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nellement la feste de la nativité Nostre Seigneur. Et est assavoir que ledit jour séoient à la table du Royau disner, premièrement, au costé destre, maistre Guillaume Bourratier, évesque de Lengres, qui avoit célébré la messe. Après lui séoit le cardinal de Bar. Et estoit, le dessusdit Roy, assis ou milieu de la table, moult notablement aourné et vestu d'abitz royaulx, et à l'autre costé séoient les ducs de Berry et de Bourgongne. Et servoient, pour ce jour, plusieurs princes à table. Et là furent apportez grant nombre de vaisseaulx d'or et d'argent, en quoy autre foiz on avoit acoustumé de servir le Roy aux haultes festes. Lesquelz vaisseaulx long temps paravant n'avoient esté veuz, pour tant qu'ilz avoient esté engaigez pardevers Montagu, et les avoit en retrouvez après sa mort ou chastel de Marcoussis et ailleurs, où il les avoit fait mectre, et par l'ordonnance des princes du sang royal avoient esté raportez et remis en l'ostel du Roy, comme dit est. Dont plusieurs, tant nobles comme populaires de la ville de Paris, estoient bien joieux de les veoir, principalement pour l'amour du Roy et de sa très noble seigneurie.Si estoient pour ce jour, venus devers le Roy à son mandement, grant quantité de princes, c'estassavoir le roy de Navarre, les ducs de Berry, de Bourgongne et de Bourbon, le duc de Brabant, le duc Guillaume, conte de Haynnau, le duc de Lorraine, Loys, duc en Bavière, frère de la Royne, et bien dix neuf contes; c'estassavoir le conte de Mortaigne, frère du roy de Navarre, le conte de Nevers, le conte de Clermont, le marquis du Pont, filz au duc de Bar, le conte de Vaudemont, le conte d'Alençon, le comte de Harecourt, le conte de La Marche, le conte de Vendosme, le conte de Penthièvre, le conte de Saint-Pol, le conte de Clèves, le conte de Tancarville, le conte d'Augi", le conte de Namur et plusieurs autres. Et si grant chevalerie y avoit avecques lesdiz princes, que par la relacion des héraulx furent là trouvez jusques au nombre de dix huit cens chevaliers ou plus, sans les escuiers. Néantmoins en ceste compaignie ne furent point le duc d'Orléans, ne ses frères, ne le duc de Bretaigne, le seigneur de Labreth, connestable de France, les contes de Foix et d'Armaignac et plusieurs autres grans seigneurs, jà soit ce que par le Roy y eussent esté mandez comme les autres. Et le jour Saint-Thomas" ensuivant, après ce que le Roy eut tenu estat royal oudit palais comme dit est, et festié honnorablement tous les seigneurs dessusdiz, la royne de France, par lui mandée, vint à ce propre jour du Bois de Vinciennes en la ville de Paris. A l'encontre de laquelle et du hault duc d'Acquitaine, son filz, alèrent tous les princes et prélats, acompaignez de très grant chevalerie et grant nombre de bourgois de Paris, qui tous ensemble les conduirent et compaignèrent jusques au Palais. Et là, rendi ladicte Royne, au Roy, son seigneur, en la présence des ducs et autres princes, son filz dessusdit, lequel paravant avoit esté en son gouvernement, afin qu'il l'aprenist et l'instruisist en armes et autres besongnes neccessaires, pour mieulx savoir en temps avenir gouverner sa seigneurie quant besoing lui en seroit".

1. Monstrelet se sert encore ici du mot latin. C'est le comte d'Eu. 2. Le 21 décembre. 3. Par ses lettres datées du bois de Vincennes , 27 décembre

CHAPITRE LIX.

Comment le roy Charles de France tint estat royal, devant lequel furent proposées plusieurs choses touchans le fait, le régime et réformacion de son royaume. - Et autres matières".

Item, en ensuivant les besongnes cy-dessus touchées, le Roy avecques la Royne sa compaigne et le duc d'Acquitaine leur filz, après qu'il eut tenu plusieurs consaulx sur les afaires et régime de son royaume, fist à ung certain jour ordonner en la sale un siège royal de grande magnificence , et là, par lui mandez et appellez, plusieurs grans seigneurs, prélas, clergiez et autres populaires qui là furent assemblez, le Roy, en habit royal, se sist oudit siège. Et au plus près de lui estoient le roy de Navarre et le cardinal de Bar, et à l'autre costé estoient son filz le duc d'Acquitaine et le duc de Berry, avecques les autres ducs et contes, tous séans par ordonnance ès autres sièges. Et pareillement les prélas, le clergié et la chevalerie, avec grant multitude d'autres gens, estoient chascun séant selon son estat. Et là fu dit et remonstré par la bouche du conte de Tancarville, de belle et notable faconde, par le commandement du Roy, à clère et haulte voix : comment Richard, naguères roy d'Angleterre, gendre du Roy, fut occis frauduleusement par Henry de Lenclastre soy disant roy d'Angleterre, et par les siens et

1409, le roi déclare qu'il n'entend rien changer à l'état de la mai-
son de la Reine, bien qu'elle n'ait plus le gouvernement de son
fils.
1. Pour cet important chapitre, on peut conférer le Religieux
de Saint-Denis, Chr. de Ch. VI, t. IV, p. 282.

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favorisans, en temps de trèves données, tant par ledit Henri, lors conte d'Erbi", comme par autres gens anglois de la lignée du roy Richard, souffisamment approuvées. Item, fut dit aussi comment le jeune roy d'Escoce, qui lors venoit en France et lequel estoit alié au Roy, fut prins par les Anglois en temps de trèves à lui baillées par ledit Henry, où il fut longtemps prisonnier. Et aussi furent plusieurs Escoçois en la compaignie du prince de Gales, c'estassavoir Yvain Grander", acompaignez de ses Galois, aussi aliez au Roy, non obstant lesdictes trèves plusieurs foiz furent traveillez desdiz Anglois par guerre, et tant, que l'ainsné filz dudit prince, semblablement fut prins et emmené en Angleterre devers et en la garde dudit Henry, où il fut détenu longuement. Ces choses ainsi faictes, ledit proposant ainsi concluant dist : qu'il sembloit au Roy et lui apparoit, tout ce veu et considéré, qu'il povoit justement et loyaument porter guerre au dessusdit Henry de Lenclastre et faire contrariété à lui et à ses Anglois, sans lui plus donner ne prendre aucun respit, ne différer. Non obstant ce, dist le proposant, que le Roy, quelque chose qu'il feist, il le vouloit faire pour l'utilité de la chose publique de son royaume, et selon ce qu'il lui loisoit à faire. Pour quoy, chascun là estant mandé de par le Roy, de quelque estat qu'il soit, mande et pense et advise en lui mesmes ce qui sera bon à faire, et puis le révèle au Roy ou à son conseil, ou à l'un d'eulx. Et toute la meilleure voye et plus honnorable et prouffitable qui se pourra trouver, le Roy aura pour agréable. Et adonc, l'oncle du Roy et l'ainsné des ducs, c'estassavoir le duc de Berry, se leva tout droit et s'approucha ung peu du Roy devant son siège. Et là, à genoulx ploiez, dist pour lui et pour tous ceulx du sang royal, que toutes les aides que , ilz et chascun d'eulx, en ses terres levoient et avoient annuellement à leurs subgetz, ilz lui quictoient. Et aussi, pour ceste cause, tous les gaiges prouffiz que eulx et chascun d'eulx, pour les afaires du Roy et pour estre à son conseil, ilz prenoient et levoient annuellement, semblablement ilz le quictoient. Ces choses par ledit duc ainsi dictes et proférées, et par le Roy agréablement reçeues, ledit duc , du commandement du Roy, se rassist. Après lesquelles choses ainsi faictes et dictes, le conte de Tancarville reprint son propos, disant : que le Roy, qui là estoit présent, révoquoit et rappelloit tous gaiges royaulx baillez et donnez à tous, quelque personne et de quelque condicion qu'il feust, et de fait les adnulloit, et que sur la réformacion et gouvernement des finamces de son royaume, le Roy déclairoit son intencion estre telle, que les réformateurs ordonnez de par lui, c'estassavoir le conte de La Marche, qui estoit vefve de sa femme, fille du roy de Navarre, et son frère le conte de Vendosme, le conte de Saint-Pol, avec aucuns seigneurs du parlement adjoins avecques eulx, réformeront tous ceulx qui s'estoient meslez des finances de ce royaume et de l'ostel du Roy, tous les receveurs du royaume, tant du demaine comme des aides,grenetiers, contre

1. Comte de Derbi. 2. Owen Glendower.

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