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estre fourbe, à moins qu’il n’en vse comme faisoit Cal-À listhène chez Alexandre. Ce grand Philosophe, voyant que son maistre se mesconnoissoit et qu’il se portoit à des excès de violence et de bouche, mal séans à la réutation qu’il acquéroit en ses conquestes, l’aduertissoit de ses défauts auec beaucoup de liberté; ce que le Roy auoit bien de la peine à souffrir; tellement qu’Aristote, craignant qu’il ne luy en prit mal, luy dit vn iour: « Callisthène, ou il ne faut point approcher des Roys, ou il les faut vn peu flatter. n Au contraire, réplique Callisthène, « ou il ne les faut point approcher, ou il faut leur dire la vérité. » Ie pardonnerois à des Courtisans quand ils ne seroient pas si rigoureux; mais il n’est pas supportable de voir des Iuges s’accomoder au temps et feindre de s’opposer à l’iniustice quand ils la xoyoient si manifeste. ?

Ouy, mais le mauuais traittement qu’on a fait à ceux qui ont cette fermeté que ie dis qu’il faut auoir, n’est il pas suffisant d’estonner les mieux intentionnez? Il est vray, Messieurs, que vous pouuez dire ce que disoit autrefois Cicéron en cas pareil : Tenebalnur undique; neque quominùs seruiremus, recusauimus; sed mortem et electionem quasi maiora timebamus, quæ multà fuere minora. En effect, la mort et le bannissement de vos frères estoient pour vous faire appréhender de dire vos sentimens auec liberté; mais vous auez enfin reconnu que les maux qu’ils ont soufferts, estoient bien moindres que ceux qu’on vous a fait souffrir depuis, s’il est vray qu’il n’y a point de tourment plus rigoureux à des hommes de cœur que de viure sans honneur, ou que de mourir lentement par des appréhensions continuelles. C’est vne chose faite; recueillez vos esprits maintenant; et ra

nimez vos courages. Toute la France vous tend les bras; ne la délaissez pas; elle fait ses efforts et fouille le reste de ses veines pour vous assister; vnissez vous estroitement; car l’vnion de vostre Compagnie est plus forte que toutes les armes que l’on vous sçauroit opposer; d’où vient que ce n’estoit pas sans raison que le Sénat Romain s’assembloit le plus souuent au temple de la Concorde, et que Q. Marcius estant censeur, fit mettre en toutes les Cours des statues de cette Déesse, auec des Autels, pour monstrer que le Sénat ne se deuoit iamais partager en opinions.

C’est à quoy toute la France vous coniure; et moy particulièrement, qui finis par ces paroles de Cicéron : Magna vis, magnum nu/nen est vnum et l'aie/n sentientlir Senatüs; c’est, Messieurs, vostre très humble, et très obéyssant seruiteur. '

AU LECTEUR,

Il y a desià longtemps que cette lettre deuoit paroistre; mais quelques considérations en ont empesché. L’autheur a mandé qu’elle seroit suiuie en bref d’vne autre à la ville de Paris, où il doit monstrer l’intérest qu’elle a de se tenir vnie auec la cour du Parlement, et quelques auis sur le fait de la police où l’on manque. On l’attend à la première poste; car il est esloigné de cette Ville.

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La Lettre d"un Sécrétaire de S . Innocent à Ivles Mazarin M8961‘.

(4 mars 1649.)

MONSIEUR, ie ne pense pas que vous trouuiez mauuais que ie n’employe point icy le nom de Monseigneur; ie m’en suis empesché par la rencontre de l’Arrest du huit ianuier dernier, que Nosseigneurs (le Parlement ont donné contre vostre Eminence. C’est pourquoy ie me sers du terme dont nous traittons ceux qui écriuent comme

nous; car aussi bien i’ay appris que vous estes le plus

grand barbouilleur de papier qui soit au monde. Receuez donc, mon cher camarade, la lettre que ie vous escris.

Depuis que vous vous meslez du Gouuernement des affaires de France, i’ay tousiours oüy dire que vostre conduite ne valoit rien ; et i’ay fait ce que i’ay pû pour désabuser les peuples de la créance qu’ils auoient en vostre politique. Ils se flattoient tellement en leur opinion que le cardinal de Richelieu vous auoit choisi pour luy succéder en cette administration, que iusques à ce qu’ils aient veu que vous auez perdu la tramontane et que vostre petite ceruelle se trouuoit au bout de ses finesses, il m’a esté impossible de leur persuader que vous estes le plus ridicule Ministre qui ait iamais esté. Ie vous assure qu’à présent ils le croyent; et quand vous vous estes engagé en cette dignité de fauory, vous n’auez pas sceu que nous auons des exemples dans nos histoires,

' de ceux qui ont possédé les Roys, qui ont fait des fins

‘ C’est une des bonnes pièces, au jugement de Naudé.

fort éloignées de celles qu’ils s’estoient proposées. Il y a eu véritablement de grands hommes; et les Roys qui les ont choisis pour estre soulagez dans le pesant fardeau de leur Royaume, nous font voir que celle de trouuer vn bon Ministre, c’est la peine la plus insuportable. Charles cinquième, surnommé le Sage, comme il estoit Prince de grand sens, n’ayma iamais que des seruiteurs bien sencez ; ainsi il affectionna le Connétable du Guesclin à cause de ses rares vertus. Charles VII, pour le même suiet, admit au Gouuernement de son Estat Iean (l’Orléans, appelé pour ses mérites le bon Comte de Dunois, auquel la France demeure encore redeuable auiourd’huy pour les continuels seruices qu’il a rendus à cette Couronne pendant le cours de sa vie; Louis XI choisit Tristan l’Ermitte; le Roy Francois I aima l’admiral de Bonniuet pour la gentillesse de sa personne; Henri II esleua Montmorency pour son courage; et Charles IX tint le Mareschal de Reez pour sa bonne conduitte. Heny III agrandit d’Espernon pour son esprit; Heuri IV le Duc de Sully pour l’instrument de ses desseins. Louis XIII se trouua obligé, pourle bien de son royaume, de se confier au cardinal de Richelieu. Voilà, Monsieur, vn petit abrégé des fauoris, mais grands hommes, et s’il les faut considérer par les grandes et importantes affaires qu’ils ont adrettement et généreusement démeslées. Vous auoüerez auec moy que vous auez bien manqué en toute vostre conduite; et il vous estoit autant facile de vous maintenir en l’cstat que vous vous estes trouué après la mort du grand Armand, qu’il est aisé à vn fils de famille de se conseruer le repos dans vne grande succession que son père luy auroit laissée.

Du temps de Charles VIII, François, duc de Bretague, se laissa posséder par vn Tailleur nommé Landais, auquel les Grands du païs firent faire le procez. I’ay grand peur que cet exemple ne vous touche; et l’historien qui en escrit, dit qu’il estoit fin Tailleur. On peut dire de vous que vous estes vn fin Lapidaire ou Tailleur de Diamans; et parmy les plus grandes affaires de l’Estat, importantes à faire, I’Abbé Mondin ou Lescot ‘ suruenant, vous les attiriez dans le plus secret de vostre cabinet, et laissiez-là le Courrier et l’Ambassadeur dans vostre ami-chambre se ioüer auec vos singes , pendant que vous visitiez l’escrin de vos diamans. On sçait que l’an passé vous enuoyastes Lescot en Portugal auec des lettres de change pour plus de trois millions de liures, et des lettres de créance pour autant d’argent qu’il en faudroit pour achepter ce qu’il auroit trouué à Lisbonne. Mais ces bassesses ne nous arrestent pas. Il y a tousiours quelque chose en l’homme de foible; et les plus grands personnages ont tousiours eu quelque chose qui les ont fait remarquer pour n’auoir pas toutes les perfections de l’esprit. Vous estes venu en France la première fois en assez menu équipage, si vous vous souuenez qu’au voyage de Naney, n’ayant pu trouuer de giste, vous fustes contraint de coucher dans le carosse du feu lllareschal de Sehomberg; et le lendemain matin, les eochers le voulant mettre en estat de marcher, vous éueillèrent assez rudement. Ie vous dis cecy en passant, afin de vous faire voir que l’on vous connoist. Vostre condition est si releuée dans Rome qu’il me souuient qu’vn honneste homme écriuant de Rome à Paris, à vn sienamy, le querelloit de ce que de Paris il ne luy auoit pas mandé que vostre

' Voir plus bas le Courrier du lump, etc.

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