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voiast l'espée de la connétablie. Mais il respondi que
de son gré et sans le conseil de ses amis il ne le ren-
droit point, mais lui, eu conseil avecques eulx, il
respondroit en brief terme tellement que le Roy se
tenroit content de lui. Laquelle response oye iceulx
seigneurs après que ledit connestable les eut très hon-
norablement festiez, retournèrent à Paris et racontè-
rent au Roy, en la présence de son conseil, l'estat de
leur ambaxade. Dont on ne fut pas bien content.
Et ce mesmes jour fut fait un édict royal contre
ceulx qui ne se confioient point bien en la paix, les-
quelz adevent et sement paroles au contraire mal son-
nans, et qui ne se pevent ou veulent abstenir d'ap-
peler et surnommer l'un l'autre par paroles souvent
sonnans divisions pour mectre et esmouvoir gens à
commocion , discorde ou rumeur pour engendrer

nouveaulx débas. Duquel édict je me tais à cause de briefté.*

CHAPITRE CX.

Comment Loys , duc en Bavière, se maria. De ceulx qui furent bannis. Du discord des ducs d'Orléans et de Bretaigne*.Et d'autres matières suivans.

En après, en ces propres jours* Loys, duc en Bavière, frère de la royne de France, espousa en l'ostel Saint-Pol la vesve de messire Pierre de Navarre, jadis conte de Mortaigne", et en ce mesme jour le Roy en sa personne jousta, et plusieurs autres de ses frères. Si y fut faicte très grant feste. Et le lendemain, messire Robinet de Mailly, messire Hélion de Jaqueville, les Liegois", c'estassavoir le père et le filz, maistre Jehan de Troies, Denisot de Chaumont, Caboche et plusieurs autres dont dessus est faicte mencion, par procès fait en parlement contre eulx, furent bannis à tousjours du royaume de France. Et tantost après en alèrent les nouvelles au duc de Bourgongne, qui estoit à Saint-Omer et là avoit assemblé les nobles du pays d'Artois pour avoir une taille, qui accordée lui fut, pareille à celle que le Roy levoit annuellement, lequel duc ne fut point bien content dudit bannissement, car avecques lui estoient la plus grant partie de ceulx qui avoient esté bannis*. Lesquelz chascun jour l'exhortoient de retourner à puissance à Paris, disans qu'ilz estoient tous acertenez que se il y vouloit aler, les Parisiens seroient pour lui et chasseroient hors ses adversaires. Néantmoins ledit duc n'avoit point conseil de ses principaulx conseillers de y aller par telle manière. Ouquel temps s'esmeut dissencion entre les ducs d'Orléans et de Bretaigne pour savoir lequel devoit aler devant en toutes honneurs, et tant que ce vint à la congnoissance du Roy, lequel juga pour le duc d'Orléans. Et pour ce, ledit duc de Bretaigne se parti de Paris par mal talent, et devant son partement eut paroles avecques son serourge le duc d'Alençon", et lui dist, ledit duc, qu'il avoit oucuer ung lion aussi grant qu'un enfant d'un an. Dont icellui fut mal content, et par ainsi demourèrent en hayne l'un contre l'autre. En ces jours le Borgne de La Heuze fut par le Roy desmis de la prévosté de Paris, et en son lieu y fut constitué maistre Audry Marchant, advocat en parlement", et Pierre Gencien fut fait prévost des marchans. Et adonc furent licenciez de l'ostel du Roy par le duc d'Acquitaine, le grant maistre d'ostel, c'estassavoir messire Guischard Daulphin, le seigneur de Rambures, maistre des arbalestriers de France, et messire Anthoine de Craon, et leur fut dit qu'ilz ne retournassent point se le Roy ne les mandoit. Et pareillement furent boutez hors de la ville de Paris bien trois cens, que hommes que femmes, pour ce qu'ils estoient favorables au duc de Bourgongne. Et le conte de Vendosme " fut fait grant maistre d'ostel du Roy, et le seigneur de Hangest, maistre des arbalestriers ; et plusieurs autres furent restituez en leurs offices. En ce temps, les Bourguignons, environ seize cens chevaulx, mandez par le duc de Bourgongne vinrent par Champaigne ou pays de Cambrésis et de là en Artois. Lequel duc estoit à Lisle, avecques lui le conte de Saint-Pol, qui se conseilla audit duc, savoir s'il rendroit l'espée de la connestablie de France, ou non. Mais il lui conseilla du tout qu'il ne la rendeist point, et que sur ce il lui aideroit de tout son povoir et le soustenroit. Et cela lui promist il sans faillir. Si envoya de rechef, ledit conte, le vidame d'Amiens à Paris pour ceste cause, devers le Roy et son grant conseil. Le Roy fist en ces jours un nouvel édict afin que nul de son royaume, de quelque estat qu'il feust, ne

1. Voy. aux additions.

2. Il y a au texte : et de Bourgongne. C'est une faute du copiste, qui se corrige lui-même plus bas.

3. Le 1er octobre 1 413.

1. Catherine d'Alençon, fille de Pierre II, comte d'Alençon.

C'était sa seconde femme. Il avait épousé en premières noces Anne de Bourbon, veuve de Jean de Berri, comte de Montpensier.

2. Lis. Les Le Gois.

3. C'est ce que dit aussi la chronique déjà citée : « Par celle esmutacion, se party de Paris maistre Witasse de Laistre, chancellier de France, Jehan et Guillaume Legoys, frères, Garnot de Saint-Yon et deux frères qu'il avoit, Denisot de Chaumont et plusieurs aultres bourgois et marchans de Paris qui avoient tenu le party de Bourgoigne. Et retournèrent en Artoix après iceluy duc , et furent les aucuns retenus de hostel et mis en divers offices. » (Cord. 16, fol. 347.)

1. Jean IV ou Ier dit Le Sage, comte du Perche et duc d'Alençon, avait épousé Marie de Bretagne, sœur de Jean VI, duc de Bretagne.

2. « Item le 25° jour de septembre 1413, démistrent le Borgne de La Heuse de la prévosté de Paris, et firent prévost de Paris ung de leur bande, nommé André Marchant. » (Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 19)

se meist sus en armes. Dont je me tais à cause de briefté*.

1. Louis de Bourbon, second fils de Jean de Bourbon, comte de La Marche, et de Catherine de Vendôme.

2.Ces lettres, qui se trouvent dans le Suppl. fr. 93, sont datées de Bois de Vincennes, 23 octobre, et du 22, dans le Recueil des Ordonn. où elles sont imprimées, t. X, p. 180.

CHAPITRE CXI.

Comment le duc d'Orléans recouvra les chasteaulx de Coucy et de Pierrefons. Et d'un mandement que le Roy envoia au duc de Bour

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Item, en ce temps ou environ, le duc d'Orléans, selon les convenances de la paix requeist au Roy qu'il lui feist rendre ses deux chasteaulx, c'estassavoir Coucy et Pierrefons, lesquelz le conte de Saint-Pol ne lui avoit voulu rendre.Si lui fut sa requeste accordée, et fut ordonné messire Gasselin du Bois, bailli de Sens, pour aler recevoir l'obéissance de par le Roy ; et par ainsi furent restituez audit duc d'Orléans *.

En oultre, le samedi ensuivant vint à Paris le conte d'Armaignac et Clugnet de Brabant, chevalier, à très grant compaignie de gens d'armes. Lequel conte d'Armaignac fut par le Roy amiablement reçeu et honnorablement, et aussi de par tous les autres seigneurs. Et alors tous ceulx, ou au moins la plus grant partie de ceulx qui avoient tenu la partie d'Orléans, vindrent audit lieu de Paris ; et si se conduisoient toutes les besongnes du royaume par leur moien et du tout à leur plaisir. Car le Roy et le duc d'Acquitaine estoient pour ce temps conduis et gouvernez par eulx. Et quant à ceulx de la partie de Bourgongne, ilz estoient du tout boutez arrière et

1. Cette rubrique, qui est celle du chapitre cx1 dans notre texte, ne se trouve ni dans le Suppl. fr. 93, ni dans les imprimés. Les uns et les autres continuent ici le chapitre cx.

2. Cet alinéa et le suivant se trouvent, dans le Suppl. fr. 93 et dans les imprimés, à la fin du chapitre cvIII.

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