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Instrumens nouueaux et antiques,
D’en faire la description

Dans la iuste dimension;

Tant l’on auoit mis d’artifice

A bastir ce noble édifice.

A la Halle et aux enuirons

On se retranche de marons,

De citrouilles , pommes pourries ,
D’artichaux , fourmages de Brie ,
De choux , de concombre et naueaux ,
D’épinards, raues et porreaux,
Prunes, brugnons, poires, oranges;
Les cabats traînent dans les fanges;
Et le cordon de ce trauail

Estoit de fine gousse d’ail ,

Où l’on aiousta quelques bottes

De» très-Puantes eschalottes ;

Ce qui faisoit vn bel effet

Dont le peuple fut satisfait.
Derrière , maintes Harangères ,
Plus affreuses que des Mégères,
Mettant la main su les ‘mignons,
Crioient : a Par la teste aux oignons,
Ces traîtres nous liont donné belle.
Viue le Roy! viue Bruxelle!

Viue la Cour de Parlement!

Et sacre du Gouuernement! n

Elles adioustoient autre chose

Qui. ne se peut dire qu’en prose.
Harangères certainement ,

A le dire confidamment,
Mériteroient d’estre fessées ,

Et d’auoir les langues percées.
Mais passons aux autres cartiers
Où les garçons de tous mestiers,

Quittant le soin de la boutique ,

Prenoient Phallebarde ou la picque,

Le coutelas ou Yespadon,

Le brin d’estoc ou le bourdon;

Chacun saisissant à la haste

Ce qui se trouue sous sa pate.

Seruantes au haut des greniers

Portoient cailloux à pleins paniers.

Les femmes estoient aux fenestres.

Tout s’en mesloit, hormis les Prestres.

Mais ceux qui n’estoient qu’in sacris

Animoient les gens par leurs cris.

De barricade en barricade,

Constantin iouoit sa boutade‘

Et par vn martial fredon

Sonuoit l’alarme en faux bourdon.

‘Au milieu de ce grand désordre

L’on voit arriuer en bon ordre ,

A pas comptés et grauement

L’Illustre Cour de Parlement.

Tout le peuple leur fait grand feste.

Messieurs baissant parfois la teste ,

Auec vn modeste sousris ,

Flattoient ces nouueaux aguerris.

A leur abord la populace

De tous costez s’ouure et fait place,

Disant : « Allez, nos Protecteurs;

Abolissez les Collecteurs ,

Tous imposts; et faites en somme

Que vous nous rameniez nostre homme. u
Cependant au Palais Royal

On discouroit, qui bien, qui mal.

L’vn disoit : c’est trop entreprendre.

‘ Voyez plus loin la chanson de Blot sur la plainte de [Amour contle la guerre parisienne.

L’autre : ils font bien de se défendre.

Enfin la Beyne les receut;

Et les Huissiers ayant fait chut ,
Molé d’vn visage assez ferme

A peu près luy dit en ce terme:

« Reyne, I’Image du grand Dieu,
Si nos souhaits auoient eu lieu,

Et que, pour le bien de la France ,
On eust pris en vous confiance,
Tout ce tumulte hors de propos
Ne troubleroit vostre repos.

Quoy! dans Yallégresse publique
Par vne fausse politique,

Mettre , hors de temps et de saison ,
Les bons Magistrats en prison
Pour auoir auec asseurance

Dit leur adnis en conscience!

Ce qui maintient les Potentats ,

Le plus ferme appuy des Estats

Est de régner auec Iustice.

Mettre en vsage l’artifice ,

La fourbe et le déguisement,

C’est en saper le fondement.
Madame, les mauuais copistes

Des conseils Machiauélistes

Qui séduisent vostre douceur,
Éloignent de nous vostre cœur

Par des raisons imaginaires,

Au bien de vostre Estat contraires;
Vous disant pour leur intérest

La chose autrement qu’elle n’est.

Mais las! il n’est plus temps de feindre. Tout s’émeut; le peuple est à craindre. Dieu quel peuple! vn grand peuple armé,

De rage, de fureur animé,

Qui met son salut en ses armes! »
Lors quelques véritables larmes,
Quoy que disent les enuieux,
Parurent couler de ses yeux.
Chacun peut en croire ce qu’il pense.
Puis auec la mesme éloquence ,
Il poursuiuit : « Ne craignez pas,
Madame , de faire vn faux pas ,
Cédant, comme il est nécessaire,
A la fureur du populaire.

Quand le vent agite les flots,
Les plus habiles matelots ,

Pour se garantir du naufrage ,
Par vn conseil prudent et sage,
Au lieu de résister au vent ,
Calent la voile bien souuent,

Et les yeux arrestés sur l’Ourse,
Nauigent d’vne oblique course.
Ce que pratiquent les nochers
Parmy les bancs et les rochers,
Apprend aux Boys à se conduire
Dans les troubles de leur Empire.
Comme le perfide élément,

Le peuple s’esmeut aysément;
Mais il s’appaise tout de mesme.
Votre sagesse tout extrême,
Madame, éloignera de nous

Ce malheur dont ie crains les coups,
En accordant à nos prières

La liberté de nos confrères.

Le peuple a le mesme désir.

Il n’y a pas lieu de choisir.

le crains que, perdant l’espérance , Il n’en vienne à la violence.

Ce sont des chenaux eschappez, ..

D’ardcur et de fougue emportez,

Dont la fureur choque et renuerse

Tout ce qui vient à la trauerse ,

Faciles à seffaroucher,

Difficiles à rapprocher.

Songez bien que cette iournée

Doit faire nostre destinée;

Que pour le salut de l’Estat

Il faut terminer ce débat,

Et qu’à des troupes bien armées,

D’vn iuste prétexte animées,

Les canons tous prests à tonner,

Refuser tout , c’est tout donner. n
La Reyne , pleine de sagesse ,

Dissimulant auec adresse ,

Luy repartit et accorda,

Non pas tout ce qu’il demanda,

Mais seulement vne partie;

Dont la populace auertie,

Quand ils sortirent, les poursuit,

Se plaint , murmure et fait grand bruit.

Quelqu’vn plus hardy que les autres 1 :

« C’est vous qui, comme chef des vostres,

Dit il au premier Président,

Respondrez de Yéuènement. u

Et luy présente Phallebarde

Mais est bien gardé que Dieu garde.

Il conserua le magistrat;

Car Yhallebarde prit vn rat.

La rumeur se faisant plus forte,

Il fut poussé dans vne porte.

‘ Tout le passage qui commence par ce vers et finit à celui-ci : Mais reprenons nostre brisée,

ne se trouve que dans la troisième édition.

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