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contes d'Alençon et d'Eu, vindrent à Vernon, et de là envoièrent leurs ambaxadeurs audit lieu de Pontoise, pour exposer ausdiz de Berry et de Bourgongne et aux autres du conseil du Roy et à ceulx de la ville de Paris estans avecques eulx, les causes de leur complainte et les périlz et inconvéniens de la guerre, lesquelz à ceste cause estoient en adventure de advenir en brief, par ung de leurs ambaxadeurs", lequel en beau françois, bien et hault et beaulx termes, moult notablement exposa. Desquelz ou en substance la teneur s'ensuit : « A expliquer la crédence à nous baillée de la partie de noz seigneurs, c'estassavoir du roy de Cécile , du duc d'Orléans, du duc de Bourbon, le conte d'Alençon et le conte d'Eu, à vous mes très redoubtez seigneurs de Berry et de Bourgongne, et à messeigneurs du grant conseil du Roy et de monseigneur d'Acquitaine qui estes en leur compaignie. « Puis qu'il convient que je die la parole pour le bien de la paix et de la faveur de bonne voulenté des escoutans, je prens ung mot du Psaultier, en la xxIIII° pseaulme : Oculi mei semper ad Dominum, qui vault autant à dire : Mes yeulx sont tousjours devant monseigneur. Par l'introduction du sage Platon, duquel j'ay prins mon theume, entre les autres notables ditz envoiez à tous seigneurs et princes aians prééminence et gouvernement qui aux choses publiques sont préférées, ilz doivent garder les commandemens de leur seigneur. Premier, qu'en tout ce qu'ilz feront ilz aient regard à la chose publique dont ilz ont le gouvernement, qui représente un corps dont ilz sont le chef et les subgetz sont les membres, en telle manière que se aucuns des membres sont blécez, qu'il en descende douleur au chef. Et pour venir à mon propos, je considère ce royaume chrestien estre ung corps duquel nostre souverain seigneur le Roy est le chef, et les membres sont ses subjetz. Mais en quel degré mectray-je messeigneurs du sang royal, qui nous ont cy envoiez, et vous aussi mes très redoubtez seigneurs à qui nous parlons ?Je ne sçay. Car nous n'avons point de chef sinon nostre Roy souverain seigneur et prince. Quant au chef je ne vous compare point, ne aussi aux membres, démonstrant à vous garder vostre prééminence. Mais il me semble que je vous puis et doy comparer membres particuliers de cedit chef. Et pour tant que entre les autres membres du chef les yeulx sont les plus notables et de plus grant, singuliere et merveilleuse condicion, je vous compare comme les yeux dudit chef, et pour trois choses très excellentes et singulières, lesquelles ilz ont entre les autres. Premièrement, car les yeulx sont et doivent estre de leur nature, en corps bien disposé, de mesure, forme et figure et de veue sans quelque différence, comme quant un œil regarde droit et l'autre de travers, ou que l'un feust cler et l'autre ouvert, tout le corps en est diffamé, et de ce prent-il nouvel nom comme de borgne ou louche. Et ainsi me semble que noz seigneurs qui nous ont icy envoiez à vous noz très redoubtez seigneurs ausquelz nous parlons, supposé que vous soiez plusieurs en grant nombre, toutesfoiz estes vous le regard sur tout le corps, et devez estre tous d'une voulenté tendans à bonne fin, c'estassavoir l'œil d'entendement par clère congnoissance, et l'œil d'effect par vraie amour et sans différence. Oculi sapientis in capite ejus. Secondement, les yeulx sont la plus haulte et évidente partie de tout le corps, comme dit le prophète Ezéchiel : Speculatorem dedi te domui Israel. Pareillement sont noz seigneurs du sang royal. Car pour la singulière affection qu'ilz ont à leur seigneur et prince et à toute sa dominacion et seigneurie, ilz veillent continuellement sur la garde d'icellui. Tiercement, que pour la grant noblesse de de l'œil, qui a sa forme ronde , il a telle subtilité ou sublimité de tous les membres de son corps, que tantost que aucun membre est blécé ou grevé de douleur, ou féru, il en pleure, comme dit le prophète Jhérémie, ou xix° chapitre. Plorans plorabit et educet oculus meus lacrimam, quia captus est rex Domini. Et semblablement fait à ce propos ce que récite Valère le Grant en son VIII° livre, de Marius le Tirant, lequel voiant la grant désolacion de sa cité par son ennemi, lequel il l'avoit prins par force, ne se peut tenir de pleurer, ce que devoit faire ung vray oeil. Certainement il doit pleurer de la douleur des membres , comme fist Codrus de la douleur des Athéniens , lequel pour gaingner la bataille contre ses adversaires se fist tuer de sa propre voulenté, comme dit et narre Justinus Frontenensis ". Et ce mesmes dit, Valère le Grant en sondit VIIIo livre. Et pour ce que tous messeigneurs sont et doivent estre de pareille condicion, et les ay équiparez à iceulx, en disant : Oculi mei semper ad Dominum. En la présence des seigneurs qui nous ont cy envoiez , voire et en la présence de nous qui avons ceste charge reçeue, non point pour tant que aucun de nous se équipare à l'ueil, mais comme très humble serviteur de l'œil et assis entre les menus membres du corps des devantdiz comme l'ongle du petit doit nommé le médecin de la dextre main, laquelle par vraie disposicion de nature a acoustumé de servir et obéir à l'ueil, à l'exemple duquel nous sommes contrains de parler de tant haulte matière, laquelle chose nous est moult griefve, mais c'est pour le bien de la paix et pour obéir à l'œil : Oculi mei semper ad Dominum. Car en quelconque temps chascun doit avoir regard à Nostre Seigneur, mais encores plus en temps d'adversité, comme dit Tulles de l'adversité, qui dit : « Viens à ton ami quant tu es appellé lui estant en prospérité, et quant il est en adversité n'atens point que tu soies appellé. » Mais je entens de tous seigneurs terriens, supposé qu'ilz soient dissolus et non faisans les fais ou les œuvres de roy ou de seigneur, selon ledit de l'apostre saint Pierre, qui dit ou second chapitre : « Soies subject à toute créature pour l'amour de Dieu, et au roy comme au plus excellent. » Et de rechef : « Soies obéissant en la crainte de Nostre Seigneur, non point tant seulement aux bons et aux justes, mais aussi aux non sachans. » Et par ainsi se peut dire de chascun seigneur le mot que j'ay prins : Oculi mei semper ad Dominum. Et pour tant, messeigneurs qui nous ont cy envoiez, aians l'œil d'entendement par clère congnoissance, sont affectez par vraie amour à leur seigneur comme au chef et à tout le corps de ce très chrestien royaume, doubtans que de eulx on ne die ce qui est escript par Ysaye ou vIIi° chapitre : Speculatores ejus ceci omnes, les regardans ou veillans, sont tous aveugles. Et aussi qu'on ne die qu'ilz sont semblables au porc qui les fruis chéans de l'arbre demeure, ne jamais ne leveroit ses yeulx à l'arbre, voians et pensans aucunes manières que puis un peu de temps on a tenu en la bonne ville de Paris, se doubtent qu'ilz ne voient tout le corps devant dit avoir et souffrir une grande destruction, par laquelle il puisse bien tost encourir et cheoir en une grande maladie et périlleuse, et telle que par continue puist estre mortelle, que Dieu ne vueille. « Premièrement. Ilz ont entendu la prinse des serviteurs du Roy, de la Royne et de monseigneur d'Acquitaine, desquelz à iceulx seigneurs tant seulement appartient la congnoissance et non à autres, et pareillement ont entendu que pareillement a esté fait des dames et des damoiselles qui estoient en la compaingnie de la Royne et de madame d'Acquitaine. Lesquelles choses, tant pour l'onneur de leur dicte maistresse la Royne, comme pour l'amour du sexe feminin, on deust avoir par raison différé et aussi pour l'onneur de chasteté. Et droit dit et commande sur grans peines, que honnestes femmes ne soient point traictes en publique. Et aussi, pour l'onneur et noblesse de haulte maison dont elles sont extraictes et yssues, il semble qu'elles ne doivent point estre ainsi traictées. Et oultre ilz se deulent, car non obstant que la congnoissance de quelzconques seigneurs du sang royal n'appartiengne aucunement fors seulement au Roy et aux seigneurs de son sang, monseigneur le duc de Bar fut prins, et si est cousin germain du Roy; dont moult se deulent les seigneurs devant diz, et par espé

1. Guillaume Saignet. Voy. le Religieux de Saint-Denis, qui donne la pièce en entier (Chr. de Ch. VI, p.97).

1. Sextus Julius Frontinus.

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