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en aucune façon préiudicier à la gloire de nostre Prince légitime, ny méliorer la condition des anciens ennemis de sa Couronne. »

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Décision de la question du temps. ——- A la Reyne Régente [s7i] 4.

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Mon Père, dans la difficulté qu’il y a d’aborder la Reyne, ie vous adresse cette Lettre afin de la présenter à sa Maiesté. Vous auez intérest qu’elle luy soit fidèlement rendue et qu’elle la lise auec attention , puisqtfil y va de vostre conscience, aussy bien que de la sienne , dont vous rendrez compte à la Iustice de Dieu.

MADAME, encore que ie sçache bien que depuis quelque temps votre Maiesté se soit rendue inaccessible et inexorable aux remontrances et aux prières, qu’elle ait non seulement fermé les oreilles, mais mesme chassé de sa présence et banni de la Cour tous ceux qui affectionnez au seruice du Roy et au repos de la France, ont par vn zèle de charité Chrestienne et vn cœur véritablement François, essayé de lui représenter l’estat déplorable où se trouuent réduits tous les peuples par la mauuaise administration de ceux qui régissent soubs son authorité, néantmoins comme la foy m’apprend que les Grands sont en la main de Dieu, qu’il change leur dureté et»les amolist par sa miséricorde quand il luy plaist, et que nostre Seigneur nous commande dans l’ÉuangiIe de demander auec instance, ayant luy mesme accordé aux clameurs importunes d’vne femme ce qu’auparauant il auoit refusé à sa prière auec iniure, I’ay creu qu’enfin Dieu toucheroit le cœur de vostre Maiesté, qu’il ne permettroit pas que les larmes de tant d’innocens fûssent inutilement respandues , que les vœux qu’ils font incessamment prosternez à ses pieds deuant l’Autel, seroient exaucez, qu’il romproit les charmes dont ses ennemis et ceux de l’Estat ont enchanté vostre Maiesté , et osteroit ces cataractes funestes de dessus vos yeux , afin de faire voir à vostre Maiesté, auec horreur, la condition malheureuse et pire que celle des chiens, où sont réduits les Suiets du Roy et les siens.

' C’est, au jugement de Naudé et de Guy Patin, un des meilleurso

pamphlets.

Personne, Madame, n’a iamais douté de la piété de vostre Maiesté. Elle en a donné et donne incessamment des tesmoignages trop sensibles. Nous sçauons qu’elle a la conscience timorée; que la seule ombre du péché véniel luy fait peur; et par ainsi que ces extrêmes malheurs qui commencent auec tant de barbarie et qui ne sont pas prests de prendre fin, si Dieu, par sa miséricorde, n’y met la main, ne sçauroient prendre leur source tant dans le cœur tout déuot de vostre Maiesté, que de la mauuaise impression que luy en peuuent auoir fait des Théologiens Mahumétans, non Éuangéliques.

On le dit, Madame, et nous le tenons comme article de créance , tant nous sommes affermis dans les bons sentimens que nous auons de ceux de vostre Maiesté , qu’il s’est trouué des personnes si esloignées des loix du Christianisme et si peruerties de iugement , qu’elles ont bien osé luy persuader que non seulement elle pouuoit mais qu’elle deuoit traitter Paris , le Parlement et toute la France auec la rigueur sans exemple dont nous voyons les estranges commencemens; qu’il y alloit de son bonneur et de sa conscience, aussy bien que de la grandeur du Roy, dont elle doit maintenir et conseruer l’authorité; que c’estoit vne rébellion formée qu’il falloit punir, à peine d’en estre responsable deuant Dieu et deuant les hommes; et que dans l’excès et dans la suite de cette vengeance, il n’y auoit pas pour vostre Maiesté matière de péché véniel. ,

O Dieul O Sauueurl O Sang adorable respandu en la Croix! O Corps sacré immolé tous les iours sur nos Autelsl Se peut il bien faire que parmy ceux qui sont destinez au ministère d’vn si auguste sacrifice, il s’en trouue dont les pensées soient si sacrilèges, qu’après vous auoir presté leurs mains et leur bouche pour offrir vostre corps en victime agréable ‘a vostre Père, ils les prestent en suitte à Satan pour se faire des victimes sanglantes de vos enfans? Que la mesme langue qui vous a serui d’instrument pour former vostre corps , serue d’instrument au démon pour inspirer dans l’esprit d’vne si vertueuse Princesse des sentimens si barbares? Et que vostre chair viuante et vostre sang tout bouillant puissent compatir auec eux dans vn mesme cœur des Maximes si cruelles et si inouyes?

Que vostre Maiesté, Madame, pardonne ce transport à ma douleur. C’est pour son intérest et non pour le mien que ie me sens animé. L’honneur qu’elle me fait de m’escouter quelquesfois, et de me communiquer aueco

confiance de ses actions de piété, ne permet pas que ie souffre auec silence l’outrage signalé que l’on fait en ce point, et à sa conscience et à son honneur. Il faut que ie crie et que ie fasse violence, pour la garantir des mains de ces harpies qui s’efforcent, par ces malheureux dogmes, de sacrifier son aine aux enfers et sa réputation à vne infamie éternelle. Ouy, Madame , c’est leur but et non pas le repos de vostre cœur. Ils taschent, comme Satan fit à nostre Seigneur, de séduire vostre créance sous le manteau de la vertu, sçachant bien qu’ils n’en viendroient pas à bout sous celuy du vice; et après auoir, mais en vain, employé tous leurs efforts pour rendre vos mains sacrilèges en les armant contre le sanctuaire, ils les arment contre le peuple, sans distinction de sexe, d’âge ny de profession, afin qu’ils fassent par cette voye ce qu’ils n’ont pu faire par l’autre, et que le sang des enfans à la mamelle, meslé avec celuy de leurs mères, celuy des Prestres parmi celui des Laïques, et celuy des Vierges consacréesà Dieu avec celuy des autres filles, ils dressent vne hécatombe aux démons du corps, du sang et de la vie des innocens et de l’âme de vostre Maiesté.

Ie ne doute point , Madame, que ces paroles ne vous touchent. Ie sçay que vostre Maiesté ne les pourra lire sans frémir, et qu’elles luy glaceront le cœur; mais la preuue luy en fera cognoistre la vérité, à la confusion de ces faux Profètes, à la gloire de Dieu, au bien du Roy et de ses Suiets, et à sa propre consolation. Les Parisiens, dit-on, sont rebelles. Il les faut punir et les exterminer. Il n’y a point de péché; au contraire, il y a obligation, afin de maintenir l’authorité du Roy, à quoy vostre Maiesté s’est engagée par serment lorsqu’elle a accepté la Régence. Ainsi, Madame, s’ils sont rebelles, vous auez raison; mais s’ils ne sont point rebelles, mais au contraire fidèles Suiets et seruiteurs, il faut que vostre Maiesté aduoue qu’elle est homicide de tant d’âmes qui périssent, et responsable à la Iustice de Dieu et à celle du Roy, de toutes les cruautez, les vols, les viols et les sacrilèges qui ont été exercez et qui continuent sous vostre authorité. Ainsi toute la difficulté consiste à sçauoir s’ils sont rebelles ou obéyssans; ce qui ne se peut mieux cognoistre qu’en examinant ce que c’est que Rebellion et quels sont ses effets.

On appelle Rebellion vne désobéyssance des Subiets aux loix et aux ordonnances iustes et légitimes de leur Souuerain; Vn soulèuement des peuples contre leur prince, qui, à main armée, attentent à sa personne sacrée ou troublent le repos de son Estat, qui se cantonnent dans les Prouinces pour y establir vne république, qui appellent ÏEStPanger à leur secours en se mettant sous sa protection, ou luy liurent entre les mains les Villes et les Prouinces, en le reconnoissant pour leur Roy au préiudice de celuy que Dieu leur a donné, et auquel ils sont tenus d’obéyr. On appelle Rebellion lorsqu’on ferme les portes de la Ville à son Roy, qu’on le chasse de son Palais, qu’on le poursuit à main armée, qu’on se laisse corrompre par l’EStranger, et esleuant ses enseignes au milieu du peuple, on emploie vie et biens pour son seruice.

Voylà, Madame, le Tableau au naturel de la Rebellion; voylà sa naïfue peinture avec ses véritables couleurs. Que vostre Maiesté maintenant les considère l’vne après l‘autre , et auec la force de cet esprit dont elle a coustume d’vser au iugement des choses de cette

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