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tres grans seigneurs, barons et prélats en très grand nombre. Et là firent faire une proposicion devant le Roy par un carmeliste nommé frère Eustace ", lequel print son theume tel : Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam, qui vault autant à dire : Se le seigneur ne garde sa cité, cellui qui la veille labeure en vain. Laquelle proposicion exposée prescha après moult bien, et là fist aucune mencion des prisonniers et du mauvais gouvernement de ce royaume, et des maulx qui se y faisoient parla aussi moult grandement. Et sa collacion et prédicacion finée, le chancelier de France lui dist qu'il se feist advouer. Lequel avoit au dos le devantdit prévôt des marchans et les eschevins de la ville de Paris, lesquelz incontinent le advoerent. Mais pour ce qu'ilz n'estoient là présens qu'un petit de gens et qu'ilz ne parlèrent point assez hault à l'appétit du chancelier", aucuns descendirent de la chambre du Roy et appellèrent des plus grans et notables bourgois et de la plus grande nacion de Paris, qui estoient avecques les autres armez èsdictes cours. Lesquelz vindrent tous ensemble devers le Roy, les genoilz fléchis, et là advoerent ledit frère Eustace, en lui exposant la bonne et dévote amour et voulenté qu'ilz avoient à lui et sa généracion et famille, et comment à sa majesté royale vouloient servir de cuer pur et net, et que tout ce qu'ilz avoient fait et faisoient, c'estoit pour le bien et utilité de lui, de sa généracion et pour le bien publique de son royaume, et aussi à la conservacion de sa dominacion et seigneurie. Et cependant le duc de Bourgongne, quant il sceust ceste armée et assemblée en l'ostel du Roy, descendi devers eulx et leur pria très acertes qu'ilz s'en alassent de là, et en leur demandant qu'ilz vouloient et pourquoy ilz estoient là venus ainsi armez, car il n'estoit point bon ne expédient que le Roy, lequel n'avoit guères qu'il estoit relevé de sa maladie, les veist ainsi assemblez et mis en armes, lesquelz respondirent qu'ilz n'estoient point là assemblez pour mal, mais pour le bien du Roy et du royaume, en lui baillant ung roole et disant qu'ilz ne se partiroient de là pour quelconque chose, jusques à ce que on leur eust rendu et baillé ceulx qui estoient en escript oudit roole, c'estassavoir Loys de Bavière, frère de la Royne, et les chevaliers qui s'ensuivent : C'estassavoir Charles de Villiers, Conrrat Baier, Jehan de Neelle, seigneur de Dolehaing, l'arcevesque de Bourges, nommé maistre Guillaume Bourratier", confesseur de la Royne, Jehan Vincent, Colinet de Pieul, Jennet de Cousteville, Mainfroy, trésorier du duc d'Acquitaine et ung chevalier* du duc d'Orléans qui estoit là adonc venu à celle heure et avoit apporté lectres au Roy de par son maistre, dame Bonne d'Armaignac, dame de Montaulban, la dame du Quesnoy, la dame d'Avelin, la dame du Novion, la dame du Chastel et quatre damoiselles. Et quant ledit duc de Bourgongne vit que riens ne proufitoit chose qu'il deist, retourna vers la Royne et lui dist ce qu'ilz demandoient, en lui monstrant ledit roole. Laquelle moult troublée appella son filz d'Acquitaine et lui commanda et dist qu'il alast avec ledit duc de Bourgongne devers iceulx, et de par elle lui priassent affectueusement que jusques à huit jours tant seulement se voulsissent déporter de la prinse de son frère, et au huitiesme jour sans faillir elle leur baillera à faire leur voulenté, et sinon, au moins souffrent qu'elle le puist faire mener après eulx là où ilz le vouldront avoir prisonnier, soit au Louvre, au Palais ou ailleurs. Laquelle chose oye de sa mère, se tourna ledit d'Acquitaine ung petit arrière en une chambre de secret et là commença à pleurer. Lequel par l'exortement du duc de Bourgongne se abstint de pleurer ce qu'il peust, en torchant ses lermes, puis yssy et vint à eulx. Et là, ledit duc de Bourgongne leur exposa la requeste de la Royne en brief. Lesquelz du tout la refusans, dirent et affermèrent qu'ilz monteroient en la chambre de la Royne, et en la présence du Roy les prendroient et emmeneroient prisonniers se on ne leur bailloit prestement. Et quant lesdiz ducs oyrent ceste response, ilz retournèrent devers la Royne et lui dirent ce qu'ilz avoient trouvé. Adonc, le frère de la Royne qui ne povoit eschaper de leurs mains, lui plein d'amertume et de tristesse", descendi à eulx, et leur pria et dist qu'il feust tout seul mis en garde, et que s'il estoit trouvé coulpable il feust puny sans miséricorde, et sinon qu'il feust délivré sans longue demeure, et qu'il s'en peust retourner en Bavière sans plus revenir en France. Et les autres descendirent après et aussi firent les dames et les damoiselles. Mais ce ne fut pas sans grans pleurs et sans grant effusion de lermes. Lesquelz tantost furent prins et mis sur chevaulx, deux à deux, en telle manière que derrière les deux avoit quatre hommes d'armes et ainsi des autres, et estoient montez à cheval , et ainsi furent menez, les ungs au Louvre et les autres au Palais. Et en ce faisant, ceulx de Paris estoient à très grande compaignie de gens armez, qui devant et derrière les prisonniers environnoient. Et ce fait, le Roy s'en ala seoir au disner, et la Royne, avecques son filz, entra en sa chambre moult fort pleurant. Et ung peu d'espace après, ledit chevalier" du duc d'Orléans fut délivré, et aussi fut le sire de Dolehaing, lequel fut fait chancelier d'Acquitaine, dont il avoit esté osté. Et le duc de Bourgongne qui avoit en garde le duc de Bar, son cousin germain, et Pierre des Essars, et plusieurs autres prisonniers qui estoient au Louvre, lesquelz il faisoit administrer par ses gens et s'en estoit fait plège, de laquelle plegerie il se déporta du tout et les restitua et rendi à ceulx de Paris. Et de par le Roy et de par lui furent commis douze commissaires , chevaliers, et six examinateurs, pour congnoistre et juger selon l'exigence des crimes desdiz prisonniers. Et après fut baillé par escript à ceulx de Paris qui avoient fait les besongnes dessusdictes, de par le duc de Berry, oncle du duc de Bar, et aussi au pourchas, Bonne de Bar, contesse de Saint-Pol* et de ses autres amis, ung certain traictié lequel ilz envoièrent devers l'Université de Paris pour avoir leur advis et consentement sur les choses dessusdictes. Lesquelz respondirent que de ce

1, Eustache de Pavilly (voy. le Religieux de Saint-Denis, V, 31). " 2. « A la voulenté du chancelier » (Suppl. fr. 93).

1. 1Boisratier, dans le Gall. christ. 2. Mieux dans le ms. Suppl. fr. 93 .. ung chevaucheur.

1. « Et de detresse » (Suppl. fr. 93).

1. Dans le ms. Suppl. fr. 93 : chevaucheur, comme plus haut. 2. Par son mari, Waleran de Luxembourg, comte de SaintPol. L'Art de vérifier les dates la fait mourir en 1402.

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en riens ne se vouloient entremectre ne empescher, et dirent oultre en plain conseil du Roy, que par eulx ne de leur conseil n'avoient point esté prins les dessusdiz duc de Bar et autres prisonniers, mais leur en desplaisoit. Et adonc lesdiz Parisiens voians ladicte Université estre d'eulx desjoincte, doubtans aucunement que des besongnes dessusdictes ne feussent ou temps avenir appréhendez, impétrèrent devers le Roy et son grant conseilungmandement royal pour leur descharge et excusacion, duquel la teneur s'ensuit : « Charles, par la grace de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. De la partie de nos très chers et bien amez les prévostz, eschevins, bourgois et habitans de nostre bonne ville de Paris, sçavoir faisons nous avoir esté exposé que pour le grant et évident prouffit et utilité de nous et de nostre très cher et très amé premier filz, Loys, duc d'Acquitaine , Daulphin de Vienne, pour le bien aussi de nostre dominacion et bien publique de nostre royaume, pour nostre salut et seureté de nostre dicte ville de Paris, et pour obvier aux grans inconvéniens qui par le fait de plusieurs officiers et autres, tant par défaulte de bonne justice comme autrement, qui adviennent de jour en jour et estoient aventure et voie d'ensuivir plus grans, à nous et à nostre dominacion et à la chose publique de nostre royaume, et aussi à nostredicte ville de Paris, ont esté par lesdiz exposans ou plusieurs de eulx, naguères faictes certaines prinses en nostredicte ville sur aucunes personnes, hommes et femmes, tant de nostre sang et des hostelz de nous et de nostre très chère et très amée compaigne la Royne et de nostredit filz, et

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