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a vescu, fussent halenez de ces pestes. Il se présente vn quatriesme obstacle contre les bons desseins de ce Party; c’est la ialousie de plusieurs Officiers, qui ont regret de voir accroistre I’authorité du Parlement et qui se confondent de leur paresse et de leurs lasches conniuences; car quant à ceux qui ont en participation de profit auec les Traitans, ils sont gibier de Tournelle et de Chambre de Iustice; mais il y a de pacifiques Seigneurs, qui verroient toute la ville en feu et ne voudroient pas contribuer vn verre d’eau pour Yassoupir et pour l’esteindre, pourueu qu’ils eussent asseurance de n’en estre point endommagez. Du coin de leur feu, et derrière leurs parauens ils preuoyent des conséquences; ils appréhendent des changemens en l’Estat et en la Religion. Cependant ny eux ny ceux qui les conseillent, n’ont point le vrai zèle de l’Estat ny de la Religion; si ont bien celuy de leurs intérests. Priuatæ res semper offecerunt, dit le grand Historien, officientque publicis consiliis, dit le grand Prophete Tite-Liue. Mais pour traiter dignement ce suiet, il y faudroit employer plusieurs Philippiques. Il reste de toucher vn mot de l’intérest du menu peuple de Paris, lequel se remettant à Messieurs les Princes et Magistrats d’auancer les propositions plus releuées et plus générales , il demande en son particulier la continuation du Commerce et des manufactures pour le soustien de sa vie, et ne souhaite rien tant que le retour de leurs Maiestez auec l’ancienne Cour françoise; car pour ce qui est du Ministre "Estranger, il en a plus (Yhorreur que de la faim et:de laîguerre, ainsi qu’il l’a fait souuent entendre par ses cris et par le zèle de ses sorties , dont l’effet n’a esté retardé que parla prudence des généraux. Ainsi depuis deux mois, quelques secousses «Tafflictions et de tentations qu’on luy aye données , il n’a point fait iour pour se désunir. Et c’est vne manifeste prouidence de Dieu qu’vne si vaste ville si peu disciplinés, se soit si paisiblement conduite et maintenue. N’est-ce pas vne autre merueille que nous deuons adorer le ventre contre terre , que nonobstant la persécution de nos ennemis qui nous enuironnent de toutes parts, il se trouue du pain suffisamment pour nourrir tout ce grand peuple, chargé de plus de cinquante mil mendians. Il paroist bien par ce rayon de miséricorde que Dieu ne nous veut pas encore abolir pour ce coup et que le ieusne forcé conioint auec nos volontaires mortifications, produira bientost vn bon amendement à nos mœurs , et ensuite vne salutaire déliurance. C’est Fespérauce que les gens de bien de ce Party conçoiuent; c’est à quoy ils exhortent de trauailler ceux de l’autre, s’il s’y trouuoit quelque ame consciencieuse et généreuse. Mais est-il donc besoin d’vne vertu extraordinaire et héroïque pour porter vne parole de iustice à l’oreille d’vne Reyne et de deux Princes ? Est-—ce vne médecine si amère et si dégoustante que la proposition d’vn bon conseil? Ne s’est il peu rencontrer aucune créature parmy tant de déuotea, qui aie osé présenter cette potion, que la femme d’vn Apothicaire Espagnol? Quoi? il s’est trouué assez de zèle pour abattre de la chaire vn des plus grands prédicateurs de lÎÉglise par vn concert de femmes et par vne

‘ialousie d’escole; et on redoutera de faire vne pieuse

proposition pour vn bien public? Pieuses ames de l’vn et; de l’autre sexe qui gouuernez cette princesse depuis tant d’années , et qui sauez si bien fleschir ses inclinations à la mesure de vos intérests, n’auriez vous aucun sentiment des misères publiques et de l’honneur de vos

tre Patrie? Abandonnez vous le salut de vostre maistresse? Nbserez-vous pas hazarder vn conseil Éuangélique entre sa confession et sa communion? Elle en fait de si fréquentes. O Confessions! O Communions fréquentes! Que ne vous iustifiez vous par vous mesmes? Et pour quoy donnez-vous tant d’auantages à la Théologie d’Arnault? Sainctes religieuses du Val de Grâce, on ne vous exhorte poinct de prétendre aux Martyres des Saincte .Agnès et Saincte Catherine; faites seulement cet effort sur vous , de supplier la Reyne de pouruoir au Roy son fils d’vne bonne action. Qu’on sécularise le plus solitaire des Chartreux, le plus austère des Capucins pour habiter auec luy dans son Louure et pour l’informer en la crainte de Dieu, qui est le commencement de toute sapience; et que tous perfides Courtisans en soient pour iamais esloignez. Que si vous estes trop timides pour proposer ce conseil, et que les respects humains vous interdisent la parole, nous nous adressons à vous, Sérénissime Infante, qui régnez dans les Cieux par le titre de vostre perséuérante vertu. Isabelle Claire Eugénie ‘, modèle parfait des saintes veuues et des sages Princesses, prenez soin d’Anne Marie Mauricette d’Autriche, vostre Niepce et nostre Reyne; impétrez luy la grâce de nous gouuerner sur le patron de vos bons exemples. Et puis que les Princes auec tant de libéralitez et de bienfaits ne peuuent que rarement trouuer dans leurs Cours des Conseillers fidèles et généreux, enuoyez de l’autre monde quelque intelligence lumineuse qui instruise cette Princesse de son deuoir, et qui la fasse fleschir sous la puis

‘ Fille de Philippe II, roi d’Espagne, et d’Élisabeth de France, gouvernante des Pays-Bas. Elle était alors veuve d’Albert d’Autriche, fils de Maximilien II.

sante main de Dieu. Nous vous remettons librement et respectueusement ce poinct d’honneur et consentons très volontiers qu’elle tienne plustost cette grâce de vostre intercession et de la miséricorde de Dieu, que ny de la compassion de nos misères, ausquelles elle est endurcie , ny des remonstrances du Parlement qu’on luy fait mespriser, ny du secours de nos amis, ny de la résistance de nos armées.

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La France parlant à Monsieur le Duc d’Orléans endormy [143512

Avant la paix de Saint Germain.

GASToN, GASToN , resueille toyl
Entends mes cris; assiste moy
Contre ces trois Tyrans dont ie suis deschirée;
Ces trois Monstres cruels ont ma perte iurée.
Fay pour m’en garentir, de semblables efforts.
Ie dors.

Fils d’vn père si glorieux ,
Qui par des conseils généreux
Me gouuerna, vingt ans, sans compagnon ny maistre!
Dois-ie pas espérer que tu feras paroistre
Des sentimens pareils à ceux qu’il eut pour lors?
Ie dors.

Sois touché des cris douloureux
De tant de peuples malheureux.

' On y a publié une réponse sous ce titre : Le Prince esueillé [:2866], mais avec peu de succès.

Le pillage, le fer, le feu, la faim, la rage, changent tout en déserts. Souffre tu cet outrage? Veux tu point arrester ces barbares efforts?

Ie dors.

Las! mon intérest est le tien.
Nous nous prestons esgal soustien.
Ta grandeur se perdra si l’on me peut destruire.
Désille vn peu tes yeux; soulage mon martyre;
Ou ie vay succomber sous de si grands efforts.
Ie dors.

Vn prince indigne de ce Rang ‘ Veut par le fer et par le sang S’esleuer au sommet où son orgueil aspire. Tout obstacle est fascheux à qui veut vn Empire. Il n’y sçauroit monter sans te mettre dehors. Ie dors.

Ces raisons ne te touchent pas. Quoy! s’il me réduit au trespas, Que deuiendra ton nom, ta grandeur, ta puissance? Il ne t’en restera qu’vne vaine apparence. Tu seras son iouet; que deuiendras tu lors? Ie dors.

Va, France, loin de moy gémir, Luy dit GASToN; ie veux dormir. Ie nasquis en dormant. I’y veux passer ma vie. Iamais de m’esueiller il ne me prit enuie. Toy, ma Femme et ma Fille, y perdez vos efforts Ie dors.

' Le prince de Condé.

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