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ennemie au bout d’vn pont, pendant qu’on le rompt derrière luy, et tout chargé de coups se iette dans le Tibre et se sauue deuers les siens. Vn autre s’en va au camp de Porscnna et le fait trembler par sa constance. Il n’y a pas iusques aux filles qui disputent auec les hommes à qui fera plus paroistre de générosité. Personne ne veut escouter aucune proposition du Tyran; tout le monde luy résiste; en Vn mot, et luy et ceux qui l’assistent, sont contraints de leuer le siège, voyant qu’il n’ya pas moyen de les désvnir. Vous n’èstes pas, graces à Dieu, en ces extrémitez-là; mais, cependant, appliquez cet exemple à vos affaires; et vous verrez qu’il n’y a guère de différence, sinon qu’vn grand Roy leur faisoit la guerre sous le nom d’vn Tyran, ct pour un Tyran, et que les Tyrans vous la font sous le nom d’vn Roy enfant et innocent. Faites vous vn modèle de constance et de générosité sur ces hommes-là; et apprenez que rien ne vous peut perdre si vous les imitez. Souuenez-vous que quelques émotions et diuisions qui soient arriuez entre le Sénat et le peuple, pendant que cet excelent ordre s’est tenu estroitement vny, rien n’a pu ébranlerYEtat Romain, non pas mesme la sédition des Gracches;mais dans la guerre ciuile entre Sylla et Elarius , les Sénateurs s’estans partagez, l’on vid bien tôt les testes voler, et les proscriptions en règne. César n’auroit iamais entrepris de porter les armes contre sa patrie, sans qu’il estoit asseuré de la fidélité des tribuns, et qu’il y auoit intelligence auec quelques Sénateurs; et ie puis dire que iamais les Ministres n’auroient entrepris ce qu’ils ont fait sans Yintelligence qu’ils ont ménagée auec partie de vostre Compagnie. Malheureux intérests, qui portez les esprits à des aueuglemens si estrangesl Tel les réclame auiourd’l1uy qui en portera la

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Moyens d’accomodemens incompatibles auec le temps où nous 5 ommes.

peine! Et Dieu qui venge les crimes tost ou tard, permettra qu’eux ou leurs enfans subiront le ioug qu’ils

peuuent secouer auec tant (l’auantages. Qu’ils prennent.

garde qu’il ne leur arriue le mesme qu’à ceux des Romains que ie viens de dire, qui sans gouster le fruict qu’ils auoient espéré de leurs trahisons, furent enseuelis misérablement dans les diuisions ciuiles, dont ils estoient la cause. Messieurs, ces exemples vous doiuent faire appréhender, pensez y bien; et sçachez que si iamais vous auez à en parler hautement, c’est à présent, où il y va de vostre authorité, de l’honneur de vostre Compagnie, du salut de vos frères, de la liberté de vos Concitoyens, en vu mot, du repos de toute la France. Ce n’est pas àprésent qu’il faut s’estudier à obliger les Ministres. Si vous l’auez fait par le passé , vous en estes louables , parce que peut estre pressentiez-vous les maux qui sont arriuez; mais c’en est fait, le masque est tombé; et il est besoin auiourd’huy d’vne concorde et d’vne conspiration vnanime pour le bien public et pour la punition des meschans. ' Véritablement il y a lieu de s’estonner qu’il y en ait encore entre vous qui proposent des voyes d’vne paix si des-auantageuse lorsque le peuple est le plus animé, et que vous voyez que toute la Noblesse qui n’a point d’attache d’intérest à la conseruation des Ministres, vous offre son courage et que toutes les Prouinces vous tendent les mains. Pleust à Dieu que tout fust bien pacifié l tous les gens de bien ont à le souhaiter; et il n’y a que les mauuais François qui demandent la continuation des désordres; mais s’il est permis d’argumenter de l’auenir par le passé, que peut-on espérer d’vn accomodement auec ces gens-là, sinon la désolation entière de toute la France? Vous sçauez, Messieurs, quelles paroles on vous

tint à la prise de Monsieur de Broussel. La Reyne vous remercia du bon ordre que vous auiez apporté à pacifier l’émotion des Bourgeois; elle en fit autant à Messieurs de la ville; et en vous rendant vos frères, elle protesta qu’elle tenoit en faueur tous vos procédés, et que bien loin de s’en ressentir, comme le simple vnlgaire s’imaginoit, elle vous en auoit de très-sensibles obligations. Qui est-ce qui eust rien soupçonné de funeste en ces paroleslà, si la suitte ne nous l’auoit appris? Peu de temps après l’on fait déloger le Roy de Paris d’vn grand matin, sans tambours ny trompettes. Incontinent Paris est inuesty de toutes parts de gens de guerre; néanmoins parceque les Ministres trouuèrent qu’ils s’estoient mespris en leur calcul, et qu’ils n’auoient pas assez bien pris le temps (Pexécuter leurs damnables desseins, vous y allastes; et ils entendirent à vos remontrances; et après plusieurs allées et venues ennuyeuses aux gens de bien, ils font enfin condescendre la Reyne à cette belle déclaration ‘ qui deuoit servir de pierre fondamentale au gouuernement. Elle s’y porta, ce sembloit, sans réserue; les Princes y signent; tout le monde s’en réiouit; voila le Roy de retour à Paris auec toute sa cour; toute la ville goûte le calme après l’orage; enfin tout est en paix. Mais combien dure cela? autant qu’il en faut pour bloquer Paris et pour faire amasser des troupes de toutes parts, afin de faire périr en vn moment cette puissante ville. Pour en auoir suiet, on contreuient ouuertement aux principaux poincts (le la Déclaration. Vous voilà aussitôt dans la défiance; et eux font prendre au Roy vne seconde fuite, vne heure

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après minuit, pour reuenir comme ils font les armes a

’ Du 22 octobre 1648.

Le Parlement ne doit point mettre bas les armes.

la main et vous contraindre de leur porter vos testes. Tout le monde est imbu de ce procédé; la foy publique y est violée; les droits diuins et humains sont renuersez; et nonobstant cela vous y enuoyez; la Ville y va; vous faites des remonstrances par escrit; vous faites représenter de bouche; à tout cela la response est qu’il faut périr. Et après cela vous tenterez encor des voyes de douceur ? Pourquoy ? est-ce pour prier les Ministres de vous pardonner? Vous deuez croire que si l’impuissance ne les en empesche, il n’y a point de pardon pour vous. Est-ce pour obuier au pillage de la France et à sa ruine totale ? Au contraire, il n’y a point de guerre qui ne soit plus à souhaiter,que la meilleure paix auec ces gens-là. Dieu sçait quel traittement ils luy feroient après auoir reconnu les bonnes inclinations qu’ont les peuples pour eux. Estce pour faire voir la iustice de vostre procédé, et les mettre entièrement dans le tort ? Comme s’ils n’y estoient pas desia, et que la France ne sceust pas de quelle façon vous vous estes comportez.

Mais l’on me dira qu’il est bien raisonnable que le Parlement fasse le premier pas, que ce seroit réduire la Reyne à des submissions indignes de sa qualité que de lavouloir obliger à vous offrir la paix, et qu’il vaut mieux que vous en ayez l’affront, que non pas elle. Ie voudrois qu’il ne tînt qu’à des submissions de la France qui a les mesmes intérests que vous, que nous n’eussions vne véritable paix; mais comme il nous est permis de douter de la iustice de leurs procédés, ie prétends que vous deuez retenir vos armes, et que la Reyne doit commanderà ses Ministres de mettre bas les leurs, qu’elle doit desboucher Paris et rendre la liberté du commerce, sans parler qu’elle vous liure l’autheur de ces désordres, auant que iamais vous songiez à aucun accomodement. Cette proposition est bien hardie, pour ne pas dire insolente; il est vray, eu égard à nostre esclauage passé, qui ne nous eust pas permis de parler si librement; mais, grâces à Dieu, nous goustons au moins en ce moment la douceur des Saturnales, comme faisoient les esclaues chez les anciens. Romains, qui pouuoient ces iours-là reprocher à leurs Maistres tous leurs défauts sans crainte du supplice. Ie prétends pourtant qu’il n’y a rien de plus iuste; car en quoy ne le seroit-il pas? Tout le pis qu’on peut dire, est que le Parlement auroit eu le dessus, qu’il auroit fallu à la Reyne céder au temps et accorder tout, et que cette leuée de boucliers que ses Ministres ont fait, passe et passera pour ridicule; et après cela quelle conclusion? Le Parlement en abusera-t-il? Voudra-t-il secouer le ioug de l’obéissance? Esteindra-t-il les loix pour la défense desquelles il est armé ? Cela ne peut tomber sous le sens commun de ceux qui sçauent comme quoy Messieurs du Parlement ont agy depuis le mois de 1nay dernier. S’ils eussent eu de mauuais desseins aux Barricades, il leur estoit très aisé de les exécuter; ils pouoient enseuelir sous vne mesme ruine tout ce qu’ils eussent voulu, lorsqu’il y auoit cent mille hommes sous les armes qui ne faisoient qu’attendre leur ordre. L’on peut dire que trois iours durant, ils ont esté maistres absolus de Paris, et qu’ils n’auoient que trop de personnes à exécuter leurs commandemens. C’estoit du temps assez pour prendre leurs auantages; mais cette Auguste Compagnie a les lys trop bien grauez en l’âme, pour en vouloir à la tige. Bien loin mesme de se préualoir de tant de bonne volonté qu’on leur tesmoignoit pour se vanger de leurs ennemis, ils s’en seruent pour pacifier tout, et vsent auec tant

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