ページの画像
PDF

Tout le peuple en confusion

Crioit auec émotion :

« Retournez; dites à la Reyne

Que nous voulons qu’on nous l’amène.
Il n’y a point à barguigner.
Depeschez vous sans tant lorgner. n
Les autres, force réuérence ,
Néantmoins auec doléance :

« Quoy, disoient-ils, Pères Conscrits,
Ces gens demeureront proscrits!
Souffrirez vous que l’on vous berne?
Quoy, vous payer de baliuerne!
Nous les voulons présentement. u

— Ah! mes amis , tout doucement.
Pour Dieu, de grâce , patience!
Nous marchons et en diligence. n

— « A quoy bon tant de façons? »
Cecy donna de grands soupçons

A quelques vns de l’Assemblée ,
Qui, l’âme de frayeur troublée ,

Se figurant comme ces gens

Ne sont tous rien moins que prudens, Craignant de rudes accolades, S’escartant de leurs camarades , S’éc0ulèrent à petit bruit.

D’autres attendirent la nuit.

Vn Officier craint que sa trongne
Ne fasse passer sa personne

Pour vn des illustres patrons ,

Met sur son dos vn corbillon,

A ses pieds pantoufles de natte ,
Entre ses iambes vne latte ,

Sa teste dans vn chaperon,

Plumes de cocq à l’enuiron ,

Vn garde robe d’étamine,

Et tout barbouillé de farine ,
Tout semblable à Dame Alizon ,
Enfin regaigne sa maison;
Ce qui ne fut pas sans risée.
Mais reprenons nostre brisée.

Le Parlement très effaré
De ce succès inespéré ,
Voyant que ces âmes vulgaires
Traitoient ainsi leurs Tutélaires,
Fait de nécessité vertu,
Et de diuers soins combattu,
Deux à deux en belle ordonnance
Vers le Palais Royal s’auance.
Le peuple redouble ses cris
Les plus hardis se trouuent pris
Pesle mesle auec la canaille.
Le soldat se met en bataille.
On murmure, on parle , on discourt
Dans Yami-chambre et dans la cour.
Ainsi ces Messieurs arriuèrent
Et par le grand degré montèrent.
Chacun se rangeant à l’entour
S’enquiert d’où vient ce prompt retour.
L’vn disoit, faisant grise mine :
a Le retour vaudra bien matine. n
L’autre d’vn gracieux maintien :
« Croyez moy; ce ne sera rien. »
Et chacun , suiuant son génie ,
Ou rioit ou n’en rioit mie.
Comme le mal estoit pressant,
Que le danger alloit croissant,
On résolut, sans plus attendre ,
De relâcher et de les rendre.
Chenaux et coches attellez
Et proches parents appellez ,

On s'achemine en diligence

Droict au Mesnil Madame Rance ‘
Où Bruxelle estoit arresté.

Ceux qui furent de ce costé ,
Passèrent auec peu de peine.

Ceux qui allèrent à Vincenne;
Après auoir fait maint détour,
Quand la nuit eut chasse’ le iour,
Sentirent sur eux pesle mesle
Tomber de cailloux vne gresle
Qu’en la rué des Chiffonniers

On lançoit du haut des greniers.
Toute la populace émeue

Crioit : demeure! tue! tue! tue!
Et dans ce populaire effort

Tout leur représentoit la mort.
Demeurer, c’est chose mortelle;
De reculer, point de nouuelle.
Mais Le Couldray se résolut,
Ainsy que le bon Dieu voulut,

De leur faire vne tentative.

On lui crie de loin : Qui viue?

-— Vine le Roy! — Ce n’est assez.
— Vine le Parlement! —-— Passez.
Qui estes-vous? —- Gens des Enquestes,
F auorables à vos requestes,

Amis , pour vous secourir,
Hazarderont iusque au mourir.
Tout de bon , n’en faites nul doute.

' u Quelques troupes ennemies de la Garnison de Sainct-Denysm. ont esté piller plusieurs Bourgs des enuirons, et entr’autres le Menil Madame Banse, où ils ont fait plusieurs desgats en haine de ce que de ce lieu Monsieur de Brousse], Conseiller au Parlement, auoit esté remmené glorieu

sement dans la ville de Paris. 2)
Quatrième arriué: du courrier français.

— Messieurs, de nuict on ne voit goutte;
Et d’aller ainsy sans flambeau,
Morbieu , cela n’est bon ni beau;
C’est affronter le corps de garde.
Pour vous nous n’y prenons pas garde.
A Nosseigneurs tout est permis;

Et vous estes de nos amis.

Eux échappez de la déroute ,
Suiuent pareillement leur route ,

Et firent si bien leur deuoir

Que Blanc Mesnil vint dès le soir ‘.
Cependant nos nouueaux gendarmes
Ne voulant ny poser les armes ,

Ny rentrer dans leurs maisons ,

Ils allèguent mille raisons ,

Disant que l’on les veut surprendre ,
Qu’il se prépare vn grand esclandre ,
Que l’on prétend les renfermer
Dans Paris pour les affamer,

Vser enuers eux de finesse

Boucher le chemin de Gonesse,
Qu’il n’y a rien pour le certain

De si long comme vn iour sans pain ,
Et qu’ils y donneront bon ordre.
Tout Paris est plein de désordre ,
De terreur, de crainte et d’effroy,
Sans néantmoins sçanoir pourquoy.
La nuict se passe de la sorte ,

Sans souffrir que personne sorte

De la ville dans le faux bourg.
Quand le Soleil fut de retour,
Quelques gens arriuent en foule

Qui disent que proche du Roule,

‘ Potier de Blancmesnil, président à mortier, arrêté en même temps que Broussel.

A Boulogne et aux enuirons

Paroist quantité d’escadrons,

Qu’ils en ont veu bien près de mille.
Le peuple à s’alarmer facile

Prend cela pour argent comptant,
Et s’en trouble tout à l’instant,

Gronde, tempeste, äeffarouche,
Dit ce qu’il luy vient à la bouche,
Et tout lui deuenant suspect,
Parlant sans crainte et sans respect,
Que ce malheur est sans remède ,
Et que la Reyne de Suède

Erlac ‘ ou bien le Loup garou ,
Ont pris leur quartier à Saint Clou.
Quelqu’vn dit qu’il a veu la Seyne
De monstres marins toute pleine ,
Conduits par le poisson Colas,
Qu’ils ont en mains le coutelas,

Et que les ayant veu parestre ,
Sàapprochant pour les recognoistre ,
Soudain les ayant veu plonger

De leur nombre il n’a pu iuger;
Que néantmoins la troupe est grande
Et qu’ils sont bien plus d’vne bande;
Que l’on doit à son sentiment
Craindre vn funeste éuènement,

Et qu’il y a parmy ces bestes
Quelques Chimères à cent testes.

Le peuple qui croit de léger,

Et qui ne craint que le danger,

Dit que cela pourroit bien estre,
Que mesmement deuant Bissestre

Il paroist des magdaléons

’ Jean-Louis comte d’Erlach, général de Parmée weymarienne. Voyez‘ entre autres la Champagne désolée par l’année d’ErIach [677] .

« 前へ次へ »