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Ce discours me donne frayeur,

Il auroit rendu vaine et nulle Ladispense qui nous vaut Bulle‘; Et sans crainte de se damner,

Ce huguenot m’eust fait ieusner. Il eust réduit les boucheries

A quester dans nos escuries.

On eust rosty iusqu’aux chenaux
Qui seruent à vos grands trauaux.
I’ay leu qu’vn Seigneur D. L. T. 2
Grugeoit des rats en sausse douce.
On eust fait par nécessité

Ce qu’il faisoit par volupté.

On eust fait cuire à des brochettes
Des souris en guise dallouettes;
Et si nos chats eussent rongé

Nos souris sans nostre congé,
Nostre recours sur les chats mièures
Nous les eust fait gruger, en lièures.
Auiourd’huy sans tant de façon
On prend pour farine du son.
Sacs de plastre eussent eu la mine
Destre pris pour sacs de farine.
C’eust esté la prouision

Que nous eust laissé Gassion.

On ne peut sans malice noire
Barbouiller sa noble mémoire;
Mais ie dy, sans le blasonner,
Qu’il ieusnoit et faisoit ieusner.
Au contraire vostre prudence
Nous fut la corne d’abondance.

' Les Parisiens avaient été dispensés de faire maigre par un règlement de Parchevéque en date du 48 février.

’ De La Trousse. N’ai‘ je pas lu cette anecdote dans les lettres de Mme de Sévigné i’

Cornes en abondance au moins

Nous venoient de vos nobles soins,
Cornes d’honneur et de conquestes
Qui tenoient à de grosses testes,

Et ces testes à de gros corps

Qu’on pouuoit nommer bœufs pour lors;
Mais bientost dans mainte bedaine
Ces bestes prenoient forme humaine.
Vous nous sustentiez de bon suc

De ces gros oyseaux de Sainct Luc,
De ces pigeons de riche taille

Et dont Poissi nous rauitaille.

Paris nommoit ses nourissiers

Vous et vos lestes Officiers;

De quoy Corbeil n’estoit point aise;
Ce mot soit dit par parenthèse.

La haute classe des censeurs,

Des raffinez et cognoisseurs

N’a pu que sur le tard cognoistre
Que vous sçauez des coups de maistre.
Vostre bras, quoy qu’esgal, tousiours,
Ne s’est pas mis à tous les iours.

Vos plus généreuses coruées

Au besoin s’estoient réseruées.

Il falloit pour vous mettre aux champs, Voir liguez Iuges et Marchands;

Il falloit voir les barricades

Deuant que voir vos caualcades.
Certes Madame la faueur

N’a point tenté vostre ferueur;

Et vous n’auez pris exercice

Que pour Damoiselle Iustice.

La ville auec ses Escheuins

Vous deust régaler de bons vins.
Baise mains de la Bourgeoisie

Sont deus à vostre courtoisie.

Les trafficants du pié fourché

Vous font des vœux en plein marché.
Sans vous les bouchers sans pratique,
Changeant d’art et non de boutique,
Faute de bœufs et de moutons,
Auroient vendu des rogatons,
Comme vne fort légère viande

Dont la Bourgeoisie est friande.

Mais vostre grosse venaison

Nourrit mieux nostre garnison.

le diray plus : vostre prouesse

A muny de cœur et d’adresse

Tels qui n’en auoient pas beaucoup,
Qui n’auoient iamais veu le loup

Ny la guerre qu’en la Gazette,

Ou de loin par vne eschauguette.
Vous meniez bien ces caualiers
Quoy que montez sur des malliers.
Ils se piquoient tant de brauoure
Qu’ils se délassoient mesme à courre;
Et courant de nuict comme vous,
Sans craindre loups ny loups-garous,
Après vous ils fendoient les crottes,
Sans crainte d’y laisser les bottes,
Comme à Ville Iuif nos Courtaus ‘

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Qui ifestoient pas des plus rustaus.
De peur de laisser dans la neige
Leurs pieds trop légers pour vn siège,
Ils y laissèrent leurs souliers,

Non par paires, mais par milliers.
Cette restiue infanterie

Suit mal vostre cauallerie.

Que de faux braues de Paris
Sur vos pas se sont aguerris!

Le Soleil enuioit la Lune,

Qui les voyoit brusquer fortune,
Faisant de nuict maint coup hardy
Qu’il eust fait beau voir à midy.
Que dans la conqueste des vaches
Ils ont rabatu de moustaches!
Qu’ils ont sanglé de horions

Sur salades et morions!

Ils ne chargeoient point en pagnottes
Les casques et les bourguignottes.
Ils tailladoient à tour dé bras
Les cuirasses et buffles gras,

Les casaquins et les casaques ,

Et des Reistres et des Polaques;
Cognant sur ces rustres minois
Comme corneilles sur des nois.
On ne verra point de recrue

De ces mangeurs de viande crue,
De peur qu’ils ont d’auoir à dos
Des guerriers ey deuant badaus.
Ainsi par vous s’est aguerrie

Qui contre la pluye et Porage
N’auoient porté que leur courage
Et qui la plus part les pieds nuds,
De Iuvisy sont reuenus. n

Le Courrier français [830], 3‘ arrivée.

La fleur de la badauderie.

iamais .ny Maugis d’Aigremont

Ny tous les quatre fils Aymond
N’entraisnèrent portes cochères.
Vous rendiez ces portes légères,
Puisque c’estoient chenaux légers
Qui vous suiuoient par les dangers.
Mais depuis peu cette ieunesse
Court à la flotte de Gonesse;

Dès que le pain fait son reflus,

Ces coureurs ont les pieds perclus.
Pour vous qui galoppez trop viste ,
Qui changez trop souuent de giste,
Ou plustost qui ne gistez point,
Vostre lict est vostre pourpoint.

Si parfois vostre corps sommeille,
Vostre ame a la puce à l’oreille.
Rolland sur son haut destrier
Dormoit le pied dans l’estrier;

Et sa valeur si bien iuchée

Perdoit le soin de la couchée.
Vous non plus que luy las d’aller,
Tousiours les deux iambes en l’air,
Et le corps ferme dans la selle,
Comme en bronze on voit Marc Aurelle,
Mais non comme luy permanant,
Postez du Léuant au Ponant,
Trottez de l’vn à l’autre. Pole;
Mais ces mots sentent l’hyperbole;
Disons vray : par monts et par vaux,
Iour et nuict sur vos grands chenaux
Vous renouuellez la courante

De la eheualerie errante.

Paris qui vous a fait venir,

N’a pu longtemps vous contenir.

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