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esprouuons. Et c’est pourquoy i. est important de les abaisser et qu’ils croyent qu’il leur est impossible de faire réussir leurs entreprises pernicieuses. Or comme le Parlement de Paris peut seul empescher les factions naissantes, il est de son deuoir principalement dans la minorité du Roy de ne plus souffrir qu’il s’élèue quelqu’vn qui puisse faire vn party dans le Royaume; et il doit employer ses soins d’en ruiner tous les prétextes et les causes mesme les plus esloignées; et par cette raison il est de la prudence du Parlement de tesmoigner courage et fermeté à vn Prince qui a fait voir par cette dernière entreprise que son esprit remuant n’en demeurera pas là et que c’est vn fléau que Dieu nous prépare pour affliger ce Royaume.

Mais la dernière et la plus importante raison pour laquelle le Parlement a eu tort de faire cette Députation, [est] que cet estrange abbaissement qui n’estoit pas d’ailleurs nécessaire, confirme en premier lieu les sentimens des Peuples dans le mauuais bruit qu’on a fait courir que les Députez du Parlement auoient esté corrompus dans les négociations de la Paix et qu’ils ont plié dans vn temps où il y auoit suiecrdespérer quelque soulagement dans les misères publiques, soit par l’acheminement de la Paix générale qui nous estoit offerte, soit par le changement du Ministériat qui estoit vn point [dans] lequel il semble qu’il ne falloit point conclure. Or comme la fin perpétuelle des Ministres a esté de désvnir les Peuples [d’auec] les Parlemens, ils ne manquent pas sans doute de profiter de cette occasion; et comme ils se persuadent auoir suiect d’abbattre leur authorité et de restablir le gouuernement absolu qu’ils ont pratiqué depuis quelques années, ie ne doute pas qu’ils ne reprennent bientost leurs conseils violens et que la bassesse de cœur qu’ils ont recognue par cette Députation, ne leur donne espérance de pouuoir ruyner facilement cette Compagnie qui les auoit retenus iusques icy dans les bornes de quelque modération.

Il n’est pas très difficile de conceuoir ce qu’ils feront, par ce qu’ils ont desià entrepris. On a veu trois iours après la publication de la Paix vn Arrest du Conseil d’En haut éuoquer les appellations comme d’abus et casser vn Arrest du Parlement qui en auoit retenu la cognoissance. On a desià veu les Commissions Souueraines de l’Hostel restablies. On entend tous les iours les plaintes des cruautez horribles que les gens de Guerre commettent dans les pays du Maine et d’Aniou et aux enuirons de Sens pour s’estre déclarez en faueur de Paris et du Parlement, ce qui est manifestement violer la dernière Déclaration‘. Et cependant le Parlement est dans le silence et souffre [auec] vne extresme ingratitude qu’on maltraite ceux qui ont attiré sur eux les maux qu’on leur fait endurer, pour auoir embrassé sa querelle. Il permet que l’on viole à ses yeux les articles d’vne Paix si solennellement iurée ; et il se persuade cependant que la tempeste ne retombera pas dessus luy, comme si les Ministres ne conseruoient pas dans leur cœur vne haine enragée contre vne Compagnie qui est capable d’estre vn obstacle perpétuel à leur dessein et qui les auroit perdus en cette dernière occasion si elle en eust poussé auec vigueur le conseil qu’elle auoit si généreusement proietté. C’est d’ailleurs vn aueuglement prodigieux que de s’imaginer que quand la tyrannie des Ministres sera

‘ Déclaration du roi pour faire cesser les mouuemens et ré/ablir le repos et la tranquilité de son rojaume, etc. [944]. '

establie, qu’ils ne se ressouuiennent plus que le Parlement a eu des Princes Généraux d’Armée qui ont commandé sous ses Ordres; car outre que s’il faut iuger de l’aduenir par le passé, nous auons veu que les Ministres ne sont pas si sages pour oublier leurs ressentimens de vengeance, qu’ils ont desia de la peine de dissimuler (ce qui fait voir en passant la foiblesse de leur esprit et de leur conduite d’estre touchez des passions vulgaires dont celuy qui se mesle du Gouuernement, doit estre exempt selon les règles de la Politique).

Mais quand les Ministres oublieroient le passé, ce que ie ne crois pas, c’est encor vne remarque fondée sur des exemples des histoires anciennes que le gouuernement violent et tyrannique exerce ses premiers efforts sur ceux qui luy sont plus proches et qui ont plus de droict et de pouuoir de luy résister. La raison est que cette sorte de gouuernement ne se peut establir parfaitement tant qu’il reste quelqu’vn qui a droict de résister au progrez du mal , parceque cette puissance illégitime est retardée ou par la pudeur ou par la crainte qu’il ne la destruise par des entreprises trop hardies. C’est donc pour cela qu’elle n’a point de suiet de souffrir qu’il y ait quelque obstacle

.qu’on puisse opposer à ses excez.

Qui peut douter donc après cela qu’en fort peu de temps le Parlement ne soit l’obiet de la persécution des Ministres et qu’ayant destaclié les peuples, s’il leur est possible, de l’amour et de l’vnion parfaite qu’ils ont iusques icy gardée auec cet illustre Corps, qu’ils n’en abattent l’authorité ou par la proscription de tous les gens de bien, ou par quelque création nouuelle, comme on commence desià de nous en menacer. Que si cela arriue, qui ne voit qu’il ne restera plus de rempart pour la liberté publique? qu’il n’y aura plus d’azyle qui soit inuiolable pour conseruer les innocens et les opprimez? que les Prouinces seront de nouueau exposées à l’auidité insatiable des Partisans? En vain on réclamera l’authorité des loix; elles seront trop impuissantes pour secourir les foibles; et l’honneur des femmes, la pudicité des Vierges, nos biens et nos vies seront la proye du Tyran qui s’élèue, et des Complices qui fauorisent ses desseins';

Il ne faut point douter que ces choses n’arriuent si le Parlement est vne fois opprimé. Et quand ie songe à cette lâche Députation, il me semble desià qu’elles sont arriuées. Mais d’autre part, lorsque ie fais réflexion que cette Députation n’a pas esté l’ouurage de tout le Parlement, que le plus grand nombre y a contredit, et que la pluspart des Enqnestes et des deux Chambres des Requestes du Palais ont refusé généreusement de députer, quand ie me ressouuiens que ce n’a tant esté vne Députation du Parlement de Paris qu’vne Cabale formée de quelques particuliers corrompus, timides, esclaues et despendans de la Cour, ie sens mes espérances renaistre; et ie me fortifie dans cette créance qu’il reste encore des gens de bien dans la Compagnie, qui n’ont pas fléchi le genouil deuant Baal, et qu’on n’a pas veu à Sainct Germain aller à l’adoration infâme du Cardinal, que le plus grand nombre ayme le public et ne souffrira point que la liberté soit opprimée. On ne peut pas leur reprocher la Paix qu’ils ont consentie. Elle estoit en quelque façon nécessaire pour le bien de l’Estat et de Paris, et pour ne pas tomber dans la puissance de quelques Généraux qui

ont trahy vne si bonne cause par les intelligences se- .

crettes qu’ils ont tousiours conseruées auec la Cour, par le mauuais vsa e our ne as dire le honteux larcin de 7

nos deniers, et par la lâcheté d’auoir laissé prendre tous nos postes sans résistance.

Qu’on ne reproche donc point au Parlement vne Paix qu’il a creue nécessaire. Il faut que les peuples se confient à la protection de cette Compagnie Illustre qui est disposée plus que iamais de s’opposer auec vigueur aux entreprises des Ministres, qui n’a autre but dans ses conseils que le soulagement des peuples, et qui faisant gloire de mespriser ses propres intérests, ne sera point diuertie d’vne si iuste résolution ny par‘la foiblesse des Chefs, ny par la corruption des pensionnaires, ny par la crainte de perdre leurs Charges et leurs emplois. C’est à quoy le Parlement se trouue engagé par le zèle du bien public, par la nécessité de son institution, par l’exemple de ses prédécesseurs, et par le deuoir de la dignité de la Compagnie qui se trouue si fort engagée. .

Et vous, Prince malheureux, qui estiez naguères l’obiect de nos plus chères affections, et pour qui nous auons fait tant de vœux et tant de prières, et qui estes à présent le suiect de nos haynes les plus mortelles, que nous regardons comme nostre ennemy irréconciliable , et comme le fléau dont Dieu menasse encor ce Royaume, ne tirez point de vanité, sil vous plaist, de cette Députation qui vous flatte. Ce n’est point vne Députation du Parlement, puisqu’elle n’a esté ny délibérée ny arrestée par l’aduis de la Compagnie. C’est vne visite de quelques particuliers, et qui vous est plus iniurieuse qu’elle ne vous est honorable, puisque la plus saine partie du Parlement a résisté auec courage à vn abaissement si honteux. Mais sçachez que vous estes hay de tous les François, que vostre nom est en abomination dans les Prouinces , et que les Parisiens ne vous voyent qu’auec

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