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plus hardy et le plus insolent qui se soit iamais veu dans toutes nos Histoires. Que s’il falloit parler de son orgueil, il n’en faut point demander d’autres nouuelles qu’à vous mesme. N’a-il pas eu la témérité de vous vouloir précéder? Et dans cette présomption arrogante, quelle peine ne vous a-il point donnée? et quelles parties ne vous a-il point dressées sous la tyrannie du Cardinal de Richelieu? Qui l’a porté à retenir dans vne captiuité rigoureuse Monseigneur le duc de Beaufort , l’vn des Mars de nostre siècle et le Coriphée des vaillans, si vous n’estiez pas, sinon l’ambition d’anoir des gardes comme son prédécesseur , trouuant par ce moyen l’artifice de se faire loger dans le palais du Roy , afin d’auoir les mesmes gardes que son Souuerain, pour ne rien dire du lieu et de la disposition de son appartement.

De quel crime estoit coupable le Maréchal de La Motte ’, sinon d’estre trop généreux et trop incorruptible , pour souffrir outre sa prison , les fourbes, les malices et les faussetez des témoins qu’on luy a suscitez, afin de luy rauir l’honneur auec la vie? N’est-ce pas le Cardinal, pour donner couuerture à ses voleries propres, en l’accusant de péculat, et d’auoir dérobé à la Milice ce que luy mesme auoit volé à l’Estat, et enuoyé en Italie et ailleurs? et pour luy rauir auec autant d’infamie que d’iniustice, les gratifications glorieuses dont le défunct Roy auoit reconnu sa valeur et ses sueurs? Quel prétexte a- il pris pour faire mourir par poison le président Barillon dans vn exil hors de la France? Vous le sçauez et l’auez pu apprendre de feu Monseigneur le Prince : Aucun, sinon qu’il estoit bon François, et que par vn esprit extrêmement iudicieux, ce sçauant et ce Sénateur préuoyant les choses de loing, il ne pouuoit supporter cet orgueilleux Sicilien et Mazarin , qu’il voyoit s’éleuer auec trop diardeur, et se bastir vn Trosne de la ruine de ses compatriotes. Ce qu’il a exercé à l’endroit des vns, qui doute qu’il eust manqué d’en faire autant à l’endroit de vostre personne, lorsque l’occasion s’en seroit présentée, et que vostre épée luy auroit esté moins nécessaire qu’elle n’a pas esté iusqu’à maintenant? Aussi combien de fois vous a-il exposé à dessein de vous perdre? Combien de fois vous a-il engagé dans les combats en Flandre et en Catalogne , auec des forces extrêmement inégales à celles des ennemis, d’où vous n’estes sorty victorieux que par vne espèce de miracle; Dieu fauorisant vos intentions pour le bien de la France contre celles de cet orgueilleux, qui eust voulu vous perdre auec la perte de dix Batailles et de trente Villes, afin de s’oster le seul obstacle qu’il voyoit en vostre personne, pour venir au but de ses pernicieux desseins? . N’est-ce pas dans ce mesme esprit qu’il a tant fait dépenser d’argent et perdre d’hommes dans les guerres d’Italie? Quel dessein a-il eu pour Orbitello, Portolongone et Piombino‘, sinon d’auoir des places pour l’establissement d’vne Principauté, ayant assez de Finances pour la rendre la plus riche de l’Italie? Quel motif l’a porté à la rébellion de Naples et d’y engager Monsieur de Guise, sinon celuy d’y establir quelqu’vn des siens pour y régner, après que ce Prince y auroit employé

' Henry de La Mothe Houdancourt, mort archevêque d’Auch, a publié pour la défense de son frère le maréchal, cinq pièces volumineuses. Voy. le Premier factum. ou Defense de messire Philippe de la lllûll‘-’ Ilomlancourt, etc. [2849].

‘ On peut rapprocher de Le passage quelques lignes du texte et une note de la Reqveue de: trois’ Estats, etc., qui précède.

auec ses travaux, son. sang et peut estre sa vie, pour tirer

‘ ces peuples de la domination de leur Souuerain légitime?

Et afin que vous n’estimiez pas que i’entre trop auant dans ses intentions, que ie fasse ‘le Prophète, ou entreprenne sur l’office de Dieu, à qui seul appartient de pénétrer le cœur des hommes, iugez, s’il vous plaist, de ses desseins sur Naples, par ce qu’il a pratiqué en Catalogne. Ie rougis de honte quand i’y pense; la main me tremble quand ie l’écris; et ie voudrois pour l’honneur de la France et de ses Princes, le pouuoir effacer auec mon sang de la mémoire des hommes et des histoires estrangères, auec la mesme facilité que ie le ferois auec de l’encre sur ce papier. Car qui le croira iamais? qui ne l’estimera au delà des Romans et des Fables? Que la France, cette nation belliqueuse, ces Peuples nais pour commander, et non pour obéir, au mesme temps qu’ils passoient sur le ventre à leurs ennemis, et qu’ils portoient la terreur et l’effroy par la générosité de leurs armes dans tous les Royaumes voisins, que ces François, dy-ie, et dans cette glorieuse conioncture, se soyent trouuez tellement dépourueus non seulement de Princes, mais de simples Soldats ou hommes de conduite, qu’ils ayent esté nécessitez d’aller en Italie chercher vn Moine Mendiant, Iacobin de profession , luy faire quitter son froc et sa besace pour en faire vn Viceroy en Catalogne‘? Qui le croira d’icy à cent ans, quand mesme vous seriez encore viuant pour l’asseurer en foy de Prince? C’est vne tache sur le front de la France, qu’elle n’effacera iamais que par l’impossibilité que les générations futures auront d’y adiouster foy comme à vne vérité plus fabuleuse qu’apparente. Dès là il ne faut pas s’estonner s’il tranche du Souuerain. S’il ne parle que de son Ministère. S’il s’est ioüé de Monseigneur le Duc de Longueuille durant la négociation de Munster, par les intrigues secrettes de son fidèle Seruient‘. Si Monseigneur le Duc d’Orléans n’a pas l’authorité de donner passeport à vn valet de pied pour venir à Paris, et qu’il faille l’auoir signé de Mazarin. Si dans le plus grand bruit de ces tonnerres qu’il a excitez pour ruiner l’Estat, il emprisonne les principaux Officiers et les gardes de l’oncle du Roy et Lieutenant général de la Régence, par la perfidie et la trahison d’vn coquin qui, suiuant l’allusion de son nom, n’est bon que pour la rinière’. S’il oste les Gouuernements aux Princes et casse les Capitaines des Gardes, pour y mettre ou des Italiens, ou des personnes de sa caballe. Si la cuisine du Roy ayant manqué, la sienne dans le mesme Palais fumoit auec plus de délices que celle d’aucun Prince de la Terre. S’il a remply la Cour et Paris d’Italiens qui gourmandent insolemment et les Bourgeois et les Courtisans. S’il a fait venir de petites harangères de Rome’, les fait éleuer dans la maison du Roy auec train de Princesses du sang, et sous la conduite de celle qui a eu l’honneur d’estre Gouuernante du Roy. S’il a trouué vn nouueau genre de supplice pour tirer le sang du Peuple, sçauoir les Partisans et les Fusilliers, des démons desguisez sons des apparences humaines. S’il a donné la grâce à vne troupe de filous et de coupeurs de bourses, pour s’en faire vne Compagnie d’assassins mar

' Michel Mazarini, cardinal de Saintc-Céeile, archevêque de Lyon,

nommé vice-roi de Catalogne en i657, après le prince de Condé.

Abel Servien, marquis de Sablé, second plénipotentiaire du roi à Munster, et depuis secrétaire d’État. '

’ Louis Barbier, abbé de La Rivière, évêque de Langres.

‘ Marie Mancini et Marie Martinozzi, nièces de Mazarin.

chant par Paris en forme de Bataillon autour de son carrosse, comme s’ils conduisoient vn Empereur dans vn char de triomphe. Si la Noblesse en foule se presse à sa porte pour entrer, et attend, les mois entiers, pour receuoir vne œillade de son Éminence. S’il a fait donner des gardes à Mademoiselle et l’a tenue longtemps captiue dans son logement des Tuileries. S’il a fait affront au Pape sous le nom du Roy, afin d’empescher la restitution des vols que les Barbarins ont fait au trésor de Saint Pierre. S’il a traitté auec tant d’indignité, et si souuent le Parlement de Paris , le plus auguste Sénat de l’Vniuers. S’il luy a fait rendre de si mauuais traittemens; s’il a fait non seulement casser, mais déchirrer ses Arrests; et si au milieu des triomphes du Roy sous vostre conduite, il a fait enleuer les plus zélez des Magistrats, afin de ternir l’esclat de vostre gloire par cette action tyrannique, et changer les acclamations publiques en des larmes vniuerselles. Si, par vn attentat contre l’Église, et sans exemple dans le passé, il a fait emprisonner vn sçauant Docteur de Sorbonne ct célèbre Prédicateur‘, parcequ’il auoit parlé trop auantageusement de l’authorité du Roy, fait prier Dieu pour sa Maiesté et pour les nécessitez de l’Estat. S’il fait obseruer Monseigneur le Duc d’Orléans , et le tient comme captif, de crainte qu’il a qu’il ne se vienne mettre à la teste des Princes vnis pour la conseruation du Roy et la liberté de sa personne sacrée d’entre les mains de ce Tyran. Toutes ces choses et beaucoup d’autres que ie passe sous silence, et que nous tiendrions pour fabuleuses si nous ne les voyons, à notre grand regret, ne causeront point

' M. Charles Herscnt, dont Davenne parle dans les Conclusions proposées par la reine régente à messieurs du parlement, etc. [730].

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