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Prendre le conseil des vieillars;
Écarter ces ieunes raillars

Qui ne sont propres qu’à la danse

Et qui font vn Dieu de leur panse....

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Le Branle-Mazarin dansé au souper de quelques Ivns de ce parti là chez monsieur Renard où monsieur de Beazÿbrt donna le bal [605] ‘.

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Ifaffront en est encore vne fois demeuré aux Perturbateurs du repos public. Ie les nomme ainsi puisqu’au milieu du calme et de la paix ils recueillent par leurs insolences et leurs discours iniurieux vne querelle où ils n’ont eu et n’auront iamais que de la confusion.

Monsieur de Beaufort, ce Démon Tutélaire de Paris, ce Père du peuple, inaccessible aux offres aduantageuses, inesbranlable dans les périls et modéré dans les victoires; ce Prince, dis ie, qui a despouillé d’honneur les brouillons de lEstat, en donnant du pain à Paris, vient de soust4enir l’honneur de Paris en ostant le pain et quelque chose auec à ces brouillons.

Mais ie voudrois bien demander à ces Messieurs là en

' C’est le pamphlet qu’Omer Talon et Mailly citent sous le titre inexact de le Branle des Maznrins, dans la maison de Renard et fait par M. le duc de Beau/art. Il y a sur le même sujet la Relation de ce qui s’est passé aux Tuileries entre M. le duc Beaufort, etc. [3123], la Nappe renuersée chez Renard, etc. [2595], la Soupe frondäe [:3704], le Grand Gersay battu, etc. [i510], [a Déroule des cabalistes au iardin de Renard, etc. [i048], le Combat généreux de Mgr 1e duc de Beaufort, etc. [714].

quoy consiste l’honneur et la vertu, et quels Généraux sont dignes de mespris, ou ceux de Paris, ou ceux de Sainct Germain.

Si nous raisonnons en Chrestiens sur ce fondement que la Charité est la Reyne des vertus , et le niueau sur lequel tournent toutes les bonnes actions , nous trouuerons que les Généraux de Paris en protégeant l’innocent et le foible, en donnant du pain à des millions de personnes , en deffendant les Autels et les Vierges contre l’insolence du soldat, méritent bien plus d’honncu.r et de louange que ceux de l’autre party, qui ont commis toutes les inhumanitez et toutes les barbaries.

Si nous passons des vertus Chrestiennes aux Morales , y auoit il rien de plus lasche parmy les Payens que d'abandonner la Patrie à l’esclauage et à la Tyrannie? y auoit il rien de plus honteux que de préférer son intérest particulier au bien public? et rien de plus infâme que de renoncer à sa conscience et à sa raison pour suiure aueuglément les passions d’autruy?

Mais pour iuger de la cause par les] effects, qu’ont fait ces généraux de Sainct Germain 9 lls ont exposé l’authorité Royale; ils ont conceu vne montagne et n’ont accouché que d’vne souris; ils ont pris Charenton et Brie; ils ont forcé les cabanes des pauures villageois et les Vierges désarmées‘, et ont perdu tant d’honneur, qu’il ne leur en reste que ce que nous leur en auons voulu laisser.

Les Généraux de Paris ont sauué l’authorité Royale, protégé les Autels et la Iustice, soustenu auec de mauuaises troupes tous les efforts d’vne armée Royale , et

‘ On peut voir plus haut la Lettre du père Michel, etc.

nourri Paris contre les espérances de nos ennemys mesmes.

Nonobstant tout cela, il faut que ces Messieurs raillent, et que par vne lasche ingratitude ils mettent en compromis l’honneur de ceux qui leur ont sauué et l’honneur et la vie. Ignorent ils que c’est à la modération de nos Généraux et du Parlement qu’ils doiuent leur salut? et que s’ils eussent eu le moindre désir de vengeance, tout estoit perdu pour eux? Mais il est temps de venir à nostre histoire; et faisons voir comme la bonté a encore vne fois triomphé de l’ingratitude, l’innocence de la calomnie, la modération de l’insolence et Paris de ses ennemys.

Monsieur de Beaufort ayant ouy dire que ces Messieurs faisoient quelques petits discours de raillerie des Frondeurs de Paris, comme ils les appellent, qu’ils les mettoient sur le tapis dans leurs festins, et aiguisoient leurs beaux esprits auec la chaleur du vin à inuenter des termes picquants et railleurs pour contenter en quelque fiaçon le despit qu’ils ont d’auoir chié dans leur bonnet; Monsieur de Beaufort, sans s’esmouuoir beaucoup sur le champ, apprit, quelques iours après, qu’ils deuoient souper splendidement chez Renard ‘. Faisant semblant d’aller au Cours (car la maison de Renard est scituée sur le chemin), Monsieur de Beaufort demande : Qui soupe céans? On lu)r dit qu’il y auoit Monsieur de Candale, Monsieur de Souuray, Monsieur de Gerzé, Monsieur du Frottoir, Monsieur de Saint Maigrin, le Commandeur du Iars , Monsieur Bautru et quelques autres

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‘ La maison de Renard était au bout du jardin des Tuileries, à peu près ù l’endroit où se termine aujourd’hui la terrasse des F euillanls.

qu’on ne pust nommer ‘. Monsieur de Beaufort ayant recognu que sa cabale estoit là , monte fort froidement accompagné de Monsieur le Duc de Retz, de Monsieur de La Motte Houdancourt et de quelques autres Seigneurs de marque '. Entrez qu’ils furent dans la chambre, Monsieur de Beaufort et les autres saluèrent la compagnie du costé qu’estoit assis Monsieur de Candale; et à l’autre on remarqua que quatre ou cinq ne se mirent pas dans leur deuoir. Cela ne fit pas mal au dessein de Monsieur de Beaufort que la ciuilité auroit peut estre destourné.

Il dit d’abord, ‘iettant premièrement les yeux sur ces .

quatre Messieurs qui auoient peur d’engraisser leurs castors, et puis vers Monsieur de Candale et les autres : « Vous auez là quatre grands coquins à vostre table. » Ces paroles prononcées d’vn ton Martial et d’vn air menaçant, ietta la glace dans les entrailles de toute la compagnie, quoyqu’échauffez de la bonne chère et du vin puissant. Chascun tascha de se saisir de son espée; et ce qui fit rire Monsieur de Beaufort, fut Pempressement de du Frottoir qui se saisit d’vne espée , de mesme que s’il {en pouuoit seruir. Monsieur de Beaufort l’enuisageant d’vn souris dédaigneux et mesprisant : « Ma foy, tu aurois meilleure grâce à tenir vn cornet et piper le dé, comme tu fais tous les iours, qu’à te saisir d’vne espée dont ie crois que tu aurois peine à te seruir. » Monsieur de Beaufort à qui la présence d’esprit ne manque iamais, dit àMonsieur de LaMotte Houdancourt : « Monsieur, ie vous prie, ayez soin de mon Cousin

' Hauteur de l'a Soupe fronde? nomme, avec Gersay, Candale, SaintMégrin, Vigneul, Manicamp, du F rétoy et Boutteville.

’ La Motte Houdancourt, Brissac, Fontrailles et Fiesque (la Soupe frauder). ‘

(destoit le Duc de Candale). Ie suis marry qu’il s’est rencontré en si mauuaise Compagnie. Ce n’est pas à luy que nous en voulons. » Cela dit, il prit le coing de la nappe qu’il ne renuersa qu’à demy, soit qu’elle fust trop bien couuerte, ou que le Prince se ‘contenta de témoigner médiocrement son mespris selon sa modération ordinaire. Pour moy, ie veux croire qu’ils doiuent beaucoup (l’obligation à la présence de Monsieur de Candale. D’autres disent que Monsieur de Beaufort les railla assez plaisamment et qu’il dit à Monsieur de Candale et aux autres du party ciuil : « Messieurs, ie m’estonne que vous n’ayez pas icy les vingt-quatre violons. Vostre chère n’est pas complète; mais en voilà quatre ou cinq qui les valent bien. » Ie crois que ces Messieurs se fussent souhaité bien loin de là et qu’ils eussent voulu n’auoir jamais raillé les Frondeurs. '

Monsieur de Beaufort se contenta de leur auoir fait l’affront et leur dit en se retirant : « Messieurs, vous apprendrez vne autre fois à mieux parler. » Cela leur fit perdre l’appétit. Toutes les viandes leur semblèrent mal assaisonnées; et ils deschargèrent toute leur mauuaise humeur sur le cuisinier, à qui ils auoient donné des louanges au premier seruice. Il y en eut vn de la Compagnie qui dit qu’il n’y auoit pas de quoy rire et que ce n’estoit pas vn temps de s’ammuser à manger, que le procédé de Monsieur de Beaufort ne leur promettoit rien de bon, que le peuple qui estudie ses sentimens et qui espouse si ardemment ses intérests , pourroit changer la farce dans vne tragédie, si cela venoit à leurs oreilles et que Renard y pourroit bien perdre sa vaisselle d’argent et eux leurs oreilles. On approuua ce conseil; et ces Messieurs, sans plus tarder, se retirèrent doucement chez

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