ページの画像
PDF

fait d'arbres, que des acaciastouffus, mais des plates-bandes de fleurs de toute espèce, et qui fut soigneusement entretenu jusqu'à la dernière minute. La bibliothèque s'ouvrait dès huit heures du matin et ne se fermait qu'à huit heures du soir. On y pénétrait par un guichet donnant sur le jardin ; on laissait dans l'antichambre son chapeau et son manteau ; puis on montait un superbe escalier intérieur en marbre à rampe de bronze. Dans la pl'emière chambre, sur une table d'acajou d'un seul morceau, se trouvait un magnifique modèle de squelette de mavire, qui se fendait en deux avec la table elle-même pour faciliter l'étude minutieuse de sa construction intérieure. Les murs de cette chambre étaient entièrement couverts de rares gravures anglaises, représentant des combats Lavals et des dessins en relief de vaisseaux anglais. Une autre et longue table était chargée d'échantillons de bois précieux et de modèles lilliputiens; et une grande armoire d'acajou renfermait une collection de minéraux, de pétrifications, de vases antiqües, de monnaies, de camées, d'animaux aquatiques empaillés et de mosaïques de Kherson. Dans la deuxième chambre, spacieuse, parquetée comme les autres, ce qui frappait d'abord les regards était un beau modèle de vaisseau les Douze-Apôtres, avec tous ses accessoires, ses agrès, ses pavillons et Ses bouches à feu. De grandeur d'homme, élevé sur un piédestal, son mât du milieu touchait presque le plafond, et l'extrémité de ce mât avait été atteinte au mois de mars par une bombe, qui élait entrée par un angle de cette salle et y avait éclaté dans l'angle opposé en ne brisant qu'une partie d'une des armoires à livres qui la remplissaient. Ces armoires portaient des inscriptions dorées indiquant la catégorie des ouvrages qu'elles contenaient, mais à cette époque elles étaient déjà quelque peu dégarnies, car on avait pris de bonne heure la précaution de mettre les livres les plus importants dans des caisses qu'on transporta à Nicolaief au mois de juillet. « La troisième chambre était affectée à la lecture. On y entrait par une grande porte d'acajou à deux battants, habituellement fermée. Au milieu de cette chambre se trouvait une longue table et sur cette table des journaux au nombre de soixante-six et dans tous les idiomes pos· sibles. Tapissée avec luxe, ses murs étaient, en outre, ornés des plus belles cartes russes que j'a1e jamais Vues : ces cartes étaient roulées sur des poulies qui permettaient à volonté de les étendre et de les replier en une seconde. L'ameublement de cette chambre était très-confortable; il y avait une cheminée en fer de fonte; rien, en un mot, n'y manquait. «Comme cela faisait du bien de venir se reposer dans cette chambre et d'y lire sans faire attention que les bombes et les boulets volaient autour d'elle et éclataient fréquemment sous ses fenêtres, sans faire attention à l'horrible fracas qu'ils produisaient, au point que les vitres ne cessaient pas un instant de trembler et tombaient parfois en morceaux sur le plancher ! A la fin, il ne resta plus une seule fenêtre inacte dans tout l'établissement, et les bombes en avaient complétement

[ocr errors]

arraché plus d'une avec son châssis. Mais le danger ne faisait qu'augmenter le charme de ce petit coin hospitalier, où l'on venait à toute heure échanger ses idées autour de la table couverte d'imprimés. Oh ! qu'il y faisait bon ! Il me semblait qu'il y serait plus doux de mourir qu'ailleurs. Assis dans un fauteuil commode, plongé dans la lecture d'un article qui m'arrivait de je ne sais où et comment, c'est alors seulement que je me sentais vivre, car j'y vivais soit de la vie de cette patrie, éloignée et chérie, d'où mille yeux suivaient nos périls, soit de la vie de cette civilisation à laquelle la France et l'Angleterre se chargent de nous initier. Merci mille fois, merci autant de fois qu'il a passé de bombes au-dessus de nos têtes, merci à celui qui a ordonné d'ouvrir les portes de la bibliothèque dans ces jours sinistres, et les a maintenues ouvertes jusqu'à sa dernière heure ! « L'étage supérieur de la bibliothèque était également comble d'armoires pleines de livres ou d'instruments de marine. « Certes, nos amis en Russie ne se doutaient assurément pas que pendant toute la durée de ce siége inouï, nous n'avons pas manqué un seul jour de jouir d'une bibliothèque choisie et de recevoir soixantesix journaux. «La bibliothèque possédait douze mille volumes, et elle était parvenue à ce chiffre déjà respectable, simplement par les dons volontaires des marins qui lui consacraient 2 0/0 de leurs émoluments. « Jusqu'au mois de juillet, quand j'allai à la bibliothèque, j'y rencontrai constamment au moins six à sept personnes; depuis cette époque, les visiteurs y devinrent plus rares; certains jours du mois d'août, il n'y vint plus personne et, malgré cela, elle s'ouvrait et se fermait toujours aux heures marquées; la sentinelle s'y tenait, comme -d'habitude, dans l'antichambre. Un jour, mais un jour seulement, il m'est arrivé d'y être tout seul; et, ce jour-là, je l'avoue, la lecture n'allait pas : je ne pouvais pas parvenir à me distraire et à me rendre sourd aux détonations.—Je jetai loin de moi le livre commencé et j'essayai de compter les bombes qui tombaient. Mais quand nous étions une demi-douzaine, la lecture n'était un peu difficile qu'au début.-Petit à petit, en voyant son voisin paisiblement assis et tourner ses pages, chacun se mettait à faire semblant de lire; puis lisait bien récllement, comme s'il était à l'abri des boulets, et finissait par moment à ne plus les entendre. Les bombes avaient l'air, du reste, de respecter ce sanctuaire. Il n'en tomba que deux, et peu de boulets insultèrent ses murs; mais, en revanche, la terre alentour en était toute fouillée. Un matin, le 31 juillet, entre la bibliothèque et une tourelle qui n'en est distante que de quelques pas, il tomba sept bombes; elles éclatèrent toutes !, et on peut imaginer les crevasses que ces sept explosions opérèrent dans le mur, mais le bâtiment résista.

[ocr errors]

{ • * Les bombes n'éclatent pas toujours. On en conserve encore à Sévas

topol un grand nombre qui n'ont jamais éclaté. f : 14

« Nos lecteurs seront peut-être curieux d'être renseignés sur le sort de cette pauvre bibliothèque.—On y avait conservé, comme je l'ai dit, jusqu'au dernier moment, les journaux, les cartes, les meubles, des ouvrages doubles ou insignifiants.Ne voulant pas laisser à l'ennemi des travaux scientifiques et les plans de nos fortifications, on y envoya, au moment de l'abandon de la partie sud de Sévastopol, une escouade de soldats pour y brûler tout ce qu'ils y trouveraient. Elle exécuta ponctuellement l'ordre reçu, rassembla en un tas les meubles, les cartes et les livres et en fit un auto-da-fé où se trouvèrent des chapeaux de dames découverts au grenier. Les Français, en entrant dans la ville, achevèrent l'œuvre des flammes et transportèrent à Paris les sphinx et les statues.

« J'ai revu la bibliothèque au mois d'avril dernier; elle n'est qu'un monceau de tristes ruines noircies par la fumée ; ses planchersse sont effondrées intérieurement, mais de loin elle ressemble encore à une maison et, en la regardant de la partie nord de Sévastopol, on se rappelle hien des choses.— On se souvient des idées qu'on échangeait naguère dans sa salle hospitalière autour de la longue table couverte ' d'imprimés... » H.

FAC-SIMILE DE MÉDAILLEs des familles romaines, consulaires et impériales de la collection de MM. de Villévêque fils; obtenu par un procédé découvert et appliqué pour la première fois à une suite de médailles, par M. Vergnaud-Romagnesi, membre de la Société des antiquaires de France. 1857, in-8, 27 planches, Paris. A. Aubry. (Il n'en reste que quelques exemplaires.) 6 »

Il vient de reparaître un curieux ouvrage numismatique dont l'éloge se déduit, outre son utilité, de son rapide épuisement. M. Vergnaud-Romagnesi avait déjà publié un volume de fac-simile de médailles romaines, etc. ; par un procédé qui lui est tout particulier. Cette publication, si bien accueillie des hommes de la science, avait donné lieu au projet d'exécuter ainsi le catalogue des médailles du riche cabinet de la Bibliothèque Impériale, dont divers événements et la mort bien regrettable d'un des jeunes employés distingués de ce cabinet ont empêché la réalisation. - L'intention de l'auteur est de rendre prochainement public dans une œuvre spéciale son procédé prompt, peu coûteux, et d'une telle fidélité que les médailles, quel que soit leur relief et leur degré de conservation, sont rendues avec une parfaite exactitude. Ce mode de fac-simile en papier se réunissant en volume en rend le transport et l'étude bien préférable à celle des soufres, plâtres, cires, facilement altérés, et même aux gravures, trop souvent infidèles. Son but est principalement de faciliter aux jeunes gens l'étude trop négligée de la numismatique, cette clef de l'histoire, et enfin de donner aux voyageurs les moyens de rapporter des empreintes fidèles de médailles peu connues, et aux collectionneurs la facilité de correspondre au loin pour les achats et les échanges sans déplacements coûteux et dangereux de pièces rares. A. A.

Nous venons de recevoir de Londres le Catalogue général des livres français, italiens et espagnols, tant anciens que modernes, qui se trouvent en vente chez MM. Barthès et Lowell, et que ces deux libraires viennent de publier. Le travail bibliographique renferme une momenclature de 18,185 ouvrages et se termine par une table analytique des articles de la Revue des Deux-Mondes, depuis son origine jusqu'en 1856. C'est un catalogue assez complet, surtout pour les beaux-arts, mais moins considérable pourtant que ceux publiés, il y a quelques annéeS, par Bohn, à Londres, et par M. H. Bossange, à Paris. Nous regrettons Seulement que des fautes typographiques s'y soient glissées, et que, dans un volume aussi bien imprimé, et qui sort des presses de MM. Didot, on lise Desatal pour de Staal (p. 655). Aubens le Bourgoing, pour Aubery le Bourgoing (p. 271), etc., etc. La quantité des volumes et leur format n'est pas toujours bien indiquée, mais ces défauls, visibles aux yeux exercés des bibliophiles, ne sont pas assez nombreux cependant pour retirer à ce livre son utilité pratique.

VIE D'ANTOINE DU PRAT.
Par le marquis DU PRAT. In-8°, 1857.

Jusqu'à ce jour, les charges les plus lourdes pesaient sur la mémoire du chancelier Du Prat. Tous ses actes étaient autant de méfaits. Bref, il avait été bien condamné; mais avait-il été jugé? C'est ce que nie M. le marquis Du Prat Et il jette dans le débat des pièces et des raisons dont l'histoire devra faire sQn profit « Si la joie du succès, dit-il, ne couronne pas notre travail, il sera récompensé du moins par le sentiment d'un devoir accompli. Nous n'avons rien voulu déguiser de la vérité sur le compte du chancelier Du Prat. Notre prétention unique et sincère a été de la séparer des erreurs qui la défigurent, de combattre avec impartialité la passion et l'inimitié, de demeurer modéré en présence de l'injure, de rendre aux faits et aux actes leur signification réelle, en les dégageant des interprétalions gratuites que leur a données la malveillance, d'assurer enfin, par le calme autant que par la raison, le triomphe. Heureux si nous avions atteint notre but ! » -

Ce livre est plus qu'une biographie. C'est l'histoire d'une grande époque. L'auteur a pensé avec raison que, pour faire apprécier comme il convient le rôle important qu'a joué le chancelier Du Prat, il fallait ressusciter le miilieu même où avait vécu l'homme qui ouvre la voie aux réformes réalisées par Richelieu. De plus, il a eu soin d'appuyer son dire sur des documents authentiques, publiés in extenso à la fin du Volume. E. C.

[ocr errors]
[ocr errors][merged small]

Dans un de ses derniers numéros 1, le Bulletin a donné, de l'ouvrage de M. Eug. de Beaurepaire *, une analyse et des extraits qui nous ont remis en mémoire un petit in-32 de 15 pages, que le hasard a fait tomber en nos mains, il y a déjà quelques années, et qui contient des cantiques dont l'un offre plus d'une ressemblance avec celui cité par le Bulletin. Nous allons en donner quelques passages, aussi bien estil plus que temps, pour le sauver de l'oubli, de rassembler tout ce qui reste de cette littérature populaire religieuse à qui l'on doit la Bible des Noëls, et qui est en train maintenant de se transformer, sinon

de disparaître.

Nous ne sommes plus en Normandie. L'imprimé]dont il est question porte sur la première page une gravure en bois grossièrement faite représentant deux évêques tenant chacun par un bout le saint suaire, avec CeS mOtS au-dessus : Le saint suaire de N.-S. Jésus-Christ, et audessous : A. Montereau, chez T. Moronval, imp. lib., s. d.; papier, encré sont de ce temps ci; pour le reste, la date est plus difficile à fixer. Au 9

[blocks in formation]

* Etude sur la poésie populaire en Normandie

[ocr errors]
[ocr errors]

l'Avranchin.

et spécialement dans

« 前へ次へ »