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leurs chefs, ie ne leur ay fait hazarder plusieurs battailles en Catalogne et aux Pays-Bas, ezquelles ils deuoient périr, n’estant leur courage et bonne conduite? Si pour faciliter la mesme prise de Courtray, ie n’en fis pas sortir auparauant le siège par vn ordre secret le sieur Paluau, gouuerneur, auec vne partie de la garnison, sous prétexte de donner secours à Monsieur le Prince au siège d’Ypre? Si par le mesme moyen ie n’ay pas liuré Mardic en le dégaruissant de monde? Si, dans le quartier d’Hyuer de 46, ie n’empeschay pas, sous prétexte de la paix qui se traittoit, que les recrues fussent leuées; ce qui fut cause qu’au commencement de la campagne suiuante le Roy n’eut aucune armée considérable au champ , de sorte que l’Archiduc eut moyen de prendre' tel aduantage qu’il voulut? Et si enfin après auoir fait bruit par les Généraux, l’armée estant en campagne, pour fauoriser le siège de Landrecie, ie ne fis point venir deuers moi les sieurs Gassion et de Ranssau [Rantzau] , Généraux, sous prétexte de les accommoder de quelque différent qu’ils auoient ensemble, afin, pendant leur absence, de donner

loisir aux ennemis de former le siège, ainsi qu’ils firent?,

Si depuis ces deux Généraux ayant résolu de secourir cette ville, comme il leur estoit aisé de faire, ie ne les en empeschay pas par ordre que ie leur enuoyay de ne rien hazarder? Si pour faire perdre l’armée du Roy, conduite par Monsieur le Prince deuant Leyrida, ie n’aduertis pas les Ministres d’Espagne de ce siège, de sorte que s’y estans préparés , Monsieur le Prince trouua autant de monde dans la ville pour la deffendre qu’il en auoit conduit pour l’attaquer? Si lors qu’au commencement des campagnes les armées du Roy ont esté victorieuses et se sont trouuées en estat de conquérir desPro

uinces entières, ie ne les ay pas laissé périr par les necessitez que ie leur ay fait souffrir? Et enfin si pour tous ces seruices que i’ay rendus à l’Espagnol, ie n’ay pas receu des pensions de luy et souffert que (l’autres suiets du Roy en reçeussent, ayant esté aduerty qu’il y auoit dans Paris vn agent du Roy d’Espagne, lequel payoit les gages des pensionnaires qu’il auoit en France, sans que ie m’en sois mis en peine et aduerty le Conseil?

Resp. Que la response à tous les chefs de cet article despend de la plus sublime Politique, qui a mesme esté incognue au diuin Machiauel et que peu de personnes pourront comprendre, à moins que de pénétrer bien auant dans le secret de cet art; que néanmoins pour en rendre quelque raison , puisqu’il semble que l’on veuille particulièrement insister sur ce poinct, qui de vérité paroist le plus spécienx de tous ceux qui iusques à présent m’ont esté proposez, ie diray ce qui eust esté très vtile à l’Estat de ne pas diuulguer; que le meilleur moyen que i’aye inuenté pour la conseruation de l’Estat, depuis que i’exerce le ministère, a esté de pratiquer des intelligences auec l’ennemy, par le moyen de quoy en luy laissant aller quelquefois de petits aduantages, afin de paroistre affectionné à son seruice , rien des secrets du Conseil d’Espagne ne m’estoit caché , dont i’ay tiré de très grands profits pour faire réussir les affaires de la France et obtenir les grandes victoires, desquelles elle s’est veue victorieuse, depuis que i’ay entrepris sa conduite, et que ie me suis seruy de ces artifices; dont ayant tousiours trouué quelque prétexte d’excuse vers le Roy d’Espagne pour entretenir cette pratique, et qui ayant esté communiquée à mes ennemis, par vne âme infidelle

que i’employois à cette négociation sans luy en dire le

secret, ils ont pris subiet d’en faire vn chef d’accusation contre moy, quoy que les iudicieux voient fort bien que ces intelligences n’alloient qu’au bien général de la France, qui auoient encores cet effet, outre celuy que ie viens de remarquer, que Ÿattirois par ce moyen de très grandes sommes de deniers des coffres de nos ennemis, dont le Royaume profitoit, et particulièrement ceux employez auprès de moy pour le seruice du Roy, auxquels donnant cette liberté de receuoir ouuertement ces pensions, cette tolérance apportoit ce bien à l’Estat, que par ce moyen ils ne mandoient rien au Conseil d’Espagne, qu’ils ne me l’eussent communiqué auparauant; au lieu que si feusse voulu empescher ce commerce, et que ie n’eusse tesmoigné estre du party aussi bien qu’eux, ils m’eussent si bien caché leurs pratiques que ie n’en eusse eu aucune cognoissance , et qu’au lieu que ie profitois pour la conduite de l’Estat de ce qu’ils mandoient au roy d’Espagne, la France, à cause de ces intelligences, en eust receu un notable domage; puisque ceux qui sont employez dans les grandes affaires, ont remarqué cette maxime, qu’il est impossible , quelque diligence qu’on y puisse apporter, qu’ils n’ayent tousiours quelqu’vn de ceux qui sont auprès d’eux, qui n’ayent des secrettes pratiques auec ceux du party contraire; Et ainsi ne louera-Uon pas mon adresse, non-seulement par mes artifices d’auoir attiré en France les Finances d’Espagne, mais mesme d’auoir espargné les profusions qu’il falloit faire chez les ennemis, pour pratiquer de notre part ces intelligences auec eux, puisque sans m’en mettre en peine , elles m’estoient descouuertes iournellement sous prétexte de fauoriser leur party?

29. Int. Si ie n’ay pas empesché l’effet de l’entre

prise de Naples, qui auoit cousté tant de peine au défunct Cardinal de Richelieu, en retardant le secours destiné pour y enuoyer? Si ie n’ay pas fait surprendre Monsieur de Guise entre les mains de nos ennemis? Et si lorsque ie fus congratuler Madame sa mère du. secours que ie luy préparois, ie n'auois pas receu les nouuelles de sa prise?

Resp. Que c’est le seul poinct où i’ay renuersé à dessein les entreprises de Monsieur le Cardinal de Richelieu; et ce qui m’a excité à le faire, a esté ce que i’ay appris de l’Histoire , que les desseins sur l’Italie n’auoient iamais apporté aucun profit aux François, et qu’il falloit nécessairement que les esprits et la conduite de ceux de ce Royaume cédassent à cette nation subtile et guerrière tout ensemble; au lieu que les habitans de la France doiuent aduouer s’ils veulent recognoistre la vérité, que ce climat ne leur octroye que la dernièrp de ces deux qualitez, et qu’il faut qu’ils obseruent religieusement cette maxime, de n’attaquer iamais ceux de cette nation sans très grande nécessité, puisque ce n’est pas tout d’entreprendre et d’auoir des desseins de conquérir, mais qu’il faut pour estre estimez iustes et raisonnables, qu’ils reçoiuent quelque apparence dans leur exécution ; D’où vient que l’on ne doit trouuer estrange si ie n’ay iugé à propos d’attaquer le Roi d’Espagne du costé qu’il est le plus fort, non plus que si ayant sceu la prise de Monsieur de Guise, ie ne I’ay si tost voulu déclarer à Madame sa mère , d’autant que ie fus bien aise de lui tesmoigner auparauant quelque affection pour sa famille, afin de me maintenir en ses bonnes grâces, vn Ministre deuant auoir cette adresse de se conseruer, s’il peut, tous ceux qui sont en quelque considération

dans le Royaume; ce qui retourne au bien et à l’vnion de l’Estat.

30. Int. Si ie ne suis pas la cause de la mort du Roy d’Angleterre, oncle de sa Maiesté, ayant continué indiscrètement les pratiques que le défunct Cardinal de Richelieu y auoit commencé , pour allumer la guerre en ce Royaume ?

Resp. Que i’ay receu la nouuelle de cette mort auec douleur, et que ie n’en dois estre considéré comme la cause, non plus que défunct Monsieur le Cardinal ; d’autant que i’ay trouué sur ses mémoires, qu’il n’auoit suscité cette guerre que pour diuertir le secours qu’il scauoit de bonne part que le Roy d’Angleterre deuoit enuoyerà celuy d’Espagne, lorsque l’armée du Roy voudroit assiéger Dunkerque et les autres villes qu’il ne pouuoit voir en nos mains sans ialousie; mais que Monsieur le Cardinal auoit fait estat que le party du Roi d’Angleterre subsisteroit plus longtemps, et que c’estoit son intention de luy prester secours et de le desgager de cette oppression , lorsqu’il auroit eu fait la paix auec l’Espagne; à quoy il destinoit le reste de nos troupes , pour empescher les désordres que les soldats accoustumez en la guerre causent en vu Estat, quand ils se trouuent oisifs.

3’! . 1121!. Si la paix nous ayant été offerte par le Roy d’Espagne et ses confédérez auec des conditions très aduantageuses pourla France, ie n’en ay pas détourné l’effet et plutost souffert la désunion de nos Alliez que d’y vouloir entendre, pour cette seule considération , que ie ne pourrois me maintenir pendant la paix, comme ie fais en temps de guerre? Si à cette occasion ie n’ay pas rendu Monsieur le Duc de Longueuille malcontent

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