ページの画像
PDF

Il s’y falloit mieux gouuerner.

Il falloit estre fauorable ,

Doux, humain, visible , traictable ,
N’auoir aucune passion,

Abolir la proscription,

Ne causer la mort à personne,
(Pour le moins à la Barillonne‘).
Ce n’est pas tout que s’esleuer ;
L’esprit est à se conseruer.

Vous connoissez bien quelles peines
Vous font Pierr’Encise et Vincennes
Vous en connoissez le hazard;
Mais, Iules, c’est vn peu trop tard.
Il faut , maintenant, faire gille ,
Vous en retourner en Sicile ,

Et, soit auiourd’huy, soit demain,
Fuir, pour iamais, de S. Germain.
Il ne faut point que l’on diffère.

2

Cet Arrest, ou doux ou séuère ,
Est tout prest à s’exécuter.
Et, si vous ne voulez vous haster,

Ie crains bien fort, que chez vos niepces,

' Le cardinal Mazarin était accusé d’avoir fait empoisonner le président de Barillon, prisonnier d’État à Pignerol. Voyez plus haut la Lettre

Ne portiez pas toutes vos pièces ,
Et ne partiez de S. Germain
Vn peu léger de quelque grain.

Ie sçay fort bien, ne vous déplaise,
Qn’auiourd’huy vous seriez bien aise ,
Si l’on vous venoit asseurer
Qu’ici vous pouuez demeurer
Dans le calme et parmy la gloire.

d’vn religieux, etc.

‘ Pierre-Encise, où avait été détenu le maréchal de La Mothe Houdan

court, et Vincennes, d’où fêtait évadé le duc de Beaufort.

Mais, comme vous auez mémoire,
Ie veux vser avec raison
De la mesme comparaison,
Qu’au poiuct des affaires troublées ,
Vous fistes sur nos assemblées,
Parlant à Monsieur Boucqueual.

Or ça, Monsieur le Cardinal ,»
Parlons en saine conscience,
Et souffrez auec patience
Ce raisonnement délicat.
Vous portez des Glands au Rabat‘.
Si , d’authorité souueraine ,
Le Roy, ie ne dis pas la Reyne,
Alloit dire : Ie vous défends
De plus iamais porter des glands.
Ie veux qu’il ne soit point hlasmable
De s’omer de chose semblable.
Mais, si le Boy le défendoit,
En conscience auriez-vous droict
D’en porter, malgré sa défense?
Cela presse vostre Eminence,
Or venez ça, Respondez-nous!
Tout de bon, en porteriez-vous?
Non; vous n’en auriez point enuie;
Vous n’en auriez de vostre vie;

' Le cardinal Mazarin ayant appris que Pvnion des cours souueraines pourroit ruiner son authorité, tascha d’attirer les plus forts des compagnies; et, voulant vn iour persuader à M. de Boucqueval, Doyen du grand conseil, que les assemblées n’estoient point permises, il se seruit de la comparaison des glands; il lui dit en ces mesmes termes : a Venez ça, M. de Boucqueual, vous portez des glands. Si le Roy vous défendoit d’en porter, vous seroit-il permis d’en auoir après sa défense? Respondez, disoit-il, cela vous presse. Or ie dis de mesme, puisque le Roy vous dé

fend de vous assembler , pourquoy, etc. n Cette comparaison seruit le lendemain de matière à tous les rieurs.

[ocr errors]

Et sans vous enquérir, pourquoy?
Vous voudriez obéyr au Roy.

Ainsi le Roy, dont la prudence
Met toutes choses en balance,
Par Arrest de son Parlement,
Vous enioint, sans retardement,
De quitter la France, et sur peine
D’encourir l’excès de sa haine.
Pourquoy donc ne partez-vous pas?
Et qui peut retenir vos pas?
Est-ce point que vous voudriez dire
Que nostre Prince a moins d’empire
Sur les hommes hauts et puissans
Que sur leurs colets et les glands?
Non, non; sans tarder dauantage,
Allez, partez , pliez bagage,
Crainte que Monsieur de Beaufort
Ne vous enuoye vn passe-port
Pour aller iusqu’en l’autre monde,
Malgré le bras vous seconde;
Car ny nos généraux. ny luy,
Ne vous donneront point d’appuy.
Puisqu’ils veulent, par leur vaillance ,
Restablir nostre pauure France
Dans son ancienne liberté,
Vous n’estes pas en seureté.
N’attendez pas que nos villages
Soient réduits aux derniers pillages;
Et suffise que Charenton
Vous couste le grand Chastillon.
Ny le combat ny la victoire
Ne vous sçauroient donner de gloire;
Et ie mets au rang des mal-heurs
Vn bien qui vous couste des pleurs.
Quand , par la suite d’vne guerre,

Vous aurez rauagé Nanterre,
Meudon , Suresne et S. Denis,
Vous serez les premiers punis ;
Car ne leur laissant pas la maille ,
Ils ne payeront plus de Taille;

Et le Prince en maiorité

Dira bien que sa Maiesté,

Au temps de sa plus tendre enfance, Estoit soubmise à l’Eminence. Voyant son domaine enuahy,

Il dira que l’on l’a trahy,

Et qu’vn Ministre bien habile

Ne deuoit point donner de Ville,
Du moins en Souueraineté ,

Si force ce n’auoit esté.
Mais ce raisonnement me passe.

le vous demande encore grâce : Peut-estre vn peu trop librement I’expose icy mon iugement;

Non par vn esprit de censure;

Ie l’ai desia dit, et i’en iure.

Au contraire , c’est par pitié ,

Ou par vn reste d’amitié

Que ie vous parle en ceste sorte ,

Et sans que l’humeur me transporte.
Certes, nous auons, presque tous,
Suiet de nous loüer de vous.

Pour le moins oserois-ie dire,
Quand tout le monde en deuroit rire,
Que vous auez fait de grands biens
A Messieurs les Parisiens.

L’Esté, vous faisiez d’eau de Seine
Arrouser le Cours de la Reine ;

Et , qui plus est de vostre estoc,
Leur auez introduit le Hoc,

Estably la plaisanterie ,

Et fait bastir vne Escurie ‘

Digne de vous, grand Cardinal.
Pardon; la rime de Cheual

M’a ietté dans cette pensée,

Qui par vn mal-heur s’est glissée ;.
Enfin, vous auez apporté

Quelque chose à cette Cité;

Si bien que chacun , ou ie meure ,
S’entretient de vous à toute heure.
Mesme, depuis vostre départ,

Les bons Beuueurs , à tout hazard ,
Vous sloüent de leur mal-heur mesme ;
Car cela fait que ce Caresme 2,

Le poisson se vendant trop cher,
Ils peuuent manger de la cher ;

Et nonobstant le Priuilége ,

Ils doiuent cette grace au Siége,
Non pas au S. Siége Romain,

Mais au siége de S. Germain.

Vne chose seule me ronge

Et me fait peine quand i’y songe;
Ceux qui restent de vostre cour
Sont cachez icy tout le iour;

Et pas vu n’ose plus parestre ,

De crainte d’estre pris pour traistre.
Mesme on dit que Cantarini ‘ ,

Qui rimoit à Mazarini ,

Ne trouuant point chez se mettre,

‘ Un poëte a fait sur cette écurie des vers qui ont été publiés dans les Diuerses pièces sur les colonnes et piliers des Maltotiers, etc. Voyez plus haut.

’ Réglement de Monseigneur.... arc/‘euesque de Paris , touchant ce qui se doit pratiquer dans ce saint temps de Caresme [196 du Supplément].

3 Cantarini était le banquier du cardinal Mazarin.

« 前へ次へ »