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des imposts insupportables, pour l’exécution desquels ils se sont seruy de cruauté, et de tortures capables de tirer de la moüelle des os des malheureux François, qui eussent esté bien aises d’en estre quittes pour leur abandonner tout leur bien et paistre l’herbe comme de pauures bestes, s’estant veu tout à la fois 23 000 prisonniers dans les Provinces du Royaume pour les taxes des Tailles et autres imposts, dont il en est mort cinq mile hommes dans cette langueur l’an mil six cens quarante-six, ainsi qu’il se vérifie par les escroues et registres des Geolliers. Néantmoins quoiqu’il ait consommé tous les ans plus de cens ou six vingts millions, ainsi qu’il est aisé de iustifier par les Comptes, en deniers provenus tant des Tailles, des Fermes, des Parties Casuelles, des gages et droicts, il n’a payé ny les gens de guerre, ny les pensions desquelles toutefois il monstre de grands estats pour couurir ses pilleries, ni pourueu les places frontières d’hommes ny de munitions, ny satisfait aux estats de la Marine et de l’Artillerie, dont il est deub plus de quatre années; n’a fait aucun bien aux gens de vertu et de mérite, ny donné aucune récompense à ceux qui ont prodigué leur bien et leur sang pour le seruice du Roy; au contraire il a fait périr de mal faim et de nécessité presque toutes les armées du Roy, lesquelles n’ayant touché depuis cinq années que deux monstres par an, il est mort plus de six vingts mil soldats de misère et de nécessité et horrible pauureté; si bien qu’il est certain, et se peut prouuer par plusieurs tesmoings irréprochables, qu’il a partagé des grandes sommes de deniers auec ceux qu’il a auctorisé, et en a englouti la plus grande partie, qu’il a fait transporter, tant par lettres d’eschange qu’en espèces et picrreries, et ce sous pré

texte de faire la guerre en Italie et de conquérir quelques places comme Piombino et Portolongone’. Donc partant on sçait bien qu’il a laissé les garnisons mourir de faim, leur estant deub encores à présent huict monstres, et qu’il n’a point fait faire les réparations nécessaires de sorte qu’elles ne peuuent résister à la moindre attaque de l’ennemy; de plus, pour auoir suiet de conti nuer tousiours la guerre et par mesme moyen les prétextes de sa tyrannie et de ses volleries, il a esloigné la paix lorsque la France la pouuoit auoir la plus aduantageuse; toutes les armées victorieuses ont esté sur le point de faire de grands progrès; il a rompu et destourné par des malices secrettes et n’a point en de conscience de les perdre et dissiper, et mesme d’exposer les Princes qui les commandoient, comme l’on a veu en Catalogne par deux fois au siège de Lérida , à la surprise de Courtray et aux affaires de Naples’; qu’il a laissé dépérir non sans beaucoup d’apparence qu’il s’entend auec les ennemis de l’Estat, afin de trouuer refuge chez eux, si la France ennuyée de sa tyrannie vient à le chasser.

Ce considéré , MESSIEURS , et de plus qu’il est estran— ger, et establi naturel suiet du Roy d’Espagne , partant incapable d’auoir charge en France par les loix du royaume, par les Ordonnances des Roys, qui ont si souuent banny les Italiens, et par l’Arrest autentique et célèbre de l’année mil six cens dix sept, ensuitte de la mort du Mareschal d’Ancre, IL vous PLAISE faire remonstrance à la Royne sur les grands malheurs et désordres que ledit Mazarin a causez, et sur ceux qu’il causeroit à l’advenir s’il demeuroit plus longtemps dans cette domination illégitime et violente; Comme aussi de faire entendre et remonstrer aux Princes du Sang la. captiuité où les premiers Ministres de l’Estat ont mis eux et tout le Royaume depuis si longtemps, les extrêmes dangers où ils les ont mis par plusieurs fois; leur remonstrer deuant les yeux les reproches que leur feront la postérité de s’estre laissé surprendre, et de ne souffrir plus qu’vn estranger mette en seruitude pour iamais le Roy et toute la Maison Royale. Partant que Sa Majesté et lesdits Princes , preuenant les dangers inéuitables‘ qui en arriueront s’ils n’y pouruoyent promptement, veulent faire arrester ledit Mazarin sous bonne et seure garde, repéter de luy les finances du Roy qu’il a voilées, et le chastier exemplairement de tant de crimes énormes qu’il a commis. Et afin que la France et les Roys , Princes et peuples ne retombent plus à l’aduenir dans vne mesme seruitude, que les Princes veulent se donner la peine , comme enfants de la Maison , et leur intérest conioint auec ceux de l’Estat, et que ceux des François fauoris y sont tonsiours contraires, de manier lesditesaffaires par leurs propres mains, non plus par celles des fauoris qui les trahissent et les vendent, et de vouloir gouuerner eux mesmes par l’advis des Seigneurs et des personnes de qualité, d’expérience et de probité irréprochable, sans plus permettre l’entrée du Conseil à des gens de néant, corrompus et tels que ledit Mazarin y a introduits; afin qu’ayant exterminé tous les imposts et les

' Silhon donne la raison de cette conquête dans la pièce intitulée : Éclaircissement de quelques dijficultez touchant Padministration du cardinal Mazarin [l 108] . 4

’ Les deux sièges de Lérida , par le comte d’Harcourt en i646, et par le prince de Condé en i647; Courtray pris en i6416 par les Espagnols,

pendant que le prince de Condé assiégeait Ypres; Pexpédition de Naples par le duc de Guise.

ruines de la tyrannie passée , et remédié aux désordres infinis qui en sont prouenus, ils puissent gouuerner la France sous les loix de Dieu et celles du Royaume, conclure vne paix aduantageuse, faire respirer les peuples qui n’en peuuent plus , et enfin rendre cet Estat si puissant et si heureux au dedans et au dehors qu’il ne craigne plus l’oppression des meschants Ministres, ny les efforts des ennemis, protestant les Estats et les autres bons François qui, Dieu mercy, sont encore en grand nombre, que, s’il n’y est pourueu promptement et comme il est nécessaire, ils y employeront, s’ils y sont contraints, tout leur bien et leur sang pour y remédier, et se seruiront de tous les moyens que la nature et le deuoir enseignent pour deffendre son Roy, son pays, sa liberté et sa vie.

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Vous remonstrent les partisans
De toutes espèces , DISANS :
Quïls ont appris à la mal heure
Que Maiesté , quoique mineure ,
Sans réfléchir par elle assez
Dessus leurs seruices passés,

A. créé chambre de Iustice
Pour que financiers on punisse;
Mais pourtant c’est vn à sçauoir
Si Régente auoit le pouuoir

De fulminer des bulles telles

' Contre la Déclaration du I6 juillet I648, portant établissement d’une chambre de justice.

A ses bons suiects si mortelles,

Car c’est en purs termes de droit

Tout ce que le maieur pourroit,

Ne tenant lieu que de tutrice

Et de simple administratrice

Qui ne peut rien sans nullité

Changer durant minorité ‘.

Or, ce faisant, la bonne Reyne

Sans doute le fonds aliène

Au Roy, nostre maistre, son fils ,

Qu’on sçait estre au rang des pupils,

Et qui est dans son indigence

Secouru de nostre finance;

Si que sans nostre crédit prompt

L’Estat eust reçu maint affront.

Cependant nous donnant la chasse

Comme à quelque maudite race ,

De nous outrager on permet;

Et par tel édit on nous met ,

Nous dont l’argent soustient la France ,

Dans le danger de la potence.
Nos seigneurs, ce considéré,

Il vous plaise de vostre gré

Nous receuoir par ces présentes

Appellans de telles patentes

Tout comme d’abus bien constant,

Qu’aussy de iuge incompétent ,

Mais d’incompétence notoire ,

Ainsy qu’en auons bon mémoire;

Et de tel enregistrement

Comme fait précipitément,

Sans pièce vne , à la volée,

Sans parties ouyes ou appelées ,

' C’est une thèse que les partisans des princes ont fortement soutenue et longuement développée en 1651 et 165°.’.

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