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roleurs et généralement tous ceulx qui se meslent et s'estoient meslezet entremis des finances de ce royaume, de quelque estat, degré ou condicion qu'ilz soient, soient évesques, arcevesques ou de quelque dignité. En oultre dist ledit proposant, que le Roy vouloit et ordonnoit que en son absence , la Royne , sa compaigne, et avecques elle aucuns du sang royal , gouverneroit et disposeroit de la chose publique de ce royaume, selon ce qu'elle seroit, et verroit bon à faire. Item, dist en après, qu'en l'absence de la Royne, le Roy vouloit et ordonnoit que le duc d'Acquitaine, son filz, là présent, en auroit le gouvernement en leur absence, par telle condicion qu'il feroit et useroit par le conseil des ducs de Berry et de Bourgongne. Après lesquelles choses par ledit proposant ainsi dictes et faictes, chascun se départi, et le Roy descendi de son siège royal, et, à peu de compaignie, entra en sa chambre pour disner. Et tous les autres seigneurs, princes, chevaliers, clergié et populaires, s'en ralèrent en leurs hostelz. Et le disner finé, la Royne s'en parti et s'en rala, et laissa sondit filz avecques le Roy, ce jour, qui estoit la veille de la Circunsicion, et puis s'en ala au Bois de Vinciennes, elle et ses gens. Et lendemain, qui fut le jour de ladicte Circunsicion, du matin, le duc de Bourgongne, qui tout seul avoit plus de princes, de chevaliers et de gentilz hommes que tous les autres, donna cedit jour largement; et donna plus de joiaulx tout seul que tous les autres princes estans ce jour à Paris. Lesquelz joiaulx on a acoustumé à les donner cedit jour". Et les donna à tous ses che

1. C'est-à-dire le premier jour de l'an. Cet usage est constamment attesté par les comptes royaux, et même il est à remarquer que ces présents y sont appelés : Etrennes données au premier jour de l'an. 1. Le 6 janvier 1410 (N. S.) 2. Alexandre V(Pierre de Candie) avait été élu pape, au concile de Pise, le 26 juin 1409. 3. Philibert de Naillac,

valiers et les nobles de son hostel. Lesquelz dons et
joiaulx, selon l'estimacion de commune voix et renom-
mée, montoient bien à la somme de quatorze mille
florins d'or. Et lesdiz dons estoient en certaine signi-
ficacion, car ilz estoient en semblance de ligne ou
d'une rigle qu'on appelle nivel de maçon, tant d'or
comme d'argent doré, et à chascun bout de chascun
nyvel pendoit à une chaynète d'or ou dorée, la sem-
blance d'un plommet d'or. Laquelle chose estoit en
significacion , comme on povoit croire et penser, que
ce qui estoit fait par aspre et indirecte voie, seroit
aplanyé et mis à son reigle, et le feroit mectre et mec-
troit à droicte ligne.
Item, et le jour des Roys ensuivant", le roy de Cé-
cile, aussi mandé par le Roy, entra en Paris. Lequel
venoit de la cité de Pise, de devers le pape Alixandre
Quint". Et fist son entrée à grant compaignie de princes
et de clergié , qui estoient alez environ et à l'encontre
de lui. Et ung peu après y entra le cardinal de Turin,
envoyé de par nostre saint père le pape envers le Roy,
lequel fut reçeu en grant honneur. Et aussi fut Phil-
bert de Lignac", grant-maistre de Rodes, chef de la
religion de Saint-Jehan de Jhérusalem, lequel venoit
d'Angleterre. Et est vérité qu'en ce temps le Roy donna
congié à ceulx qu'il avoit mandez et pareillement le
duc de Bourgongne à ses gens, excepté qu'il retint de

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sa chevalerie et compaignie six vingts hommes d'armes avec ceulx de son hostel, pour la seureté et garde de son corps, et les autres renvoya en leurs maisons. Le duc de Bavière aussi et aucuns grans seigneurs avecques leurs gens, yssirent de Paris et s'en retournèrent en leur pays. Mais avant qu'ilz se partissent, par le consentement du Roy et de la Royne, ledit duc d'Acquitaine fut baillé à garder et endoctriner au duc de Bourgongne, lequel ne désiroit autre chose et à ce avoit moult labouré et fait labourer par aucuns du sang et lignage du Roy, et mesmement par son oncle le duc de Berry, lequel s'estoit plusieurs foiz et par moult de manières excusé d'avoir le gouvernement et charge envers ladicte Royne, et avoit tant fait envers elle que le seigneur de Dolhaing, chevalier, et son principal conseiller et advocat, du propre consentement de ladicte Royne fut fait chancelier du duc d'Acquitaine, et le seigneur de Saint-George, premier chambellan. Et les chasteaulx du Crotoy et de Beaurain sur Canche lui furent baillez* en garde sa vie durant, moyennant une pension, aux chastelains prédécesseurs acoustumée à paier. Ou lieu desquelz chastellains il y mist et constitua deux de ses chevaliers, c'estassavoir, le seigneur de Croy, au Crotoy, et le seigneur de Humbercourt à Beaurain. Et messire Renier Pot, à sa prière, fut fait gouverneur de Daulphiné. Et après ces besongnes ainsi faictes, le Roy renchey malade de sa maladie acoustumée et fut mis en bonne garde. Et d'autre part, ceulx qui estoient commis à la réformacion devant dicte besongnoient soigneusement chascun jour, et tant y continuèrent que à plusieurs de ceulx qui avoient gouverné les finances furent recouvrez grans deniers. Et adonc les princes et le conseil royal alèrent souvent de Paris au Bois de Vinciennes, devers la Royne qui là se tenoit, sans laquelle nulles grandes besongnes ne se passoient. Durant lequel temps, le duc de Berry et le duc de Bourbon se tindrent aucunement mal contens de ce qu'ilz n'estoient point si souvent appellez au conseil royal qu'ilz avoient acoustumé, et avecques ce , qu'ilz n'avoient point si grande auctorité. Et pour ce, eulx voians ainsi comme exclus, prindrent congié au Roy et à la Royne et autres princes, et s'en alèrent chascun en son pays. Et lors le cardinal de Turin vint à Paris et fist requerre au Roy et à l'Université, qu'on voulsist faire aide au saint père Alixandre, de deux dixiesmes sur l'Église françoise pour les grans afaires qu'il avoit. Laquelle requeste ne lui fut point accordée, pour ce que ceulx de l'Université se opposèrent à l'encontre pour toute ladicte Église. Et pour y obvier amplement, requirent et obtindrent ung mandement royal par lequel il estoit commandé à tous officiers royaulx, que toutes gens venans ès mectes de leurs offices, faisans telles et pareilles requestes, feussent repulsez et déboutez hors dudit royaume. Les Mendians pareillement avoient impétré une bulle, laquelle ilz apportèrent à Paris", contenans moult de nouvelletez desquelles ils n'avoient point acoustumé de user, et estoit la conclusion telle, que

1. Au duc de Bourgogne.

1. Voy. le Religieux de saint-Denis, Chr. de Ch. VI, t. IV, p.288.

les dismes et autres oblacions leur devoient lors mieulx appartenir que aux curez, pour ce que ceulx qui se confessent à eulx, ne sont tenus de eulx confesser à leursdiz curez. Et ce preschèrent-ilz publiquement parmy Paris, et les autres de ladicte Université preschoient le contraire. Et par ainsi en ladicte cité de Paris, en ung temps de quaresme, y eut grant discord et grande discencion entre ladicte Université et les Mendians, et tant , que lesdiz Mendians furent déboutez et privez de ladicte Université. Mais en assez brief temps après, les Jacobins, comme les plus sages des autres renoncèrent à ladicte bulle", et jurèrent et promirent que jamais n'en useroient, ne aussi d'autres privilèges à eulx concedez, et par ainsi furent ilz réconsiliez avec ladicte Université. Et adonques tenoit le pape, sa court, en Bonongne la Grasse".

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Comment grande discension s'esmut entre le roy de Poulaine d'une part, et le grant maistre de Pruce et ses frères, d'autre*.

Fn cest an, s'esmeut une grande discorde entre le roy de Poulaine d'une part, et le grant-maistre de Pruce et ses frères, d'autre. Et assembla, ledit Roy, très grant ost de diverses nacions, lesquelz il mena ou pays de Pruce pour icellui destruire. Mais prestement le dessusdit maistre et ses frères alèrent contre lui à

1. Le Religieux de Saint-Denis ajoute les Carmes. - 2. Bologne. 3. Cf. le Religieux de Saint-Denis, Chr. de Ch. VI, t. IV, p. 334.

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