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Parïtout ce que dire ie n’oze ,
Ni dans les vers ni dans la prose ,
Surtout par la feste des rois,

Par vn blocus depuis deux mois,
Par la cherté de la farine,

Par la crainte de la famine ,

Par la perte de nos traffics,

Par la réforme des tarifs,

Par la discorde des deux frères‘,
Enfin par toutes nos misères
Dont nous gardons le souuenir,
Allez sans iamais reuenir.

Raisons d’estat contre le ministère estranger [2962]!

(H janvier 1649.)

Vous me demandez ce qu’on pensoit de mon temps de la confiance que la Reine Mère, Marie de Médicis, auoit establie au Maréchal d’Ancre. Moy qui, sans m’intéresser beaucoup à ce qu’on faisoit à la Cour, i’ai tousiours trauaillé et pris soin pour m’iustruire de ce qu’on y deuoit faire , ie vous aduoue que ie suis beaucoup empesché de quelle façon ie vous dois obéir. Mon aage ny mes occupations ne me permettent pas de composer vn volume sur cette matière; et pourtant ie sçay bien qu’il y a suffisamment pour en faire vn ; de sorte que ie vous satisferay sans doute imparfaitement. Cependant il ne faut pas consulter de faire ce que vous m’ordonnez; et tout ce que ie puis dire, est de vous escrire en abrégé les sentimens de nostre vieille Cour et d’y ioindre vn extrait des temps et des Histoires pour vous monstrer que les Estrangers ne doiuent point estre admis au maniement des affaires publiques.

‘ Le prince de Condé et le prince de Conty. 2 C’est une des bonnes pièces, suivant Naudé. Elle se continue en quelque sorte dans lüinatizème et [ezcommunication d’un ministre dŒstat

estranger qui suit.

C’est vne maxime politique receue de tout temps, que les Estrangers introduisent les mœurs et les vices de leurs pays dans celuy qu’ils viennent habiter, qu’ils y corrompeut toutes choses, et que de cette corruption naissent les vices, qui donnèrent autrefois suiet au prophète Ézechiel de s’écrier contre Hiérusalem : « Ta souche et ta geizëration est de la terre de Chanaan; ton père est Amorrlzécn, et ta mère Cet/Lacune. n C’est pourquoy le Sage défend absolument d’admettre les Estrangers aux honneurs qui sont deus aux véritables Citoyens. « Ne transfère point aux Estrangers les honneurs qui te sont deubs, et ne commets point tes L'ours à P/wmme cruel, de crainte que les Estrangers ne se fortifient de tes forces, ct que les fruits de tes trauaun: ne passent dans vne main estrangère. n

Ce mesme fondement a seruy au Philosophe dans sa Politique pour luy faire dire hardiment que le moyen de destruire vn Estat est d’y appeler des Estrangers. Ce qu’il fortifie par vne longue suite d’exemples, faisant voir que tous les Estats qui les ont receus, ont été renuersez par eux ou par les diuisions ausquelles ils ont donné naissance, parceque tout ce qui n’est pas de mesme nature que le reste, est vn principe de diuision , et toute diuision emporte auec soy la ruine de la chose diuisée. C’est pourquoy en toutes les Républiques bien policées,

les Estrangers n’ont point esté admis. Vous ne sçauriez douter de celle des Hébreux, puisque ie vous ai désia fait voir l’auersion qu’ils y auoient, et le conseil de leurs Sages sur cela. Ou s’il reste encore quelques scrupules, escoutez la défense qui en fut faite au peuple, lorsque Dieu luy promit vn Roy : Tu ne pourras, dit le Seigneur, élire vn Roy d’vne nation estranglre; mais tu le c/zozlriras parmy‘ tes frères.

Les Parthes ont tousiours eu de l’auersion pour les Estrangers; et les Athéniens n’ont pas mesme voulu leur donner l’entrée de leur ville. Et à cette loy de Solon, Périclès adiousta que ceux-là seulement fussent faits Citoyens d’Athènes, qui seroient nez de père et de mère Athéniens. De sorte que Negoras eut de la peine, après beaucoup de bienfaits et de seruices rendus à la République, d’y être admis au rang des Citoyens. Après quoy il enchérit sur les autres et fit vne loy par laquelle les Bastards estoient priuez des droits de la Bourgeoisie. Voyez iusqu’où alloit la délicatesse des Anciens quand il falloit estre estimé Citoyen de leur République.

Les Lacédémoniens et les Thébains, par ordre de Lycurgue, donnèrent l’exclusion des charges de leur République aux Estrangers. Les Spartes obseruèrent si exactement cette loy qu’ils furent appelez Dzrinazènes, c’est-à-dire, comme vous sçauez, In/wspitalzers. Et si quelques Citoyens sortant de Sparte séiournoient chez les Estrangers, ils estoient punis de mort, pour ce qu’ils s’estoient exposez et mis en danger de s’infecter de leurs vices et de les rapporter parmy leurs Concitoyens.

Les Égyptiens ne vouloient point auoir de commerce auec eux. Et les Romains enfin les considéroient tousiours comme indignes de porter les marques de leurs Ci

toyens. C’est pour cela qu’vne de leurs anciennes loix leur défendoit de monter sur la muraille de la ville. C’est pour cela que Marcellus, Consul, ne put souffrir qu’vn Estranger, à qui Iules César auoit donné le droit de Bourgeoisie, fust esleu à la charge de Décurion, et qu’il le fit prendre et fouetterdans la place publique, afin de luy oster l’impression qu’il auoit eue qu’on le deust traiter comme Citoyen Romain. Et c’est pour cette mesme raison que Claudius César défendit aux Estrangers, sur peine de mort, de prendre des noms de familles romaines, de peur qu’ils ne confondissent entr’eux ce qui n’estoit deub qu’aux Citoyens de Rome. Vous auez leu comme moy les plaintes qu’on faisoit contre Iules César : César, disoit-on, triomphe des Gaulois et les amène captifs en cette ville; et les mesmes Gaulois quittent dans le Sénat leurs robbes courtes et en prennent de longues , au rapport de Tacite, liure IV de ses Annales.

L’Empire d’Alemagne s’estant composé des débris du Romain, en a gardé beaucoup de loix fondamentales, entre lesquelles est celle-cy : que la dignité de l’Empire ne puisse estre transférée à celuy qui n’est pas originaire Alemand. Ce qui fit que Charles Quint, lorsqu’il fit le serment que les Empereurs sont obligez de faire, iura qu’il n’admettroit point aux affaires publiques les Estrangers, mais seulement des personnes choisies dans la Noblesse d’Alemagne.

La République de Venize ne souffre point les Estrangers dans son Estat. Les Suisses n’admettent dans les charges que leurs Compatriotes. Et les Princes des Pays Bas trouuent entre les loix, sur l’obseruation desquelles ils sont obligez de iurer, quand ils entrent dans le Gouuernement, celle de ne donner aucune charge publique aux Estrangers.

Que vous diray-ie des anciens pays de l’Europe? Les coustumes en sont diuerses. Mais partout l’inclination a esté de tout temps égale. Iamais les suiets naturels n’ont pu souffrir la domination estraugère. Les Polonois qui, par le droit d’Élection, prennent des Rois où bon leur semble, ne purent souffrir que Casimir donnast les charges de Magistratures à des Alemands. Ils chassèrent pour cela Boleslas le Chauue et le vieil Mizelas du Royaume.

Les Escossois aimèrent mieux donner leur foy et rendre obéissance à vne femme Angloise qu’à François le Dauphin. Et les Anglois, voyant qu’ils ne pouuoient empescher que Marie, leur reine, espousast Philippe de Castille, fils de Charles Quint, dont elle achepta la possession avec vne somme immense d’argent, entre les conditions moyennant lesquelles ils consentoient au mariage, celle-là fut la première : qu’aucun Estranger n’auroit la Magistrature ny ne seroit receu aux honneurs publics. Et bien qu’il yeust vne parfaite vnion alors entr’eux et les Espagnols, la ialousie pourtant qu’ils en conceurent , lorsqu’ils appréhendoient de leur voir tomber le Ministère entre les mains , fut si grande qu’ils commencèrent leur capitulation par-là, comme l’endroit qui leur estoit le plus sensible.

Les François, qui ont tousiours voulu viure selon leur ancienne liberté, n’ont iamais pu souffrir le Ministère des Estrangers, non-seulement pour l’appréhension qu’ils ont de se voir deuancez par eux dans les charges et dans les honneurs dont ils sont très ialoux, mais pource qu’il leur a presque esté impossible de s’accoustumer à la légereté des Anglois, à la pesanteur des Alemands, au faste des Espagnols, et à la longueur des Italiens tant à bien résoudre qu’à bien faire. Les nouuelles façons d’agir qu’on a voulu introduire parmy eux, et surtout dans les

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