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secret, ils ont pris subiet d'en faire vn chef d'accusation contre moy, quoy que les iudicieux voient fort bien que ces intelligences n'alloient qu'au bien général de la France, qui auoient encores cet effet, outre celuy que ie viens de remarquer, que i'attirois par ce moyen

de très grandes sommes de deniers des coffres de nos ennemis, dont le Royaume profitoit, et particulièrement ceux employez auprès de moy pour le seruice du Roy, auxquels donnant cette liberté de receuoir ouuertement ces pensions, cette tolérance apportoit ce bien à l'Estat, que par ce moyen ils ne mandoient rien au Conseil d'Espagne, qu'ils ne me l’eussent communiqué auparauant ; au lieu que

si i'eusse voulu empescher ce commerce, et que ie n'eusse tesmoigné estre du party aussi bien qu'eux, ils m'eussent si bien caché leurs pratiques que ie n'en eusse eu aucune cognoissance, et qu'au lieu

que

ie

profitois pour

la conduite de l'Estat de ce qu'ils mandoient au roy d'Espagne, la France, à cause de ces intelligences, en eust receu un notable domage; puisque ceux qui sont employez dans les grandes affaires, ont remarqué cette maxime, qu'il est impossible , quelque diligence qu'on y puisse apporter, qu'ils n'ayent tousiours quelqu'vn de ceux qui sont auprès d'eux, qui n'ayent des secrettes pratiques auec ceux du party contraire ; Et ainsi ne louera-t'on pas mon adresse, non-seulement

par tifices d'auoir attiré en France les Finances d'Espagne, mais mesme d'auoir espargné les profusions qu'il falloit faire chez les ennemis, pour pratiquer de notre part ces intelligences auec eux, puisque sans m'en mettre en peine , elles m'estoient descouuertes iournellement sous prétexte de fauoriser leur party?

29. Int. Si ie n’ay pas empesché l'effet de l'entre

mes ar

prise de Naples, qui auoit cousté tant de peine au défunct Cardinal de Richelieu, en retardant le secours destiné pour y enuoyer? Si ie n'ay pas fait surprendre Monsieur de Guise entre les mains de nos ennemis ? Et si lorsque ie fus congratuler Madame sa mère du secours que ie luy préparois, ie n'auois pas receu les nouuelles de sa prise?

Resp. Que c'est le seul poinct où i'ay renuersé à dessein les entreprises de Monsieur le Cardinal de Richelieu; et ce qui m'a excité à le faire, a esté ce que i'ay appris de l'Histoire, que les desseins sur l'Italie n'auoient iamais apporté aucun profit aux François, et qu'il falloit nécessairement que les esprits et la conduite de ceux de ce Royaume cédassent à cette nation subtile et guerrière tout ensemble; au lieu que les habitans de la France doiuent aduouer s'ils veulent recognoistre la vérité, que ce climat ne leur octroye que la dernière de ces deux qualitez, et qu'il faut qu'ils obseruent religieusement cette maxime, de n'attaquer iamais ceux de cette nation sans très grande nécessité, puisque ce n'est pas tout d'entreprendre et d'auoir des desseins de conquérir, mais qu'il faut pour estre estimez iustes et raisonnables, qu'ils reçoiuent quelque apparence dans leur exécution ; D'où vient

que

l'on ne doit trouuer estrange si ie n'ay iugé à propos d'attaquer le Roi d'Espagne du costé qu'il est le plus fort, non plus que

si

ayant sceu la prise de Monsieur de Guise, ie ne l'ay si tost voulu déclarer à Madame sa mère , d'autant que je fus bien aise de lui tesmoigner auparauant quelque affection pour sa famille, afin de me maintenir en ses bonnes grâces, vn Ministre deuant auoir cette adresse de se conseruer, s'il peut, tous ceux qui sont en quelque considération

dans le Royaume ; ce qui retourne au bien et à l'ynion de l'Estat.

30. Int. Si ie ne suis pas la cause de la mort du Roy d'Angleterre, oncle de sa Maiesté, ayant continué indiscrètement les pratiques que le défunct Cardinal de Richelieu y auoit commencé, pour allumer la guerre en ce Royaume?

Resp. Que i'ay receu la nouuelle de cette mort auec douleur, et que ie n'en dois estre considéré comme la cause, non plus que defunct Monsieur le Cardinal ; d'autant que i'ay trouué sur ses mémoires , qu'il n'auoit suscité cette guerre que pour diuertir le secours qu'il scauoit de bonne part que le Roy d'Angleterre deuoit enuoyer à celuy d'Espagne, lorsque l'armée du Roy voudroit assiéger Dunkerque et les autres villes qu'il ne pouuoit voir en nos mains sans ialousie; mais

que

Monsieur le Cardinal auoit fait estat que le party du Roi d'Angleterre subsisteroit plus longtemps, et que c'estoit son intention de luy prester secours et de le desgager de cette oppression , lorsqu'il auroit eu fait la paix auec l'Espagne; à

quoy

il destinoit le reste de nos troupes , pour empescher les désordres

que

les soldats accoustula guerre causent en vn Estat , quand ils se trouuent oisifs. 31. Int. Si la paix nous ayant

été offerte par d'Espagne et ses confédérez auec des conditions très aduantageuses pour la France, ie n'en ay pas détourné l'effet et plutost souffert la désunion de nos Alliez que d'y vouloir entendre, pour cette seule considération , que ie ne pourrois me maintenir pendant la paix, comme ie fais en temps de guerre ? Si à cette occasion ie n'ay pas rendu Monsieur le Duc de Longueuille malcontent

mez en

le Roy

ayant veu que ie me seruois de l'industrie d'vn Plénipotentiaire qui n'estoit de sa condition, pour empescher l'effet de ce que ce Prince auoit arresté ? Et si je ne sçay pas que l’Archiduc Léopold en a depuis peu rendu tesmoignage au Parlement ?

Resp. Que si l'on considère la paix comme fait le commun du peuple , c'est à dire comme le seul et ynique bien de l'Estat, ie pourrois véritablement encourir quelque sorte de blasme en ce rencontre; mais si esleuant ses pensées, on considère que la guerre et la paix sont indifférentes au bien de l'Estat, pourueu qu'il trouue les moyens de subsister en l'un ou en l'autre aduantageusement, il n'y a personne, pour peu illuminé qu'il soit en l'art de régner, qui ne iuge mon procédé trèsiudicieux, s'il -sçait que défunct Monsieur le Cardinal de Richelieu n'a pas tant déclaré la guerre dans l'espérance de prendre quelques villes sur l'ennemy, qui seroit peu en comparaison de la despense qu'il faut faire pour les conquérir, que pour auoir suiet d’éleuer pendant ce temps l'authorité du Roy au poinct où il l'a mise; ce qu'il n'eust pu faire en temps de paix. C'est pourquoy c'est auec beaucoup plus de raison qu'ayant entrepris d'esleuer de la mesme façon l'authorité de la Régence, i’ay procuré de tous mes efforts la continuation de la guerre; ne faisant rien contre moy ce qu'on obiecte pour me blasmer, que dans cette pratique i'ay aussi bien eu en considération le maintien de mon authorité

que

de celle du Roy et de la Reine; d'autant

que

cherchant à me conseruer, c'est donner moyen à leurs Maiestez de garder cette puissance absolue que nous leur auons donnée sur leurs subiets; pour laquelle maintenir, il est nécessaire qu'elle soit aydée par vn ministre absolu et

nourry dans nos maximes; Ayant fait en sorte que cette dignité est maintenant plus nécessaire à la France en l'estat que les choses sont réduites, que toutes les autres ensemble.

32. Int. Si cette prorogation de la guerre n'a pas esté cause des progrez du Turc en la Chrestienté, les Princes Chrestiens estans empeschez en cette guerre domestique ? Si le Pape et les Vénitiens ne m'en ont pas fait reproche ? Et si ie n'en ay pas tiré récompense du Turc? Resp. Que ie n'ay pas creu que

l'intérest

général de la Chrestienté deust estre preferé au bien particulier de la France, tel que

ie viens de le monstrer en respondant en l'article précédent. Et si en seruant mon Maistre, le Turc s'est persuadé que ie luy rendois seruice pour sa seule considération, il est certain que ie n’ay deu refuser ses présens , puisqu'ils ne m'obligeoient à faire chose quelconque qui ne fust pour le seruice du Roy de France.

33. Int. Pourquoy i'ay enleué nuictamment le Roy hors de Paris et mis la confusion dans toute la France ?

Resp. Que la raison n'en est appuyée que sur ce fondement légitime, de maintenir l'authorité Royalle , que ses subiets vouloient auilir en se seruant de cet aduantage qu'ils tenoient le Roy et ses Ministres en leur puissance.

34. Int. Pourquoy donc, pour trouver prétexte à cet enlèuement, et pratiquer la désvnion entre le Parlement et les Bourgeois, i'ay tasché de calomnier cette Compagnie par la lettre

que ie fis enuoyer à l’Hostel de Ville, et par les libelles que i'ay du depuis semez dans les rues ?

· Lettres et déclaration du Roy sur le suiet de sa sortie de Paris , etc. (2289]. Les libelles sont apparemment les deux billets : A qui aime la

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