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De rue en rue, de porte en porte,
Qu’ils auront grand contentement
D’ouyr publier hautement

La production de leur ceruelle.
Bon soir; ie n’a)’ plus de chandelle.
Contentez vous d’vn imprimeur
Qui ne fut iamais grand rimeur,
Qui ne scait règle ni méthode,
Mais fait des vers à sa mode
Que l’on chante sur le Pont Neuf
L’an mil six cent quarante neuf.

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Le voyage des Iustes en Italie et autres lieux B0631‘.

Avant la paix de Saint Germain.

Où diable allez-vous nos Iustes,
Iustes de nom, d’effet iniustes,
De laisser sans secours vn peuple désolé?
Il ne faut pas courir si viste
Pour arriuer à Rome au giste,
Si vous n’auez dessein que d’estre au Iubilé.

Si l’on vous met en phantaisie
Qu’ayant suruescu Phérésie,
Rome en attend de vous la satisfaction ,
Reiettez ces fausses alarmes;
Car n’estant que sang et que larmes,
Pourroit-elle augmenter vostre punition?

‘ On sait que les premiers louis furent frappés en i640 et 164i sous le règne de Louis XIII dont ils prirent le surnom de Iustes.

Qnoy, pas vn de vous ne m’écoute!
Et suiuant tousiours vostre route,

Tout commerce entre nous sera donc interdit!
N’est-ce point qu’estant pièces rondes,
Vous cherchez, ainsi vagabondes ,

Vn lieu où vous sçauez qu’ils sont fort encrédit.

Non, non , vous n’estes point capables
De sentimens si délectables;

Mais gardez-vous aussi d’vn acte indécent (sic),
Et que , desmentant vostre titre,
Au pays où règne la mytre

Les Iustes à la fin ne perdent Plnnocent’.

Adieu; ie n’ay plus d’espérauce De vous reuoir, iamais en France. Voulans vous retenir, soudain vous écoulez. Vous passez les Monts et Marseille; Et ie pense qu’à la pareille , Vous qu’on vient de voler, à présent vous volez.

I’entends desià que l’Italie
Se mocque de nostre folie,
Et fait (Ïestonnement mille signes de croix;
Nommant la France ridicule,
De laisser prendre par vn Iule
Tant de médailles d’or de ses augustes Roys.

D’ailleurs elle se formalise ,
Qu’estant au pays de l’Eglise,
Vous soyez pris au corps par des banquiers actifs;
Et la chose luy semble estrange
Qu’vn Cardinal vous mette au change;
Car c’est liurer le Iuste vne autre fois aux Iuifs.

' Le pape était Innocent X: et les frondeurs accusaient Mazarin d’aspirer au souverain pontificat.

Ie crois pourtant qu’vne partie De vous est seulement partie, Et que Iule à d‘aucuns donne part au gasteau. . Auæi dit-on qu’il se contente D’auoir vingt mille escus de rente Pour le gouuernement qu’a laissé Pontchastean.

Il est vray que la médisance Fait la guerre à son Éminence, Et Paccuse de faire vn énorme péché, Disant qu’il vend les Bénéfices; Mais , malgré les mauuais offices , On sçait que, s’iI les vend, il en fait bon marché.

Toutesfois ses humeurs discrettes,

Le portent à tenir secrètes
Les libéralitez qu’il départ aux humains.

Sa droite à sa gauche les cache;

Et la peur qu’il a qu’0n le sache, Uempesche de les faire en quantité de mains.

Mais courage! si la disette Du Iuste que l’on met en pochette, Retranche nos repas, et nous fait aller nuds, D’autres viennent à leur place, Qui réparent cette disgrace; Car Messieurs de la Cour nous sont tous reuenus.

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‘ Le maréchal de La Meilleraye, grand maître de Partillerie et surintendant des finances.

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Discours sur la députation du, parlement à monsieur le prince de Condé [M47] ‘.

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I’auois eu de la peine à adiouster foy à la nouuelle qu’on m’auoit escrite de Paris , que le Parlement auoit député vers Monsieur le Prince pour lui tesmoigner la ioye que la Compagnie auoit de son retour et l’asseurer en mesme temps de ses soubmissions et de ses respects; mais cette nouuelle m’ayant esté depuis confirmée, i’auoue que i’ay esté saisi d’estonnement et d’indignation tout ensemble d’apprendre que cette Compagnie autresfois si Auguste et si Généreuse se soit abbaissée à vne si prodigieuse lâcheté.

Car sans parler qu’il n’y a point d’exemple dans les Registres que le Parlement de Paris ayt iamais fait en vne pareille occasion des semblables complimens vers des Princes du Sang, qui sont suiets du Roy aussi bien que Nous, qui sont sousmis aux mesmes loix qui nous lient, et n’ont autre aduantage que d’estre les premiers Gentils Hommes clu Royaume, on ne pouuoit point d’ailleurs tirer en exemple la Députation qui auoit esté faite vers

' Ce pamphlet est de Paul Portail, conseiller au parlement de Paris, et de la cabale du coadjuteur. Un avocat auçconseil privé, Bernard de Bautru, fut accusé, non pas de Pavoir écrit, mais de l’avoir fait imprimer. Il

' fut en conséquence successivement traduit devant le Châtelet et devant le

parlement', chambre de la Tournelle. La peine qui était requise contre lui, n’était rien moins que la mort, par la loi de famasis libellis, par Pédit de Mantes, par Pordonnance de Moulins et par Pédit de pacification de Henri III, i577; mais il fut acquitté devant les deux juridictions. Voir le Factum pour M. Bernard de Bautru, etc. [1366]. '

Monsieur le Duc d’Orléans, lequel estant fils de France, Oncle du Roy et Lieutenant général de la Couronne, est infiniment esleué au dessus d’vn Prince du Sang et mérite partant des honneurs singuliers; et le Parlement a fait sans doute vne iniure très-sensible à son Altesse Royale de luy auoir esgalé vn homme qui ne luy parle que le chapeau à la main.

Mais quand ie fais réflexion sur les choses qui [se] sont passées depuis trois mois , quand ie me représente deuant les yeux les Images encore toutes fraisches des cruautez horribles que le Prince a fait exercer, quand ie me ressouuiens des récits funestes qu’on m’a faits des actes d’hostilité qu’il a commandées, de la désolation des Villes et des Villages , du violement des femmes et des filles , de la profanation des Églises, sans respecter le Mystère adorable de nos Autels, quand ie trouue icy depuis tantost huict iours que i’y suis arriué, les marques des traitemens Barbares que le Prince a fait souffrir à tant de personnes innocentes; mais quand ie songe au dessein furieux qu’il auoit entrepris de faire périr par le fer et par le feu cette grande ville, la commune patrie de tous les François, ie ne puis supporter que le Parlement auquel il doit conte de ses actions et de sa vie, le soit allé trouuer pour luy faire, auec vne bassesse indigne, vne espèce de remerciment des maux horribles qu’il a causez. N’estoit ce pas [assez] qu’il fust libre de reuenir à Paris et qu’on perdist le souuenir des mouuemens de haine et (Pauersion qu’on auoit conceu si iustement contre luy? F alloit il encore le receuoir auec pompe dans nos murailles et qu’il y soit entré plus glorieux que s’il y fust entré par la bresche? Car qu’auroit-il fait autre chose dans vne victoire sanglante que de faire nager son

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