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y apportiez le remède que vous iugerez estre nécessaire‘.

La première cause que nous trouuions, est que vous ne faites pas assez de réflexion sur ce que vous estes. Nous ne sommes généreux qu’autant que nous le croyons estre , comme nous ne sommes poltrons que pour auoir trop de défiance de nos forces; c’est pourquoi, dit-on, Dieu ne voulut pas donner aux animaux la conuoissance de ce qu’ils pouuoient ; autrement l’homme n’auroit iamais pu en venir à bout ny les dompter comme il fait. Si vous auiez considéré plustost le rang que vous tenez dans l’Estat, et le suiet de vostre establissement , vous n’auriez pas supporté toutes les indignitez >qu’il vous a fallu misérablement souffrir durant le règne passé et pendant la Régence; et vous vous seriez opposez fortement à tant de concussions qui se sont commises à l’oppression des peuples, dont vous deuez estre les Pères et les Protecteurs.

Car l’on ne peut oster à vostre Parlement, qu’il ne soit le soleil de toute la France et peut estre de toute l’Europe , puisqu’il n’y a guère de Prince qui n’en reuère les Arrests (tesmoins les sentimens de l’Archiduc Léopold qu’il vous a fait déclarer par son courier‘) et qui ne croye pas qu’ils partent de la cour de ces grandsAréopages ou du Sénat Romain en sa splendeur. Comme à vray dire, vous n’estes ni moins Vénérables ni moins Augustes qu’eux; et si vn second Cynéas vous voyoit en corps, il pourroit dire à iuste titre ce que dit l’ancien , en voyant la cour Romaine : que la vostre ne lui sembleroit pas vue assemblée d’hommes, mais vn consistoire de Rois. Sou

‘ Véritable harangue faite à messieurs du parlenzenl par le courrier... de S. .4. l'archiduc Léopold, etc. [3936].

vénalité des charges de Iustire, cause de nos maux .

uenez-vous donc, Messieurs, que vous estes ces Dieux Consentes, sans lesquels les Roys ne peuuent rien faire de iuste ny de conséquence dans le gouuernement de leurs peuples; que vous deuez estre l’azile et les Génies tutélaires de toute la France, la Lumière des bonnes mœurs, et les Maistres de l’équité; que vous estes les premiers mobiles qui faites mouuoir toutes les Prouinces par le contrepoids de vos iugements, et que vous les emportez par rapidité; en vn mot, que vostre Compagnie doit estre composée de tout ce qu’il y a de meilleur et de plus excellent en tout le Royaume , puisque de vous dépend toute la Iustice qui s’y exerce. Aussi n’y a t’il personne qui vous dispute ces qualitez; toutes les Villes et les Prouinces se rendent obéissantes à vos Arrests; et tous vos frères des autres Parlemens ne parlent de . vous qu’auec des respects qui vous sont deus, et par vostre mérite et par le droict d’ainesse et de primogéniture; si bien qu’il vous est très facile maintenant, et ie dis dauantage , vous estes obligez de reprendre vos premières brisées, et de rentrer dans la glorieuse iouissance de tous vos droicts et priuilèges, pourueu que vous soyez aussi généreux et constans à les poursuiure, que les Prouinces sont disposées de vous assister de ce qui vous sera nécessaire.

La seconde chose que nous remarquions pour estre la cause de nos malheurs, est la vénalité de vos charges ; elles ne deuroient estre que des récompenses d’honneur et de mérite, comme elles estoient autrefois; et néanmoins elles sont montées à des sommes si excessiues, que la perte d’vne seule emporte bien souuent auec soy la ruine totale d’vne, et parfois de plusieurs familles. De là vient que pour vous en exempter, vous estes con

traints de les rachepter par la Paulette, et de vérifier tous les Edicts que la tyrannie des Ministres vous enuoye, pour la crainte que vous auez ou de les perdre tout à fait, ou d’en estre du moins interdits; ou bien s’ils n’osent pas tousiours se porter à ces excès de violence et qu’ils vous trouuent dans vne ferme résolution de ne rien passer à l’oppression du peuple, ils taschent de gagner les vns d’entre vous par des pensions , et les autres par de belles espérances, sappans ainsi les fondemens de vostre Authorité , suiuant les erres et les instructions du Cardinal de Richelieu, ingénieux mais détestable artisan de tous les maux que nous souffrons, et dont la tyrannie insupportable, iointe à l’esclauage que quelques-vns des vostres voulurent subir sous ce superbe fauory, donna lieu à empiéter sur vous, et à faire de la France comme d’vne terre de conqueste. Et toutesfois n’en pouuant encore auec tout cela venir à bout , parcequ’il se trouuoit tousiours nombre de braues hommes qui s’opposoient vertement à ses damnables desseins, il donna telle impression d’eux au Roi défunct, de la facilité duquel il abusoit, que i’ay ouy dire à des personnes qui l’approchoient d’assez près, que s’il eust pu , sans faire vne iniustice trop manifeste, et sans renuerser les lois de l’Estat, il eust exterminé iusques au dernier Conseiller du Parlement, pour en faire vn tout nouueau à sa fantaisie. C’estoit le souhait de cet Empereur, ou plustost tyran des Romains , qui désiroit que le Sénat n’eust qu’vne tête pour la faire sauter tout d’vn coup. Vous auez encore esté pis sous l’empire du Sicilien , de qui vous n’auez iamais pu auoir vne belle parole, si ce n’est celle qu’il fit dire à vn des Princes qui le protègent, lorsque vous vous plaignicz de l’enlèuement d’vn de vos

Pratique de nos temps.

Frères, que le Roy pouuoit faire de ses valets ce qu’il vouloit; faisant sans doute allusion à de semblables de Caligula qui appelloit le Sénat Romain , seruos suos t0gatos, dest-à-dire, selon la propriété des mots de ce temps-là, ses esclaues de longue robe.

C’est vne guerre que les Mignons des Princes ont tousiours eue auec des Compagnies semblables à la vostre, sur la pensée qu’ils ont que leur tyrannie ne peut subsister auec des âmes entières et desintéressées; à moins que ce ne soient des Mignons et des Ministres aussi gens de bien que l’estoient Mécénas et Agrippa sous Auguste, qui bien loin de porter leur Maistre à rabaisser l’authorité du Sénat, contribuèrent de tout leur pouuoir à en augmenter le lustre et la splendeur, tesmoin la reueue qu’il en fit, où il cassa tous ceux qui s’y estoient intrus par l’insolence des guerres. Tibère son successeur fut déférant à cette mesme Compagnie pendant qu’il fut maistre de son esprit, lui renuoyant la connoissance de la pluspart des affaires, iusques-là mesmes qu’il protesta de n’accepter l’empire que pour en suiure les conseils, et se ioindre aux Consuls , pour le bien des affaires publiques‘. Mais quand Séian se fut emparé de son esprit, l’on ne vid plus que des proscriptions et des bannissemens dans cet ordre, parceque ce monstre se voyoit enuironné d’autant d’ennemis qu’il y auoit de Sénateurs ; si bien que pour en gagner partie, il se desfaisoit des plus gens de bien, se montrant ouuertement protecteur des Délateurs, et faisant controuuer mille faux crimes et former vne infinité dïaccusations sans fondemens. Alors les moins courageux se rendoient ses esclaues, pour

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ne pas tomber dans le malheur de leurs frères; et luy qui se seruoit adroitement de l’occasion, remplissoit le Sénat de ses créatures , afin que désormais il ne s’y put rien passer à son désaduantage. Ces temps-là estoient véritablement pleins de désordre; mais qu’estoit-ce en comparaison de ceux-cy ? ils n’auoient tout au plus qu’à combattre l’ambition de ceux qui voulant monter aux Magistrats par quelque moyen que ce fust, abandonnoient le party de leurs frères; car les dignitez de Sénateur ne coustoient rien; et l’interdiction estoit plustost vne descharge d’affaires que la perte d’aucun bien qui fust affecté à la charge; mais auiourd’huy vous auez l’ambition à combattre des vns qui vous trahissent sur Pespérance qu’ils ont d’estre esleuez à quelque chose de plus éminent, et la lascheté des autres qui vous abandonnent pour les pensions qu’ils prennent, et pour la crainte qu’ils ont d’vne interdiction ou d’vn bannissement.

Si le mal est donc si grand, pourquoy l’entretient-on? Quelle apparence y a t’il de fomenter vne playe qui consomme tout le corps ? Sommes-nous insensibles iusques au point que de ne voir pas, ou de n’estre pas tonchez des rauages que cause ce désordre? Prenez garde, Messieurs , comme il en est tousiours allé de pis en pis depuis que vos charges ont commencé à se vendre. Auant Louis XI, les Roys ne leuoient rien sur leurs suiets que par le consentement des États, ou qui ne fust du moins authorisé par la cour du Parlement; mais ce Prince qui les mit hors de page, commença de se seruir en ses patentes des termes de certaine science , plain pouuoir et authorité; et pour imprimer de la crainte dans les esprits des Officiers de Iustice qui s’en formalisoient, il proposa

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