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ayant veu que ie me seruois de l’industrie d’vn Plénipotentiaire qui n’estoit de sa condition, pour empescher l’effet de ce que ce Prince auoit arresté ? Et si ie ne sçay pas que l’Archiduc Léopold en a depuis peu rendu tesmoignage au Parlement?

Resp. Que si l’on considère la paix comme fait le commun du peuple , .c’est à dire comme le seul et vnique bien de l’Estat, ie pourrois véritablement encourir quelque sorte de blasme en ce rencontre; mais si esleuant ses pensées, on considère que la guerre et la paix. sont indifférentes au bien de l’Estat , pourueu qu’il trouue les moyens de subsister en l’vn ou en l’autre aduantageusement, il n’y a personne, pour peu illuminé qu’il soit en l’art de régner, qui ne iuge mon procédé trèsiudicieux, s’il‘sçait que défunct Monsieur le Cardinal de Richelieu n’a pas tant déclaré la guerre dans l’espérance de prendre quelques villes sur l’ennemy , qui seroit peu en comparaison de la despense qu’il faut faire pour les conquérir, que pour auoir suiet d’éleuer pen.dant ce temps l’authorité du Roy au poinct où il l’a mise; ce qu’il n’eust pu faire en temps de paix. C’est pourquoy c’est auec beaucoup plus de raison qu’ayant entrepris d’esleuer de la mesme façon l’authorité de la Régence , i’ay procuré de tous mes efforts la continuation de la guerre; ne faisant rien contre moy ce qu’on obiecte pour me blasmer, que dans cette pratique i’ay aussi bien.eu en considération le maintien de mon authorité quede celle du Roy et de la Reine; d’autant que cherchant à me conseruer, c’est donner moyen à leurs Maiestez de garder cette puissance absolue que nous leur auons donnée sur leurs subiets; pour laquelle maintenir, il est nécessaire qu’elle soit aydée par vn ministre absolu .et

nourry dans nos maximes‘; Ayant fait en sorte que cette dignité est maintenant plus nécessaire à la France en

l’estat que les choses sont réduites , que toutes les autres ensemble.

32. Int. Si cette prorogation de la guerre n’a pas esté cause des progrez du Turc en la Chrestienté , les Princes Chrestiens estans empeschez en cette guerre domeStique?Si le Pape et les Vénitiens ne mien ont pas fait reproche? Et si ie n’en ay pas tiré récompense du Turc ?

R631). Que ie n’ay pas creu que Yintérest général de la Chrestienté deust estre préferé au bien particulier de la France, tel que ie viens de le monstrer en respondant en l’article précédent. Et si en seruant mon Maistre, le Turc s’est persuadé que ie luy rendois seruice pour sa seule considération , il est certain que ie n’ay deu refuser ses présens , puisqu’ils ne m’obligeoient à faire chose quelconque qui ne fust pour le seruice du Roy de France.

33. Int. Pourquoy i’ay enleué nuictamment le Roy hors de Paris et mis la confusion dans toute la France?

B8.910. Que la raison n’en est appuyée que sur ce fondement légitime, de maintenir l’authorité Royalle, que ses subiets vouloient auilir en se seruant de cet aduantage qu’ils tenoient le Roy et ses Ministres enleur puissance.

34. Int. Pourquoy donc, pour trouuer prétexte à cet enlèuement, et pratiquer la désvnion entre le Parlement et ‘les Bourgeois, i’ay tasché de calomnier cette Compagnie par la lettre que ie fis enuoyer à l’Hostel de Ville, et par les libelles que i’ay du depuis semez dans les rues‘?

‘ Lettres et déclaration du Roy sur le suiet de sa sortie de Paris, etc. [2989]. Les libelles sont apparemment 16s deux billets : A qui aime la

Resp. Que les maximes d’Estat ne veulent pas que l’on descouure tousiours au peuple les véritables motifs

des actions de ceux qui en ont la conduite; et quoy que

l’authorité Royalle soit vn prétexte très équitable, que néanmoins parcequ’en certains rencontres elle choque la liberté des peuples, cela en imprime quelque auersion dans les esprits des moins obéissans, qui ne considèrent point que le Roy ne s’eslèue et n’establit son pouuoir que pour mieux les deffendre contre les ennemis communs. De là vient que i’ay crû à propos de reietter la sortie du Roy sur les entreprises du Parlement contre sa personne, afin que le peuple en conceuant quelque indignation contre eux, il refnsast de prester assistance ; dont cette Compagnie ne me doit sçauoir mauuais gré, puisque tout mon procédé n’a esté que pour le maintien de l’authorité Royalle, auquel elle est obligée aussi bien que moy.

35. Int. Si ie n’ay pas donné conseil à la Reine de ruiner Paris?

‘Resp. Que ce n’a iamais esté mon dessein de faire aucun désordre en la ville, mais bien d’en affoiblir insensiblement les forces, en ostant les Compagnies souueraines et la Cour de sa Maiesté, parce qu’ayant recognu que la grandeur de cette ville seruoit de contre poids à l’authorité du Roy, i’ay creu qu’il alloit de mon Ministère et de mon deuoir de retrancher cet empeschement à la puissance absolue de sa Maiesté.

vérité, Lis et fais, répandus dans Paris par le chevalier de La Valette dans la nuit du 11 février. Il résulterait ainsi de ce passage que j’ai eu tort de placer le Sommaire de la doctrine curieuse dans la Liste chronologique des Mazarinades, sons la date du 8 janvier. J’aurais dû la reporter à peu près vers l’ouverture des conférences de Rue].

36. Int. Si ie ne me suis pas seruy de charmes etautres inuentions diaboliques pour me conseruer la bonne volonté de la‘ Reine, et pour attirer de mon party Messieurs le Duc d’Orléans et le Prince de Condé?

Resp. Que i’ay tousiours eu horreur pour les sortilèges; et néanmoins qu’à mon aduénement au Ministère, vn de mes Confidens me congratula d’auoir employé le sort pour le faict sur lequel ie responds; mais que ie ne l’ay iamais aduoué , et luy ay refusé mesme quelque récompense qu’il croyoit obtenir de moy à cette occas1on.

37. Int. Si toute ma religion n’est pas établie sur la doctrine de Machiauel , ne tesmoignant aucun zèle pour la loy Chrestienne, veu qu’il semble que ie n’approche des Sacremens et fasse cas des mistères de l’Eglise que pour me purger de l’infidélité dont on me pourroit accuser?

Resp. Que ma qualité de Cardinal me laue assez de cette accusation, et que cette dignité me doit rendre très ardent pour la doctrine qu’enseigne l’Église Catholique, Apostolique et Romaine; mais que ce qui trompe ceux qui examinent de si près mes actions , est que i’estime que la déuotion extérieure n’est pas celle qui doiue estre la plus affectée.

38. Int. Si ie n’ay pas exercé la simonie la plus odieuse qui fut iamais, en baillant des millions à ceux qui se sont employez vers le Pape pour obtenir à mon frère, le Cardinal de Sainte Cécile, le chapeau auec lequel il est mort?

Resp. Que cette accusation seroit bonne à proposer à vne personne qui tiendroit vn moindre rang dans l’Église ; mais qu’en estant vn des Princes , i’ay pu me dispenser (quoy que disent les Canonistes du contraire) de toute tache de simonie . ainsi que i’ay appris d’vn très subtil Politique.

39. Int. Si ayant pris le soin de faire diuertir le Roy et sa Cour par les Comédiens que ie luy ay fait venir d’Italie , et les somptueux balets qui ont estez dancez deuant sa Maiesté par mon ordre, ie n’ay pas souffert qu’il y receust de très-mauuaises instructions par les discours scandaleux que tenoient les acteurs, et par leurs actions qui n’estoient le plus souuent que maquerellage de l’vn et de l’autre sexe?

Resp. Qu’il en va autrement de l’instruction des ieunes Princes que des autres enfans, parceque les vns ayant à gouuerner vn Estat et viure auec les meschans aussi bien qu’auec les bons, il est à propos qu’ils cognoissent le mal comme le bien , dont ceux qui ne sont de cette condition peuuent se dispenser dans leur vie particulière.

40. Int. Quelles sont les maximes desquelles ie me suis seruy pour administrer l’Estat?

Resp. Que i’en ay déclaré vne partie en me iustifiant des accusations qui me viennent d’estre obiectées en l’interrogatoire que ie preste; Que pour les autres elles dépendent de la Politique secrette qu’il importe au bien de l’Estat de tenir cachée, parce qu’elle paroist plus insupportable aux peuples qui ne sont versez en cette science, de laquelle mesme pour cette raison ie me suis abstenu de parler en mes Responses, quoy qu’elle eust pu me seruir extresmement pour iustifier mes actions et ma conduite.

44 . Int. Si affectionnant le bien de l’Estat, comme ie dis, ie n’eusse pas mieux fait de retourner en Italie pour

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