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m’estant du tout impossible de mettre le Parlement et le ‘Peuple à la raison, attendu la mutuelle vnion de toutes les ‘Prouinces et leurs intelligences auec vne partie de nos gens de guerre, aux efforts desquels nostre party ne pourra résister, lorsque toutes leurs forces seront assemblées pour nous combatre, c’est pourquoy ayant d’ailleurs aussi esprouué que ie ne pouuois estre en seureté en‘ aucun autre Royaume ou République, qui tous ont refusé de me receuoir, quoy que mon or et mon argent y soient en dépost, et que iÎaye employé tout mon crédit pour les en conuier, i’ay résolu auparauant que d’attendre que ceux duparty contraire ayent aucun aduantage sur moy, d’aller me iustifier au Parlement des accusations que l’on m’impose , pour faire leuer l’Arrest qu’ils ont donné contre moy sans aucune formalité; ce qui produit, ce m’a-on dit, vne nullité en la forme , et m’ouure le moyen de me faire releuer de la condamnation portée en iceluy. Mais pour y paruenir et ne rien faire auec légèreté, ie me suis fait enuoyer par vn de mes amis, qui a cognoissance des intentions de ceux qui me veulent du mal, vn oMémoire des Faits et Articles sur lesquels ils pourront me faire interroger; lequel ayant receu de sa courtoisie , i’ay esté bien aise Æapprendre qu’ils n’auoient plus grande instruction contre moy; ce qui me donne occasion de demeurer dans le dessein que i’auois pris. Mais auparauant que de l’exécuter, i’ay encores trouué à propos de communiquer à vne personne capable et affectionnée pour mes intérests (comme ie vous estime, Monsieur), les responses que i’ay préparées sur les calomnies que l’on m’impute, pour voir si ie ne me trompe pas , de croire qu’estant contraint d’aduouer tous les faits dont ie suis accusé , attendu que la prenne en est maintenant trop facile à mes ennemis , ie puis, par la force de mon raisonnement et de ma Politique , facilement destruire et satisfaire à tous les chefs des accusations que l’on me propose, sans laisser aucun suiet à mes iuges de réuoquer en doute mon innocence. C’est ce qui me fait enuoyer vers vous ce porteur, pour. vous donner auec la présente, le Mémoire de ces Faits apostillez de mes Responses, afin que ie puisse receuoir vostre sentiment au retour de ce Courier, qui est vne voye très fidelle et très seure. Ie vous prie donc de trauailler à cet examen auec la fidelité qui vous est ordinaire; et i’espère que vous iugerez comme moy qu’il est bien difficile de surprendre vn Italien rompu dans les grandes affaires, quand il a le temps de préparer sa défense , et qu’il faudroit auoir beaucoup d’addresse pour me susciter des accusations auxquelles ie ne puisse satisfaire par mes artifices. Espérant donc de vos nouvelles, ie suis, Vostre seruiteur et amy, I. M. C.

A Saint-Germain-en-Laye, le 16 iour de féurier 1649.

Ensuit le Mémoire enuoje’ par le Cardinal Mazarin à son Confident, ou Plnterrogatoire qu’il s’est fait; Accompagné de ses Responses.

lI. Int. PREMIÈREMBNT, Interrogé de mon Nom et de ma Qualité?

Resp. Ie respondray que ie m’appelle Iulles Mazarin; Et quant à ma qualité, que ie porte le tittre de Cardinal de la saincte Église Romaine , et grand Ministre du Royaume de France : laquelle dignité de Ministre te

nant le premier lieu dans l’Estat après le Roy, me rendroit indépendant de quelque iuridiction que se peust estre , n’estoit que ie me submets volontairement à celle du Premier Parlement du Royaume , dans le désir que i’ay de faire paroistre mon innocence aux yeux de toute la France, contre toutes les accusations que la liberté du temps a fait éclater contre moy, et dans l’asseurance que i’ay que ce Parlement , instruit de la vérité de mes intentions, ne dégénérera pas de son intégrité ordinaire, pour me rendre la iustice que i’attends.

2. Int. De mon Origine et de mon Pays?

Resp. Que ie tiens à gloire d’auoir pris naissance de Mazara, ville de Sieille , parcequ’estant des dépendances du Royaume d’Espagne, celuy de France m’est d’autant plus particulièrement obligé, si, quittant les intérests de mon Roy naturel, i’ay laissé mon pays pour me donner entièrement à ce Royaume. '

3. Int. De mon Père et de mon Extraction?

Resp. Que ie ‘m’estonne, comme mes ennemis ont voulu prendre aduantage de ce que la fortune de mes parens ne correspond pas à la mienne, et se soient fort estudiez à chercher les moyens d’auilir ma famille , veu que c’est le plus grand honneur qu’ils me puissent faire, puisqu’ils font voir par ce moyen que, comme vn autre Cicéron, le rang que ie tiens , ‘n’est deu qu’à mon mérite, et que ie suis d’autant plus digne de le conseruer, que ie l’ay acquis par mes seuls artifices.

4. Int. Quels biens ma naissance m’a donnez; combien il m’en est écheu par donation , succession ou autrement ?

Resp. Que ie ne rougiray iamais de dire que ie dois tous les biens que ie possède à la libéralité du Roy‘; et quoy que véritablement ‘sa recognoissance ait été grande en mon endroit, i’ose néanmoins me vanter que la Reyne m’a souuent tesmoigné que les trauaux et les soins que ie prenois pour le Royaume, n’estoient pas suffisamment récompensez à l’occasion des nécessitez de l’Estat.

5. Int. Si dans les seruices que i’ay rendus à l’Estat, i’ay tousiours correspondu au rang que la Reyne m’a donné en son Conseil, et à la fidélité qu’vn premier Ministre d’vn Royaume doit à la couronne qu’il sert?

Resp. Que les personnes qui ont esté dans l’employ des grandes affaires, en rendront tesmoignage pour moy; et puis dire iustemeut que par ma subtilité , i’ay mis les affaires à vu tel point, qu’il n’y a que moyqui puisse y donner vn heureux succès par la continuation de mes artifices; et tout autre qui en verroit les intrigues , sans en scauoir le secret, croiroit que i’ay ioué à tout perdre en quantité de rencontres, où ie feray néanmoins voir l’aduantage éuident de la France.

6. Int. S’il n’est pas vray que i’ay tousiours préféré mes intérests à tous ceux du Royaume?

Resp. Que ie n’ay pas creu qu’en faisant les affaires du Roy, ie deusse négliger les miennes etque, iusques à présent, ie n’ay pas trouué devéritable Politique qui m’aye enseigné le contraire; que Machiauel mesme, très affectionné pour les intérests du Prince, le conseille; mais qu’il ne se trouuera que pour mon vtilité particulière , i’aye consenty à aucune chose qui pust causer quelque perte considérable à la France, si l’on considère mon procédé dans les maximes d’Estat , et non pas auec vne exacte recherche particulière de mes actions,qui n’estant considérées dans toute leur suite et les liaisons qu’elles ont eu l’vne auec l’autre , pourroient estre esti

mées par. ceux qui niont?vne véritable coguoissance de la

Politique, n’auoir pas tousiours esté aussi sincères comme mes pensées' l’ont esté, n’ayant iamais eu de soin plus particulier en mon administration que d’accomoder mes intérests auec ceux du Roy et de l’Estat.

7. Int. Si ie n’ay pas transporté grande quantité d’or et d’argent hors du Royaume? Si n’aguères ie n’ay pas faict passer douze mulets chargez d’or et de pierreries que Penuoyois à M. mon père? Si ie n’ay pas des sommes considérables, tant sous mon nom que ceux de mes Confidens, aux banques de Venise et d’Amsterdam, et au Mont de Piété de Rome? Si pour transporter l’or plus facilement, ie n’ay pas fait fondre les Iustes et les Pistoles en lingots? Si ie n’ay pas acheué vn des plus somptueux édifices qui soit dans Rome, que i’ay acheté bien chèrement? Et si pour orner ce Palais, ie n’ay pas fait transporter les plus beaux et plus exquis meubles de l’Europe? Pourquoy ayant profité de ces biens en ce Royaume, ie ne les y ay pas consommez, et employez en acquisitions de belles terres? Et pourquoy il semble que Paye affecté de n’acquérir aucuns biens en France?

Resp. Que ie m’estonne comme l’on me propose pour crimes des actions qui tournent à l’vtilité du Roy et à l’honneur de l’Estat; car qu’y a-t’il rien de plus glorieux ‘a la France, que de faire paroistre aux Estrangers qu’elle n’est ingrate à ceux qui luy rendent quelque seruice, et d’attirer par ce moyen le cœur de tous ceux qui luy peuuent apporter quelque auantage? Et ce, sans intéresser les finances du Royaume, puisque ie puis dire auec vérité, qu’il ne s’est pas transporté par mon ordre et pour mon particulier plus de trente millions , depuis le tems qu’il y a que i’ay l’honneur d’estre employé

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