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mille combatans, tant archiers comme arbalestriers et autres varletz armez. Et estoit avecques lui messire Jehan de Luxembourg, et si у

estoient les gens du conte Waleran de Saint Pol, son oncle. Après laquelle venue dudit duc de Bourgongne dedens Saint Denis, le troisiesme jour ensuivant, il envoya à Paris son Royd'armes d'Artois portant lectres au Roy, à la Royne, au duc d'Acquitaine et à ceulx de la ville, par lesquelles il leur escripvoit qu'ils voulsissent estre contens qu'il alast devers eulx pour dire la cause de sa venue, laquelle comme il disoit estoit toute tendant à bonne fin et bonne entencion, et qu'il n'estoit venu aucunement pour faire guerre ne pour porter dommage à quelque personne du monde, mais seulement au mandement de son seigneur le duc d'Acquitaine, pour le servir et lui obéir comme il appartient ainsi que tenu y estoit. Lequel Roy-d'armes venu audit lieu de Paris fut mené en ung hostel, et tantost vint devers lui ung homme qu'il ne congnoissoit, lequel lui dist qu'il s'en alast ou l'on lui feroit desplaisir de sa personne. Et tantost après, ainsi qu'il devoit monter à cheval pour s'en retourner, voiant qu'on ne le vouloit oyr ne recevoir ses lectres, vint de rechef à lui le conte d'Armaignac qui lui dist, que se lui, ne autre de par le duc de Bourgongne, retourneroit plus dedens Paris, on leur coperoit les testes. Et sur ce ledit Roy-d'armes s'en retourna à Saint Denis devers son maistre le duc de Bourgongue, auquel il racompta les besongnes dessusdictes et la rudesse qu'on lui avoit dit et fait. Si en fut icellui duc très mal content, et se conclud avecques ceulx de son conseil de y aler à puissance. Si se mist lendemain très matin aux champs avec toutes ses gens, qui

sent oyr

estoient tous armez comme se prestement deussent entrer en bataille, et, en belle ordonnance, se tira assez près de la porte de Montmartre, et là, par grant espace, sur ung mont furent tous ordonnés en bataille, qui estoit belle chose à veoir'. Et ledit duc ainsi là estant envoya de rechef son Roy-d'armes à la porte Saint Honoré, laquelle aussi estoit close, en disant et requérant à ceulx qui estoient sur ladicte porte que quatre de ses plus féables chevaliers, lesquelz il avoit envoyez azsez près d'icellui Roy-d'armes, ilz voulsis

dire les causes de sa venue tendans à toute bonne paix. Mais il fut respondu [a]' icellui que se il ne s'en aloit bien tost on tireroit après lui de bons quarreaux d'arbalestes, disant oultre qu'ilz n'avoient cure de oyr ledit duc, ne ses chevaliers. Et par ainsi retournèrent devers leur maistre. Cependant Enguerran de Bournonville, à tout environ quatre cens combatans, estoit descendu à pied et, à tout l'estendart dudit duc, estoit alez assez près de ladicte porte Saint Honnoré pour veoir s'il n'y pourroit riens faire, car leur espérance estoit que le peuple se mectroit sus à puissance pour les mectre dedens par aucune porte. Ce que pas n’advint. Si [ot]' par ledit Enguerrant aucunes paroles à messire Loys Bourdon qui là estoit; lequel ne respondit mot. Et pour tant icellui Enguerran, voyant qu'il ne povoit rien besongner, se retrahy, mais en lui retraiant on tira d'arbalestes après lui et

1. A la manière dont Monstrelet parle ici et en d'autres endroits, on pourrait croire qu'il était alors à Paris, ou bien encore, si l'on veut, qu'il suivait l'armée du duc de Bourgogne.

2. Il y a au texte : par icellui.
3. Il y a un mot d'omis. Comme ot ou fut dit.

fut l'un de ses gens navré, et jà soit ce que lui, ne nul de ses gens n'eussent monstré semblant de faire aucune guerre par trait ne autrement à ceulx de Paris, pour la révérence du Roy et du duc d'Acquitaine, car il leur estoit défendu dudit duc. Lequel, quant il vy que riens ne prouffitoit, s'en retourna audit lieu de Saint-Denis et fist escripre lectres lesquelles il fist atacher par nuit par aucuns de ses favorisans aux portaulx de l'église Nostre Dame, du Palais et ailleurs aval Paris, et lesquelles il envoya en plusieurs bonnes villes. Desquelles la teneur suit :

« Nous, Jehan, duc de Bourgongne, conte de Flandres, d’Artois et de Bourgongne palatin, seigneur de Salins et de Malines. Certifions à tous que par vertu de plusieurs lectres escriptes et signées de la main monseigneur d'Acquitaine, sommes venus devers Paris pour nous emploier au bien du Roy et commandement de mondit seigneur d'Acquitaine, et avecques ce le mectre hors de danger et servitute où il est pour le présent. Nous voulons emploier nostre corps, nostre puissance, et tout ce que Dieu nous a presté en ce monde, en signifiant à tous les bienveillans du Roy et de monseigneur d'Acquitaine qu'ilz seront mis, si nous povons, à leur pleine franche délivrance, voulenté et seigneurie, et ceulx qui les ont mis et tiennent en servage seront ostez d'avec eulx, et chascun se retraira en son pays. Et afin que nul n'entende que nous soions venus pour quelque ambicion ou concupiscence d'avoir l'administracion et gouvernement de ce royaume, et que nous vueillons aucunement endommager la bonne ville de Paris, sommes prestz et appareillez d'entretenir tout ce que

par l'ordonnance du Roy avons juré et promis, et semblablement de retourner en aucun de nos pays, pourveu qu'il soit ainsi fait des autres qui l'ont juré, lesquelz ont fait et font tout le contraire. Et voulons bien que

Dieu et chascun sache, que jusques adonc que nous sentirons le Roy et monseigneur le duc d'Acquitaine ou devantdit estat, et les autres pareillement avecques leurs gens et qui tiennent leur parti estre départiz et retournez en leurs pays, et que monseigneur le Roy soit pourveu de bons et notables chevaliers, conseillers et serviteurs, et pareillement mondit seigneur d'Acquitaine, nous ne nous départirons ne déporterons de nostre entreprise. Car nous aurions plus cher à mourir que veoir monseigneur le Roy et monseigneur d'Acquitaine ainsi estre et demourer en servage. Et ne nous povons assez esmerveiller comment les bons bourgois et loyaulx subgetz de monseigneur le Roy ont tel cuer envers lui, et povent souffrir telle durté qu'on lui fait et tient. Et avecques ce, nous qui sommes si prouchains comme chascun scet, sommes moult esmerveillez de ce que nulz n'ont voulu oyr ne recevoir noz chevaliers, ne hérault, ne autre qui ait voulu souffrir de présenter noz lectres à monseigneur le Roy, à madame la Royne, ne à monseigneur d’Acquitaine, ne à la bonne ville de Paris. [Et jà soit ce que sans invasion de traict ou aucunement faire, fuissiesmes devant la bonne ville de Paris par le mandement]' devant dict, pour exposer aucunes besongnes touchans le bien de

1. Ce qui est entre crochets est pris au ms. Suppl. fr. 93 pour réparer une omission de notre texte causée par la répétition des mots bonne ville de Paris, et qui rendait la phrase inintelligible.

paix et de tout ce royaume, ont esté traictez de nos gens, sans ce que pour beau parler on les ait voulu oyr. Mais

par le comte d'Armaignac fut dit à nostre Roy-d'armes que, se il retournoit plus, la teste lui seroit ostée. Lesquelles choses nous sont moult dures à porter et souffrir, et mesmement que nous et nostre compaignie sommes venus en paiant par tout noz despens, comme prouchain et parent de monseigneur le Roy et mondit seigneur d’Acquitaine. Requérant à tous les bien vueillans et loyaulz subjects qu'ilz nous vueillent aider, conforter et nous servir contre tous ceulx qui ainsi ont mis en danger et servitute mondit seigneur d'Acquitaine, en les signifiant du fait contraire en temps et en lieu de accuser du fait contraire de desloiaulté envers leur souverain seigneur. Et de ce n'ai point eu de doubte?. Car à l'aide de Dieu et du bon droit que nous avons en ceste querelle, nous le porterons, soustenrons et conforterons, et de ce sommes nous puissans et en bonne voulenté avec plusieurs et notables bonnes villes de ce royaume, lesquelles nous avons trouvé qui demourront avec. ques nous. Donné à Saint-Denis, soubz nostre seel de secret en l'absence du grant', le xi® jour de février l'an mil quatre cens et treize. »

Lesquelles lectres quant elles furent ainsi trouvées que dit est, atachées en plusieurs lieux dedens Paris,

1. « Et bléchiez, » (Suppl. fr. 93.)

2. Au lieu de ces mots : Et de ce n'ai point eu de doubte le ms. Suppl. fr. 93 continue la phrase par les mots : et de ce n'ayant point de doubte, qui valent mieux.

3. Il y a au texte : du grant conseil, faute qui ne se trouve pas dans Suppl. fr. 93.

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