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en toutes façons si fort inférieurs? Ouure les yeux, pauure peuple. Voy dans quel précipice on fengage. Ce n’est point contre toy que le Souuerain est irrité. Il sçait que tu as esté abusé sous l’apparence d’vn faux bien. Il ne sçauroit te faire du mal qu’il n’en ressente le contrecoup plus viuement que toy. Il n’est donc pas à croire qu’il en ait l’intention, si tu ne l’y forces. Il veut seulement oster des mains aux factieux du Parlement les armes dont ils luy ont fait tant de mal. Faut-il que tu sacrifies tout pour l’intérêt d’vn petit nombre de séditieux? Que fimporte que les Présidens de Nouion et Blancmesnil n’ayant pu auoir la eoadiutorerie de l’Euesehé de Beauuais pour vn de leurs proches? et pourquoy {intéresser à la vengeance qu’ils veulent prendre de l’éloignement de leur oncle‘? T’imagines-tu que Broussel eust fait si fort ton tribun s’il eust pu obtenir pour son fils la Compagnie aux gardes qu’il poursuiuoit? Que te soucies-tu si le Président Viole n’a pu estre admis en la charge de Chancelier de la Reyne? et prendrois-tu Coulon pour vn grand législateur, luy qui fait vanité publique d’estre vn dissolu en toutes desbauches, et qu’on a souuent délibéré de chasser du Parlement pour l’infamie de sa vie et pour la prostitution qu’il faisoit luy mesme de sa famille? T’a-t-on offensé quand on n’a pu satisfaire Guiry sur la charge qu’il vouloit d’introducteur des Ambassadeurs? Et crois-tu que les barbes véuérables de Vialar et Bachaumont et d’autres ieunes fous de cette partie qui se nomment eux mesmes par raillerie les petits pères du peuple et les tuteurs des Roys, soient fort propres à réformer l’Estat? Enfin rien ne se meut dans cette grande machine que par des ressorts intéressez. Cependant tu

‘ Potier, évêque de Beauvais et aumônier de la reine.

y prestes ton bras comme si elle ne trauailloit que pour ton aduantage, quoy que ce ne soit qu’à ta destruction. Crois-tu que le party en soit deuenu beaucoup plus utile ou plus fort pour y voir quelques Princes à la teste? Ils te donnent leur assistance pour prolonger tes misères, et non pas pour les finir. Ils te sacrifieront pour auoir plus aduantageusement leur compte, et ne se soucieront pas fort des hostages qu’ils t’ont donnez. N’as-tu pas l’exemple du Prince Thomas qui reprit toutes les places du Piedmont sur les Espagnols, quoique sa femme et ses enfans fussent entre leurs mains? Le Prince de Conty est vn ieune Prince qui a de bonnes intentions, mais que son beau frère a desbauché sous prétexte de luy faire acquérir de la gloire. Le Duc de Longueuille n’est auec toy que parce qu’on luy a refusé le Haure, après qu’on luy auoit desià donné Caen et le Comté de Ious. Attends-tu des conseils fidèles et de durée d’vn homme qui a manqué à son Maistre, qui luy auoit fait l’honneur de l’appeller dans les siens, qui luy auoit fait tant de grâces et qui a tourné casaque aussi souuent que l’occasion s’en est offerte? La Rhétorique naturelle du Duc d’Elbeuf pourra elle persuader qu’il prenne autre intérest en cette affaire que d’auoir le gouuernement de Montreuil qu’on. a refusé auec raison à vne personne de sa condition, et qui a porté si longtemps l’escharpe rouge‘? Le Duc de ‘Bouillon veut Sédan; et serois-tu si enragé que de contribuer à donner vne entrée seure aux ennemis pour rauager la Champagne par leurs courses et venir iusqu’à tes portes quand l’enuie leur en prendroit? Le Coadiuteur veut se venger de ce qu’on a rabattu le vol trop hautain qu’il prenoit, voulant ioindre le commandement temporel au spirituel, c’est à dire le gouuernefnent de Paris à l’Archiépiscopat. Ce sont là les arboutaus qui appuyent ta désobéissance. Le motif de leur mescontentement est parce qu’ils veulent des places. Cependant si ie ne me trompe, il me semble que le Cardinal, qu’ils deschirent et noircissent tant, n’en a aucune, et qu’il s’en est deffendu tousiours aussi viuement que les autres les ont recherchées. Ie vois bien qu’il a sceu contribuer à accroistre le royaume de places et de Prouinces entières; mais il n’a sceu encore donner les mains à prendre aucun establissement pour luy; et il fait voir vn exemple de modération iusqu’à présent incogneu dans cet estat qu’vn premier Ministre, après six ans d’heureuse administration, ne se treuue auoir ny charge de la Couronne, ny gouuernement de Prouince, ny place, ny pas auiourd’huy ny le Duc de Beaufort, ny le mareschal de La Mote à la teste de tes troupes rebelles. Enfin, peuple abusé, dessille tes yeux. Ceux qui ont le principal intérest au bien de l’Estat, te monstrent assez ce que tu dois faire. Tu ne sçaurois faillir de marcher dans le chemin où tu vois le Duc d’Orléans si auant engagé, si constant et si zélé, où tu vois le Prince de Condé le seconder de tout son pounoir. Il faut bien que les Conseils du Cardinal soient bons, puisque ces deux personnes-là les approuuent. Crois-tu, quand le Cardinal seroit esloigné, que le Duc d’Orléans et le Prince de Condé, qui ont exposé si gayement leur vie pour releuer l’authorité Royale et la gloire de nos armes, voulussent iamais donner les mains à la ruine de l’Estat et receuoir la loy de quatre hommes du Parlement qui, pour se rendre les maistres, prétendent de renuerser tous les fondemens de la monarchie? Considère combien l’cstat où tu te trouues, est différent de cette opulence qui t’a rendue la ville du monde la plus heureuse. Prends garde à ce qu’est deuenu ton commerce; que tu es à la veille de crier à la faim; qu’il n’y aura plus de‘ rentes payées; que tu vas tomber en vne entière désolation; que ta grandeur est ta foiblesse; que tu es desià exposée à la mercy et au pillage de la canaille et des vagabons; qu’on te saignera de tous costez iusqu’à l’agonie; que tu entretiendras les deux partis à tes despens; que les troupes dont tu prétends tirer ta deffense, te rongeront elles mesmes iusqu’aux entrailles; mais con-sidère plus que tout cela que pour plaire aux factieux du Parlement, tu te iettes dans la rebellion; que tu prends les armes contre le Souuerain que Dieu t’a donné, et que tu cours risque de perdre son amour et peut-estre ton bonheur. Le Deîrinteressz/à Paris.

' Le duc cPElbeuf avait été exilé à cause de la part que sa femme, Catherine-Henriette, fille légitimée de Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, avait prise à des intrigues de cour contre le cardinal de Richelieu. Il était passé en Angleterre. Voy. plus loin Demandes des princes et seigneurs, etc. [997].

a Le mesme iour (24 mars)“. la Cour délibéra sur la permission que Monsieur le Prince de Harcourt, fils aîné de Monsieur le Duc d’Elbeuf, demandoit de leuer des troupes dans le territoire de Montreuil sur la mer, où il est allé à cause de la mort de Monsieur le Comte de Launoy, son Beau

père, qui en estoit gouuerneur; et fut ordonné que mondit sieur le duc (PEl'z

.autre bien que quelques Abbayes pour soustenir sa di

gnité. Cependant ie remarque que ceux qui sont si emportez contre luy, et qui trauaillent tant à animer les peuples, n’en ont autre suiet que la fermeté qu’il. a eue à ne pas conseiller au Roy qu’il se laissast despouiller de son authorité et de ses places. Ie considère aussi qu’il n’a iamais fait mal à personne qu’aux ennemis de la France; et sans cette douceur qui luy est naturelle, tu ne verrois

beuf, Gouuerneur de la Prouince de Picardie, dont cette ville dépend, donneroit ordre à la seureté de ladite place, selon qu’il verroit en estrebesoin. , Le Courrier français, etc. [830] H ‘ arrivée.

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Le Parlement veut despouiller le Roy de son authorité pour s’en reuestir. Les Princes qui se sont vnis au Parlement, voudroient bien s’accommoder de son bien et de ses places’.

Et vous, pauures Bourgeois de Paris, sacrifiez vostre repos, hazardez vostre vie, vnidez le fonds de vos bourses, vous réduisez à la faim, prenez les armes contre vostre Roy et ne trauaillez qu’à vostre ruine pour apuyer, sans le sçauoir, les iniustes prétentions des vns et des autres. C’est bien se tourmenter pour se rendre criminels et malheureux toute vostre vie, quoy qu’il arriue; car ou le Roy demeurera le maistre , comme il y a grande apparence , et si auant cela vous ne réparez vostre crime, et ne regaignez son affection par quelque marque de la vostre, il vous fera seruir, vous et vos familles, d’exemple à la postérité par vn chastiment mémorable de la rébellion que vous commettez; ou le Parlement et les Princes auront le dessus (ce qui fait horreur, seulement à le penser, à tout bon François), et au lieu d’vn Roy, d’vn légitime Souuerain qui vous chériroit auec tendresse et ne songeroit qu’à vostre soulagement et à vous rendre heureux, vous aurez quatre cens tyranneaux qui vous deschireront et vousopprimeront de mille taxes, comme ils ont desià commencé; et vostre opiuiastreté n’aura seruy

’ Second billet de Cohon, distribué par le chevalier de La Valette. 3 Voyez plus loin les Demandes des princes et généraux, etc. [997].

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