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leur fidélité et qlUvne autre fois il ne se laisseroit pas enleuer pour leur faire la guerre. Le Cardinal lllazarini auoit l’honneur d’estre dans le carrosse de Sa Maiesté auec toute la maison Royalle, à l’exception de Monsieur le Prince de Conty qui se trouua le mesme iour indisposé.

Cette ioye si publique qui a continué plusieurs iours et plusieurs nuicts dans Paris, fait assez cognoistre l’imprudence de ce Ministre de s’estre si longtemps opposé au retour du Roy qui eust rétabli la confiance et empesché les désordres qui sont suruenus dans les Prouinces pendant son absence ; mais il est difficile de vaincre la peur naturelle qui le saisit aux occasions les plus importantes. La bonté que la Royne a pour luy, la protection que Son Altesse Royalle lui promit en ce rencontre, la valeur de .Monsieur le Prince qui estoit à ses costés, ne peurent l’assurer. Il fallut encore négocier quelques iours auparauant auec les Bateliers et achepter d’euxla' paix. Encores ne fut-il pas satisfait de la promesse qu’ils firent d’oublier tout le passé pourueu qu’il voulust mieux viure à l’auenir. Il luy fallut des ostages et en nombre considérable qui luy furent présentez au Bourget. Ce ne fut pas encores assez. Il leur fit renouueller leur parolle en présence de Leurs MaiesteLVéritablement après vne déclaration si fauorable, son cœur se desserra. Il ‘ne put contenir sa ioye; il les embrassa avec tendresse, leur frappa dans la main; et pour gagner leur confiance et les préparer à la persuasion, il leur fit vne ample distribution de Louys d’or; puis les entretint d’affaires d’Estat, leur parla de ses négociations et les voulut faire iuges de sa conduite passée. Leur facilité à receuoir ses présents et le peu de contradiction qu’ils apportèrent à ses puissantes considérations politiques, appuyées d’vn raisonnement

esleué et confirmées par l’authorité de Machiauel, cité très à propos à ces dignes auditeurs , luy fit espérer qu’il pourroit auec le temps les gagner et les mettre de son costé. Pour s’insinuer dauantage dans leurs esprits, il leur fit cognoistre auec beaucoup d’adresse de quelle considération ils estoient à l’Estat pour l’vnion et les forces d’vn corps si considérable. Il s’enquist ensuite s’ils n’auoient point quelques intérests particuliers; et apprenant de leur bouche leur grande contestation auec les Tonneliers, il déclara aussitôt qu’il s’en rendoit iuge, auec obligation de condamner ces derniers comme les plus foibles et les moins à craindre. Enfin il se sépara d’eux auec beaucoup de ciuilité, les reconduisit iusques hors de sa chambre, disant tout haut qu’ils estoient députez d’vn corps auquel cet honneur estoit deu.

Le 20 du mois, le Cardinal Mazarini mena le Roy à Challiot pour auoir le diuertissement du ieu de l’oye que les Bateliers luy donnèrent sur la riuière‘. Sa Maiesté estoit sur les terrasses du dernier iardin qui regarde sur l’eau, et se faisoit admirer d’vn. nombre infiny de peuples qui ne pouuoient se lasser de la contempler. Mais ils furent scandalisez et eurent peine de souffrir le Cardinal Mazarini proche de sa personne, appuyé sur le mesme balustre, faisant le beau, radoucissant son visage de rose, parlant couuert à son maistre, badinant auec luy, luy prenant ses mains Royalles et lesmeslant auec les siennes, villaines, impures et complices de ses ordures.

Le corps des Tonneliers ayant sçeu la Déclaration que cet arbitre équitable auoit faite en faueur des Bateliers, et les plus entreprenans, a fait vnion auec les Crocheteurs et les Portechaires. Ils firent leur reueue et se sont trouués plus de douze mille, tous capables de iouer du pic et du crocq; ce qu’ils ont fait sçauoir an Cardinal Mazarini auparauant qu’il iugeast leur différent auec les Battelliers. L’on ne doute plus qu’il ne se déclare pour les premiers qui sont les plus forts , si ce n‘est qu’à son ordinaire il veille négotier et se rendre médiateur entre des personnes si considérables à l’Estat. Le sieur Saine. tot‘, ambassadeur du Cardinal Mazarini au Royaume des Halles, y a été enuoyé pour faire vne alliance offensiue et deffensiue entre ces peuples et son Éminence. Il n’y a pas trouué la facilité qu’il s’estoit promise, n’ayant pu obtenir d’eux qu’vne trefue pendant quelques mois; et

par cette seule considération qu’ils estoient les plus forts

' On a publié sur cette fête Poireau de riuière ou le Tournoi nana], etc. [2587], et P0.7e rafale tirée deuant leurs Maiestez, etc. [2586].

, ‘ . . , . , encore ça este a condition qu on osteroit les taxes qu on auoit mises sur les boutiques de leur Cité.

Dmmsterdnm, ce i" septembre 1649.

Il est icy arriué, cette semaine, plusieurs vaisseaux des Indes. Entre les autres richesses dont le bon voilier estoit chargé, il a apporté vne douzaine de singes les plus beaux et les plus rares qu’on aye encore veus en ces quartiers. La Cardinal Mazarin les a fait venir pour les mettre en sa garderobe et ses antichambres, afin de diuertir ceux qui luy font la cour et iuger par la ciuilité et

' Nicolas de Sainctot, maître des cérémonies. « Il (le cardinal de Retz) a conférence.... tantost auec le mareschal de PHopital et Sainctot, etc. n

La Véritable fronde des Parisiens, etc. [3934]. On peut consulter (Tailleurs l’article de la Censure ou Reflttation du libelle intitulé .- Soupirs français sur

la paix italienne [674] et celui du Canfiteor du Chancelier, etc. [751], dans la Bibliographie des Mazarinades.

le bon traitement qu’ils feront à ces animaux, fauoris de Son Eminence, de l’affection qu’ils ont pour son

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T riolets de ioie chantés par Paris pour chasser la mélancolie Lasso].

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Il paroist enfin mon Soleil,
Ce beau Louis qui me contente!
Ah! que son visage est vermeil l
Il paroist enfin mon Soleil.

Ah! que ie le vois de bon œil
Après vne si longue attente!

Il paroist enfin mon Soleil, t
Ce beau Louis qui me contente!

A l’aspect d’vn astre si beau
Qui tout charme et que tout adore ,
Mes soins s’en vont dans le tombeau ,
A l’aspect d’vn astre si beau;
Et saisi d’vn plaisir nouueau,
Ie bénis sa diuine aurore ,
A l’aspect d’vn astre si beau
Qui tout charme et que tout adore.

Chantez partout : Viue le Fils!
Chantez partout : Viue la Mère!
Peu les ui viuez dans Paris

P ‘I 1
Chantez partout : Viue le Fils!
u’on n’entende lus d’autres cris.
P .
On ne verra lus de misère.
P

Chantez partout : Viue le Fils!
Chantez partout : Viue la Mère!

Qu’on s’aille diuertir au Cours;

Il vaut bien mieux qu’on se promène.

Pour entretenir les amours,
Qu’on s’aille diuertir au Cours.
Qu’on passe doucement les iours,
S’il se peut toute la semaine.
Qu’on s’aille diuertir au Cours;

Il vaut bien mieux qu’on se promène.

Que chascun cherche du plaisir.
Au Luxembourg, aux Tuileries;
Autant qu’on aura du loisir,

Que chascun cherche du plaisir.
Galans, selon vostre désir,
Débitez vos galanteries. ‘

Que chascun cherche du plaisir
Au Luxembourg, aux Tuileries.

Courage , réiouissez-vous , Il en est temps, belles Coquettes. Les voilà de retour, vos fous! Courage , réiouissez-irous. Vous les verrez à vos genoux, Chargez de poudre et de fleurettes. Courage , réiouissez-vous, Il en est temps, belles Coquettes.

Puisque mon cher prince est ici, Adieu, chagrin; adieu, tristesse. Ie ne veux plus estre en souci, Puisque mon cher prince est ici. Mes maux sont finis , Dieu merci ! Et ie reprends mon allégresse.

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