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actes par. lesquels ils stipulent, c’est ce qu’on nomme TRAITEZ ou PARTIS.

D. Et qu’y a-t-il en tout cela qui ne soit iuste et honorable ?

R. Vous le conceurez plus facilement si nous en exposons le fait, suiuant la méthode des Iurisconsultes quand il ‘ s’agit de quelque résolution. Supposons donc par exemple que pour les nécessitez de la guerre et l’entretien des armées il aye fallu imposer et leuer sur le peuple douze millions de liures que l’on a distribuées partie en augmentation de tailles , partie en taxes sur les officiers, et partie en création de nouueaux offices. Pour leuer cette somme , on traitte auec des personnes qui s’en chargent moyennant neuf millions qu’ils fournissent au Roy, ou peut estre moins, le reste leur reuenant bon pour leurs peines. le dis en ce cas que ces personnes offensent Dieu mortellement, qu’elles volent ce quart au Roy et à l’Estat, qu’elles sont obligées de le restituer; et il n’y a personne qui les en puisse dispenser.

I). Mais ils font des auances et rendent l’argent plus promptement et plus prest au besoin.

R. Il n’importe, parceque, si tout chrestien est obligé d’assister son prochain gratuitement, lorsqu’il est nécessité, principalement s’il le peut faire sans aucune perte, il y a bien plus d’obligation d’assister le Roy qui est le père et le protecteur du peuple, et pour les nécessitez de l’Estat.; et si l’on ne peut pas auancer quelque chose laquelle reuient tousiours, comment est ce qu’on contribueroit de sa bourse aux despenses nécessaires pour le bien du public? Ioinct que, comme tous les intérests des particuliers sont essentiellement engagés dans ceux du général, tous ces traitans ou partisans qui font partie du corps de l’Estat, sont obligez d’y contribuer; cc qu’ils ne peuuent moins faire que par l’auance des sommes qui leur reuiennent auec le temps.

D. Si cela est ainsi que vous dites, les trésoriers de l’espargne et autres ne sont pas sans défaut puisque leurs plus grands profits viennent des auances qu’ils font, et des grosses remises qui leur sont faites; ce qui met le prix de leurs charges à des sommes immenses au delà des gages qui leur sont attribuez.

R. Il n’y a point de difficulté en cela. Leur condition dans ces occasions n’est point différente d’auec celle des partisans dont ils peuuent porterle nom puisqu’ils en font l’office.

D. Mais les vns et les autres ne prennent point ces grosses sommes dans leur bourse. Il les empruntent du tiers et du quart dont ils payent l’intérest; ce qui n’est pas raisonnable qu’ils fassent à leurs despens.

R. A cela ie responds deux choses : Premièrement que les obligations de ces particuliers qui leur prestent auec intérest, sont usurières et par ainsi suiettes à restitution; en second lieu qu’il y a bien de la différence de prendre de l’argent d’autruy à cinq ou six pour cent, afin d’auancer au Roy pour après le reprendre sur soy mesme, et cependant en retenir par ses mains et en prendre quinze, dix-huit ou vingt pour cent; et c’est pour ce suiet que tous ces Partisans ou Trézoriers sont punissables puisque, faisant auance du bien d’autruy, ils en prennent plus du Roy qu’ils n’en donnent pas aux particuliers; ce qu’on ne sçauroit désauouer estre vn vol public, punissable par toutes les Lois diuines et humaines, si l’on ne veut renoncer non seulement au Christianisme mais au sens commun. a . . . . . . . . . .

‘D. Depuis quelques années, on a inuenté une nouuelle sorte d’imposition sous le nom d’Aisez et sous Aisez, qui a fait beaucoup de bruit et dont plusieurs se plaignent et à mon iugement auec raison. Ie vous prie de m’en dire le vostre.

R. A cela ie ne sçay que vous respondre. Le cœur me saigne quand i’y pense. Cette inuention n’est pas des hommes. Elle ne peut estre sortie que de l’Enfer pour la ruine uniuerselle de l’Estat en général et de chacun en particulier; qui met les François dans vne condition plus rude qu’ils ne seroient pas sous la domination du Turc et par laquelle il n’y a personne dans le Royaume, de quelque condition qu’il soit, qui puisse s’asseurer d’auoir vn teston en propre et dont il puisse faire estat.

D. Ie vous prie de me l’expliquer plus clairement.

R. C’est que sous la domination du Turc les taxes sont arrestées et publiques, où chacun scait ce qu’il doit par teste, après quoi il possède son bien en repos et tranquillité. Au lieu que si outre les Tailles et mille impositions qui sont sur les denrées, que l’on rend infinies par des augmentations si estranges que les peuples succombent sous le faix; si, dis ie, outre cela il est permis à vn Ministre ou à vn Fauory qui. abusera de l’authorité du Prince, de taxer les particuliers quand bon lui semblera, et à telles sommes qu’il lui plaira, sous prétexte qu’ils sont accommodez dans leur condition, et les contraindre de payer ou de gré ou de force, qui ne voit que c’est mettre tout le bien des particuliers au pillage de ces insatiables et qui ne diront iamais : C’est assez, encore qu’ils ne trouuent plus rien à prendre. Il y a encore vn autre mal dans cette maudite inuention. C’est la me’thode que l’on a tenue pour ces leuées; car ie ne diray en ceci que ce dont ie suis témoin : qu’ayant fait signifier des ‘taxes d’Aisez, ceux auxquels la signification estoit faite, ayant recours aux Partisans à Paris ou à leurs sous Traitans ou Commis dans les prouinces, en estoient facilement dispensés, en donnant à sous main le quart ou le tiers de leur taxe ;. au lieu desquels on en substituoit d’autres. Si bien que c’estoit vne porte ouuerte à vn brigandage public; et pour vn million, par exemple, de traité qui en venoit au Roy ou, pour mieux dire, à ses Fauoris, il s’en leuoit quatre ou cinq sur le pauure peuple. Iugez si en ce cas la condition des François qui se disent libres pardessus toutes les nations du monde, n’est pas plus malheureuse que celle de ceux que nous appelons esclaues sous l’Empire du Turc!

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Remerciment des Imprimeurs à. Zllonseigneur le Cardinal Mazarin [3280] ‘.

(4 mars 1649.)

Monseigneur, nous ne serions pas dignes de nostre bonne fortune, si nous tardions dauantage à vous en remercier, auec tous les témoignages d’vne très-sensible obligation. Nous ne pouuons souffrir que tout le monde se plaigne de vostre Eminence, et que personne ne s’en louë. Vos bien-faits sont trop visibles pour les dissimuler; et nous les receuons dans vn temps qui les rend encor plus considérables , et qui confond la calomnie de tous

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vos ennemis. L’on vous accuse de vouloir faire périr de faim la ville de Paris; mais est-il rien de plus ridicule? puisque c’estoit nostre corps qui s’en deuoit le premier sentir, et qui deuoit plutost tout seul satisfaire à vostre fureur , comme celuy qui a tousiours vescu dans le glorieux mépris des richesses, qu’il professe auec tous les Maistres des autres arts nobles et libéraux , qui ne gardent rien d’vn iour à l’autre. Tous les bourgeois estoient munis de tout ce qui, leur pouuoit estre nécessaire pendant vn blocus de plus d’vn an. Nous n’auions ny argent ny viures; toutes fois graces à Dieu, et à vostre Éminence, Monsieur saint Iules nostre second patron , nous sommes auiourd’huy les mieux accommodez; et nous craignons plus de manquer d’ancre et de papier , que de pain et de vin, ny de viande.

C’est vne chose admirable aussi de quelle façon nous trauaillons. Vostre vie est vn suiet inépuisable pour les autheurs et infatigable pour les Imprimeurs. C’est le plus heureux métier de Paris; et le gain est auiourd’huy comparable à sa dignité. Il ne se passe point de iour que nos presses ne roulent sur plus d’vn volume de toutes sortes d’ouurages, tant de vers que de prose, de Latin que de François , tant en charactères Romains qu’en Italiques, comme gros canon, petit canon, parangon, gros ‘romain, saint augustin, cicero etc. Vne moitié de Paris imprime ou vend des imprimez; l’autre en compose; le Parlement, les Prélats, les Docteurs, les Prestres, les Moines, les Hermites, les Religieuses, les Cheualiers , les Aduocats, les Procureurs, leurs Clercs, les Sécrétaires de Saint Innocent, les filles du Marais, enfin le Chenal de Bronze et la Samaritaine écriuent et parlent de vous. Pierre du Quignet ne sçauroit plus garder le silence qu’ont rompu

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