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Ainsi faisant vn crime de leurs vœux, et vne impiété de leurs prières, vous changez les louanges qu’ils méritent en iniures, les récompenses honorables en supplices; et comme si ce n’estoit pas assez de leur oster la vie, vous voudriez leur rauir l’honneur et la conscience, si vous pouuiez, en les faisant passer pour rebelles et factieux, et tout cela auec Iustice et sans appréhension d’offenser [Dieu] non pas mesme véniellement.

Ie supplierois volontiers vostre Maiesté , Madame , qu’elle demandast à ces Casuistes admirables l’explication et l’intelligence de l’histoire tragique de Naboth; qu’ils luy rapportassent auec fidélité quel en estoit le suiet, quels en furent les acteurs, le commencement, le progrez, la fin et la suitte, ainsi que nous l’apprenons de l’Escriture Saincte. Naboth auoit vne vigne qui luy appartenoit, et non pas au Roy; les François ont des biens qui leur appartiennent, et non pas à leur Prince, quoy que veuillent dire les faux Ministres et les perfides Partisans. Le Roy voulut auoir la vigne de Naboth par le seul motif de ses plaisirs; les Ministres, sous l’autorité du Roy, ayant desià raui plus des trois quarts,,veulent auoir le reste des facultez du peuple, pour assouuir leurs passions et leurs auarices. Naboth fit des remonstrances au Roy; le Parlement, au Nom de tous les Suiets du Roy, en a fait et réitéré plusieurs fois de très iustes et très importantes. Pour forcer Naboth à perdre la vie auec sa vigne; on inuente cruellement qu’il a mal parlé du Roy; pour rauir la vie aux François auec leurs biens, on suppose malitieusement qu’ils sont rebelles. Ie ne fais pas l’application du reste de l’histoire. Fasse nostre Seigneur par sa miséricorde qu’elle soit défectueuse pour nostre regard et qu’elle n’arriue iamais!

Ie laisse vostre Maiesté dans ces pensées, mais entre les bras de la Croix et dans les playes du Crucifié, afin de les mieux digérer et d’en tempérer les amertumes par le meslange de celles de cet aymable Sauueur. C’est dans ce cœur sacré, Madame, dans ce cabinet Royal, dans cette fournaise de charité, que ie coniure vostre Maiesté par tous les sentimens d’vne âme Chrestienne et par elle mesme, de considérer auec attention et peser auec le poids du sanctuaire le dessein, l’esprit et la conduite de‘ ce Dieu miséricordieux , de ce Roy clément, de ce Père benin et débonnaire Seigneur, et d’en faire la comparaison auec les vostres. Cependant que prosterné aux pieds de sa Croix, les larmes aux yeux, les sanglots en la bouche, les souspirs dans le cœur, ie ne me contenteray pas de le supplier, mais ie le coniureray auec tous les fidèles François, par la vertu et les mérites de son sang, de conseruer vostre Maiesté dans l’éminence et l’esclat de la piété et de la vertu, nécessaires à vne grande Princesse qui, par l’effet de deux Sacremens, porte les titres glorieux de Très Chrestienne et Très Catholique. Qu’il luy remette par sa miséricorde tous les meurtres, les vols, les viols, les incendies et les sacriléges qui ont esté commis sous son authorité, et qu’elle a tollérez par vne conscience erronée, formée par des Casuistes ignorans et malitieux. Qu’il luy donne à l’aduenir de meilleurs conseils, plus Chrestiens et moins intéressez. Qu’il couronne sa Régence des bénédictions du Ciel et des acclamations des peuples; et qu’il la rende à iamais triomphante dans son amour et dans l’histoire.

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Lettre ‘dr v père Michel, religieux hermite de [ordre des C amaldoli près Grosbois, à monseigneur le duc d’/1ng0ulesme,sur les cruautéz des Mazarinistes en Brie [2128]‘.

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Nous sommes courus dans nos bois par ces tygres plus cruels que ceux de la Libye, qui n’ont iamais fait de tort aux anciens pères hermites. La couleur innocente de nos habits leur inspire vne rage forcenée contre tout ce qu’il y a de candeur; et nostre pauureté qui nous a tousiours asseurés dans les passages les plus infestés, fait que nostre sang est désiré par ces gouffres insatiables qui ne peuuent souffrir que rien échappe à leur fureur que ce qui peut satisfaire leur auarice. Ils font toutes sortes de prophanations autour des abbayes d’Yerre et de Iarcy; et il faut que .ces sainctes Vierges, espouses de Iésus Christ, composent tous les iours pour la seureté de vingt quatre heures de leur honneur. Ces Vestales sacrées qui croyoient pouuoir garder ce feu éternel qu’elles ont préféré à vne flamme légitime qui leur eust donné vn asseuré secours dans les villes , dans les bras de leurs maris et en la iuste valeur de leurs enfans et de leurs proches , sont à tout moment dans la crainte de se voir Fopprobre de cette nation maudite qui a fait des dé

‘ Guy Patin faisait grand cas de ce pamphlet. Naudé en parle avec éloge. Je regrette de n’avoir pu qu’en extraire quelques pages. Uabhaye de Grosbois était une fondation du duc dflàngoulême.

bauches et des ordures qui ne se peuuent descrire, dans les vaisseaux sacrés, et à qui il ne reste plus que de commettre généralement ce sacrilège abominable que l’on nous dit auoir esté perpétré sur quelques religieuses particulières.

Il y a peu de François, il est vray, qui soient accusés de ces impiétés. Il est vray que c’est pour vn Italien qu’elles se commettent,‘ et pour vn Cardinal et que la Reyne qui le soustient contre la iuste indignation des peuples, n’est point Françoise non plus; mais ce sont des princes qui les ont introduits dans le centre de l’Estat; et c’est vn Comte françois qui les commande en Brie , qui approuue toutes ces abominations et qui partage tous ces larcins; c’est le comte... 1, Monseigneur; c’est ce Vulcain malheureux et ce misérable boiteux qui a l’aine encore moins droicte que le corps et que ‘Dieu atteindra le premier, aussitost que sa iustice sera satisfaite de nostre persécution. Il a volé Lezigny’et Panfou. Il a coupé iusques à des tableaux dans leur enchasseure pour les emporter , et n’a pas emporté les chasteaux et les maisons que parcequ’ils estoient attachés à la terre; mais il les a désolés.

C’est vn homme dont les crimes ont fait cognoistre son nom et qui n’a fait que des ennemis dans son propre pays où la bassesse de son extraction le rend méprisable par les hommes et où le peuple déteste sa violence et son humeur tyrannique. Nous auons vn de nos pères qui cognoist sa race et qui nous a asseuré que le

’ Le comte, depuis maréchal de Grancey. 2 Le château de Lezigny était au duc de Luynes, qui commandait un des régiments de la Fronde.

nom qu’il porte luy est commun, comme le sang et le cœur , avec la plus commune populace de.... et qu’il n’a point d’alliance recommandable que par sa mère seulement, fille d’vn Mareschal de France qui estoit vn athée ‘ et le principal de ces ministres qui déprauèrent les mœurs du duc d’Alençon et d’Aniou, frère de Henry III, qu’ils portèrent à vouloir régner par force et par citadelles sur les Flamans et Brabançons qui l’auoient appelé, reçu et déclaré leur prince légitime. Il s’est donné à Monsieur le Due d’Orléans qui l’a fait Mareschal de Camp et gouuerneur de...; et ces bienfaits sont des marques qu’il a fort peu seruy S. A. R. si ce n’est que la iugeant capable de quelque ialousie des exploits de Monsieur le Prince , il trauersa ses desseins au siége de Thionuille en donnant passage à des troupes qui entrèrent dans la ville pour la défendre.

ll est venu à cette guerre contre sa patrie avec l’espérance d’vne proye infaillible. Il a ruiné tous les lieux où il a passé. Il a assiégé Brie-Comte-Robert qui a esté défendue par son gouuerneur’ avec tous les témoignages d’vne valeur et d’vne générosité singulières; mais comme la place n’estoit pas tenable sans vn puissant et présent secours, il fallut la rendre par composition. Il l’accorda pour esuiter la perte des siens et promit de laisser sortir les soldats assiégés et de conseruer les biens des bourgeois et l’honneur de leurs femmes et de leurs filles; mais il faussa cette fidélité que les Turcs mesmes ne rompent que rarement et iamais sans prétexte. Les soldats parisiens furent fouillés, puis battus, puis despouillés, puis tués pour la pluspart et retenus captifs.

' Philippe Strozzi. , 2 Il s’appelait Bourgogne.

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