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Il faut bien vne autre carrière

A vostre agilité guerrière.

On disoit à vostre despart :

Ce braue s’en va quelque part.

Depuis i’ay sceu que c’est au Maine
Que vostre valeur se promène,

Pour y grossir des pelotons

Non plus de bœufs ou de moutons,
Non plus de trouppeau , mais de trouppe,
Rude aux coups autant qu’à la souppe;
Gens au Maine aussi bien choisis

Que nos guerriers en Parisis.

La fureur des Normands fut grande.
Après cela ie vous demande ,
S’il fera bon estre ennemy

Des Manceaux, Normands et demy,
Manceaux plus dangereux aux hommes
Que les Normands le sont aux pommes
Et plus qu’eux diables en procez.

Mais dans le doute du succez

S’ils sont bien chez eux, qu’ils s’y tiennent; Ou s’il est bon qu’ils nous soustiennent, Paris receura volontiers

Vn renfort de leurs coquetiers.

En ce cas donnez leur escorte;

Ie vous en prie et vous exhorte

En l’honneur des conuois passez

Que nous auons bien fricassez.
Seigneur, conuoyez nous encores,

Au lieu de ces grosses pécores,

Vn conuoy de chapons du Mans,

La charge de mille inmens ,

Par paniers bons à barricades ,

En cas d’assauts ou d’ambnscades;

Et couronnez vos bons exploits

Par le plus friand des conuois.
Après, que le grand la Boulaye

N ’ait aux combats bigne ny playe

Et despense moins ses deniers

En chirurgiens qu’en cuisiniers. Quand ie fais rencontre en campagne De ces gros buffles d’Allemagne

De ** ou de ** Pons,

Sur le qui vine, ie respons :

Respect de Saint Germain en Laye,
Vine le braue la Boulaye ,

Par qui grassement ie vescus

Sur la moustache du blocus.

Il passe enfin comme tout passe,

Et vient de fondre auec la glace.
Pourueu qu’il n’y retourne plus,
Dieu le conduise; et ie conclus

Que Dieu vous conduise vous mesme,
Pour renenir après Caresme

Manger chez vos confédérez

Des chapons que vous conuoirez.
Que vostre valeur les conuoye

Ou que vostre ordre les enuoye,
Pourueu qu’ils viennent à bon port,
Nous vous en payerons le port

En santez, payement commode.
Payer en or n’est plus la mode.
Qnils viennent plus tost que plus tard;
Nous changerons leur plume en lard.
Pour eux nous ferons sans lésine
Des feux de ioye à la cuisine;

Et grande chère auec grand feu,
C’est nostre compte et vostre ieu.

Si la feste n’est assez bonne

Pour vous conuier en personne,

Qu’il vienne personnellement

Vingt mille chapons seulement.

Que de chapons dans vne Epistre!
Mais i’en suis sur vn bon chapitre;
Et ie n’ay point des complimens

Si gras que vos chapons du Mans.

le le dis et ne m’en puis taire,

le le redis et réitère,

Que, foy d’Autheur, ie vous respons
De faire honneur à vos chapons.
C’est là mon dernier mot pour rire.
C’est le mieux que vous puisse escrire
Celuy qui fut, est et sera

Votre très humble et cétéra.

Si ie signois Cheualier George,
I’aurois menty non par la gorge,
Mais i’aurois menty par les doits.

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Lettre dZ/{uis à Messievrs d'2) Parlement de Paris, escrite par 7m Prouincial [1s37|‘.

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Messieurs, i’ay à vous demander pardon d’abord si i’ose faire porter à cette lettre le titre d’auis à vostre cour, parcequ’il semble que ie veuille donner de la Iumière au soleil , ou des eaux à l’Océan; néanmoins mon excuse vous paroistra peut-estre légitime, si ie vous dis que les plus grands esprits, pour estre trop attachez aux réflexions qu’ils font sur de hautes affaires, choppent assez souuent en celles qui sont fondamentales, parcequ’ils les négligent comme leur paroissant trop petites. L’on a remarqué le tour que fit vne Milésienne au Philosophe Thalès : elle le voyoit tousiours occupé dans la contemplation des astres, et les yeux fichez sur les cieux, et mesme en marchant par les rues; pour luy faire pressentir qu’il deuoit penser premièrement à ses pieds, elle mit quelque escabelle deuant luy, qui le fit tomber. C’est en vain qu’on coupe les branches de ces mauuaises plantes qui s’attachent aux bonnes; si l’on n’en arrache la racine , le premier printemps leur redonne la naissance, et les fait bien souuent repousser auec plus d’étendue. Il vous en peut arriuer de mesme dans la conioncture des affaires présentes; car si vous ne déracinez les désor

' Il n’y a peut être pas de Mazarinade qui ait fait plus de bruit dans le temps et reçu plus d’éloges. Naudé Ia cite comme un exemple de ce que sont les bonnes pièces dans leurs formes extérieures : Pimpression, le titre, le nombre des feuilles, et dans leurs formes intérieures : la composition et le style. Guy Patin en fait grand cas ; et Mailly ne manque pas de la signaler.

Dès son apparition , une vive polémique {engagea sur plusieurs passages de la Lettre et particulièrement sur celui-ci : « Les roys cessent d’estre roys quand ils abusent de leur authorité. Les suiets sont déliés de leurs sermens quand les roys contreuiennent aux leurs. n On ne compte pas moins de neuf pièces de cette controverse qui sont : Réponse et refutation du discours intitulé : Lettre d’auis, etc. [:3443]; Réplique au sitffisant et Captieux censeur de la Lettre d’anis, etc. [3353] ; Censure de l’ insuffisante et prétendue réponse faire à la refutation de la Lettre d’auis, etc. [669]; Véritable censure de la Lettre d’auis, etc. [3924) ; Donion du droit naturel diuin, etc. [H70]; Ruine du mal nommé au le joudroiement du Donion, etc. [3567]; Retorquement du foudre de Jupinet, etc, [3526]; Iugement et censure des trois liôelles .- la Réplique, le Donion et le Retorquement, etc. [1773] ; Discours chrétien et politijue de la puissance (les rofs, etc. [i103].

dres qui s’attachent maintenant au Ministère, vous y pourrez bien en effet apporter quelque amendement; mais le principe y demeurant, ce sera tousiours à recommencer; et vous vous exposerez au hazard de les reuoir dans peu de temps ‘régner, et peut estre auec beaucoup plus de violence. Prenez donc en bonne part, Messieurs, quelques réflexions que faisoit naguère vne compagnie assez considérable dans la Prouince sur les mal-heurs de nos iours, et qu’elle me pria de vous addresser. Ie l’aurois fait plustôt sans que nous ne receuions à toute heure de la part des Ministres de Saint-Germain que des gazettes et des billets, où l’on disoit que Paris estoit aux abois, que l’ardeur des bourgeois n’estoit qu’vn feu de paille, que la prise du village de Charenton et de Brie auoit mis la consternation si auant dans leurs esprits qu’ils estoient prests de se mutiner contre vous et contre vos chefs, que la diuision s’estoit mesme desia glissée parmy les Généraux; en vn mot, qu’ils estoient sur le point d’aller à Sainct-Germain, la corde au col, pour demander pardon de ne s’estre pas laissé mourir de faim. En effet vne nouuelle qui nous vint en mesme temps de Paris , nous confirmoit en quelque façon tout cela, qui portoit que vous parliez desia d’accomodement, et que mesme vous condescendiez à vne paix, dont les articles estoient fort peu auantageux, pour ne pas dire pis. Mais vostre poste nous a enfin désabusez et asseurez du bon ordre de vostre ville et de la bonne intelligence qui est entre les Bourgeois et vous. Ce qui m’a obligé de despescher la présente et de vous l’enuoyer, afin que si vous venez à quelques termes dhccomodement, vous examiniez quelques causes ‘que ie marque, d’où nous

croyons que prouiennent tous nos maux, et que vous s.

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