souvent à haulx cris : Gloria in excelsis Deo, etc., comme s'ilz voulsissent dire : Louée soit la gloire des cieulx.Si leur sembloit proprement estre miracle de Dieu, actendu la division qui avoit esté si grande entre de si grans seigneurs, laquelle estoit si tost appaisée. Et après toutes ces besongnes acomplies, et aussi pour ce que l'épidémie si fort régnoit audit lieu d'Auxerre, le Roy, avecques ses princes, se parti de là, et par Sens ala à Meleun, où de rechef avec la Royne, ses filles et d'autres dames, fut faicte une grande feste et grant léesse pour la réconsiliacion des princes du sang royal, tant en joustes, danses, boires et mengers, comme autres esbatemens. Et est vérité que le Roy estant audit lieu de Meleun retourna en assez bonne santé, et pour ce, ung certain jour, à la prière de la Royne et de sadicte fille, aussi des ducs d'Acquitaine et de Bourgongne et le roy de Cécile ensemble, approuva et eut pour agréable la paix devantdicte par la manière qu'elle avoit esté faicte, et pour ce, les rebellions et les transgressions passées par eulx faictes par ses oncles, nepveux et cousins, leurs aliez et complices quelzconques, il remist et pardonna, et les receut en bonne pure paix et leur rendi leurs terres et possessions. Et cecy ainsi fait, lendemain de la Nativité Nostre-Dame " furent leues les lectres en Parlement de par le Roy, comment toutes les rebellions et offenses du temps passé faictes par les ducs d'Orléans, ses frères, ses nepveux et leurs complices et aliez quelzconques, tant gens d'église comme séculiers, de quelconque auctorité et dignité qu'ilz feussent", il leur rendoit tous leurs chasteaulx, villes, terres, citez et possessions quelles qu'elles feussent, et de ce levoit sa main et mectoit à plaine délivrance. Et ainsi lesdiz seigneurs et leurs aliez et leurs complices, furent remis et receuz en leurs terres, villes, chasteaulx et citez et en leurs possessions, sans aucune réparacion ou restitucion des démolicions d'iceulx fais par avant, dont plusieurs et par desserte avoient esté destruis, tant villes, chasteaulx et fortresses, versées et ruées par terre, vignes, prez, bois et viviers destruiz et vuidez, et maintes autres dissolucions. Et afin que par tout le royaume feust celle paix divulguée et que par nul elle ne feust violée ou enfrainte, mais demourast ferme et estable et en persévérance, fut faict ung édict de par le Roy. Duquel la teneur s'ensuit : - - CHAPITRE xCvI. -S'ensuit le mandement de la paix que le Roy envoia à ses officiers pour

1. Le 9 septembre.

la publier par tout son royaume et en prendre copie. - Et autres matières qui advinrent en ce temps.

« Charles, par la grace de Dieu, roy de France. Au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut. Entre les cures des besongnes que nous avons et devons avoir de jour en jour pour le bien, utilité et conservacion

1. Il y a évidemment ici, comme aussi dans le Suppl. fr. 93, quelques mots d'omis. Comme, par exemple, que ces rebellions, etc., il leur remettoit et leur rendoit, etc.

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