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qu’à allumer et nourrir vne guerre ciuille qui rendra la France la proye de ses ennemis, et changera vostre ville, la plus belle du monde et la plus heureuse, en vn théâtre d’horreur et de misères.

Le Cardinal est vn meschant homme parce qu’il n’a pas voulu consentir à la destruction de la Royauté, où aucuns du Parlement visent pour gouuerner eux mesmes. C’est vn perturbateur du repos public parcequ’il n’est pas d’accord de contenter Nouion, Blancmesnil, Viole, Broussel et autres, ny les Princes dans ce qui leur estoit venu à la teste de prétendre. Il trouble le Royaume, luy qui a incessamment trauaillé et auec force à le conseruer en tranquillité pendant toute la Régence, et à la procurer au dehors. Il n’a, ny luy ny aucun de ses parens, place, ny charge , ny gouuernement, ny establissement; et c’est vn ambitieux, vn intéressé, vn perfide. Les autres prétendans n’ont rien contribué comme luy aux

‘conquestes qui ont esté faites, et ne laissent pas de de

mander les meilleures places du Royaume et des grâces qu’ils n’ont point méritées.

Le Cardinal s’entend auec les Espagnols pour trahir '

l’Estat, pour les en rendre maistres. Il faut qu’il soit bien habile et qu’il les dupe bien finement de conseruer ainsi leurs bonnes Ïgrâces lorsque le Royaume s’accroist, toutes les années, de places et parfois de Prouinces entières à leurs despens. Si le bon Dieu nous assiste tousiours de Ministres si meschans , nous mettrons bientost en chemise le Roy d’Espagne de son consentement.

Le Cardinal est vn cruel, vn violent, vn sanguinaire. Cependant on voit la Bastille remplie depuis quinze iours de plus d’officiersr et seruiteurs du Roy qu’elle n’a esté de meschans et de criminels dans les six années de la Ré

gence; oùiie ne sçay pas qu’il y ait en autre sang répandu que celuy d’vn Italien qui donnoit des aduis aux Espagnols.

Le Cardinal est vn Crœsus, vn voleur de deniers publics; il a englouty tout l’argent de France. Cependant nous aprenons qu’il n’a pas de quoy viure, et que sa Maison est tous les iours sur le point de renuerser. Il faut qu’il soit bien cruel à soy mesme de ne mettre pas ses trésors au iour dans cette occasion où il va du tout pour luy, et où il ne luy seruiroit de rien de les auoir sauuez s’il se perdoit‘,

Enfin, les autres mettent tout s’en dessus dessoubs, font prendre les armes au peuple contre leur Roy. Cependant ils ne sont ny perturbateurs, ni meschans, ny gens qui se remuent pour autre intérest que pour le bien public. Pauure peuple, dessille tes yeux! Permettras tu d’estre sacrifié pour des intérests particuliers de nulle considération, et de plus pour des gens qui se mocquent de toy dans le temps mesme que tu sers à leurs fins? Ne sçais tu pas que ces braues Princes, passementez et brodez à tes despens, boiuent tous les iours , l’vn et l’autre , à la santé des badaus de Paris ? L’vn d’eux disoit, il y a quelques iours, qu’il falloit prier Dieu qu’ils fussent longtemps dupes; l’autre, que c’est faire vne guerre bien commode d’auoir beaucoup d’argent, coucher dans de bons draps et ne se battre point. Où sont ces deux cens mil hommes qui deuoient sortir pour engloutir d’vn morceau les troupes qui Üaffament ? Pour toutes les taxes qu’on a faites sur toy, dont le Roy auroit pu leuer cent mil hommes, qu’as tu encore que deux mil meschans

' On peut lire à ce sujet une curieuse anecdote dans la Lettre d‘vn secrétaire de saint Innocent, etc., qui suit.

fantassins et huit cens cheuaux de mesme , qui n’osent monstrer le nez hors la ville, sans se recoigner aussi-tost dans tes portes, tesmoin la belle esquipée de Corbeil ‘.9 Si tu ne m’en crois pas pour le nombre, donne toy la peine de les compter aux reuues ’; et ne t’estonne pas après cela si tous leurs exploits ne vont qu’à faire cuire quelque pain aux fauxbourgs, et à l’escorter à la halle pour persuader aux niais qu’ils l’ont conquis à la pointe de l’espée en rase campagne.

Tes Généraux et autres chefs n’ont pas laissé de toucher quatre à cinq cens mil escus. Il est vray que la pluspart d’entr’eux, clinquantez comme ils sont, valent bien pour le moins les troupes qu’ils s’estoient chargez de leuer. On controle les actions du Roy quand il donne mil escus à des Officiers qui vont respandre leur sang à la campagne contre les ennemis de l’Estat. C’est vn prodigue, vn dissipateur. Les Finances sont mal administrées quand on donne deux mil escus pour leuer vne compagnie de chenaux légers qui va en des pays esloignez pour le seruice de sa patrie; et c’est estre fort modéré, grand œconome et bon mesnager des deniers pu

' « Le dimanche 24 (janvier), quantité de Caualerie et d’Infanterie sortirent de Paris sur le prétexte du siège de Corbeil que tenoient les Mazarinistes, mais en effet pour amuser leurs troupes pendant qu’on rompoit les ponts de Gournay et de Sainct-Maur: ce qui leur empescha la communication qu’ils auoient au pays d’entre les riuières de Marne et de Seine. n

Courrier français, etc. [830] 2° arrivée.

Il faut mettre en regard de ce récit la version du Courrier burlesque de 1a guerre de Paris, qu’on trouvera plus loin. Cette journée est appelée dans les Mazarinades la journée de Juvisy.

’ « Il se trouua des gens qui éclairèrent de si près les capitaines de la ligue [Fronde] qu’ils découurirent que les reuues qui se faisoient en la place Dauphine, se faisoient le lendemain en la place Royale par les mesmes troupes sous de différens noms de régimens, »

Mémoires du baron de Sirot, 2° vol p. 940

blics, quand on donne icy des cinquante mil francs en pure gratification à des particuliers qui ont pris party contre leur Souuerain, quand on paye des quinze mil francs pour leuer vne compagnie seule. Tu peux facilement t’esclaircir de ces véritez; et si tu en doutes tant soit peu, la seconde touche qu’on se prépare de donner à ta bourse, ne t’en rendra que trop certain; comme la troisième et la quatrième qui suiuront bientost les autres, acheueront de te mettre aux abois si tu ne prens auant cela quelque résolution généreuse pour rompre les fers de la tyrannie qu’on tïimpose ‘. Pourquoy souffrir si longtemps vn ioug si rude qu’il ne nous soit pas seulement permis de parler, parceque ceux que nous faisons volontairement nos maistres, ne trouuent pas bon que nous le puissions faire que comme ils nous sifllent? Ils en veulent au Cardinal. Cependant qui ne sçait que s’il eust voulu satisfaire les chefs de parti du Parlement que ie t’ay nommez, et conseiller qu’on donnast Sedan, le Haure, Montreuil et autres choses de pareille nature, le bien public se fust bien porté; il n’en seroit pas le perturbateur; il auroit esté le meilleur Ministre qui fut iamais; il faudroit le canoniser.

Est il possible après cela que tu sois encore dupe et que tu laisses si long temps abuser de ta bonté? Vange plustost ton Roy désobéy, mal traité, offensé, attaqué; vange toy toy 1nesme des maux que tu souffres et de ceux où l’on ne se soucie guères de te plonger à l’aduenir. Quand tu n’aurois autre chose à craindre que de perdre pour tousiours la présence de ton Roy, ce qui t’est infaillible si tu Uopiniastres en ta rébellion, ne con

‘ Les arrêts du parlement pour la levée des taxes de guerre sont du 9 janvier et des l3, l6 et 22 février.

sidère tu point quelle seroit pour toi la grandeur de cette perte, et que cette présence est ce qui t’enrichit et te donne la splendeur et l’opulence par dessus les autres villes?Où irois tu chercher le payement de tant d’argent que la Cour te doit? Ne t’aperçois tu point que si elle faisoit son séiour en quelqu’autre ville, tous tes artisans seroient à la faim et qu’il se dépenseroit à Paris moins de douze millions de liures par an qu’on ne fait?

Déclare toy seulement; et tu seras le maistre de ces factieux criminels qui t’ont armé contre ta patrie. Tu auras les bénédictions du Ciel, les grâces de ton Roy et l’applaudissement de tous les bons François. Oblige le Parlement à sortir de Paris; et tu obligeras ton Roy à y retourner, et auec lui le bonheur, l’abondance , le com

merce, la tranquillité, la seureté et enfin toute sorte d’opulence, de félicité et contentement.

Le roi rveut que le parlement sorte de Paris, etc. [2762] .

(Il février i649.)

Le Roy veut que le Parlement sorte de Paris parcequ’il ne croit pas y pouuoir estre en seureté tant que les

factieux de la compagnie y conserueront la puissance qu’ils ont vsurpée.

’ Ce pamphlet n’a de titre ni dans l’édition originale, ni dans la réimpression qui en a été faite à Paris parmi les Diuerses pièces de ce qui s’est Passé à Saint-Germain en Laye, etc. [H60]. Il est de Renaudot, au moins à ce que prétend Pauteur de la Conférence secrète du cardinal Mazarin auec le gazetier [H2]. Il complète les deux billets colportés par le chevalier de La Valette; et il n’y a pas lieu de douter qu’il n’ait été répandu dans Paris à peu près en même temps et de la même manière.

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