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le rang que ce même mérite leur assure dans une compagnie qui les estime et qui leur tend les . bras. Il s’avance même auprès de M. Mignard jusqu’à lui faire offre de se démettre en sa faveur de la place de recteur qu’il possède, et de ne se - réserver que celle de chancelier. Comment résister à un discours aussi flatteur et aussi pressant? A moins de renoncer à toute honnêteté et à tout sentiment, la chose ne paraît pas possible. Aussi -ploya—t—on sous la première impression de cet acte de générosité. L’on reçut la proposition avec les plus amples démonstrations de reconnais— sance; l’on promit positivement de se joindre à l'Académie, et l’on témoigna que l’on s’estimoit heureux de pouvoir contribuer en quelque chose à un si noble et si louable dessein.

Mais par les effets inconcevables d’un esprit de vertige et de fureur dont il y a peu d'exemples, ces trois hommes, ou plutôt les deux premiers, ne s’eurent pas sitôt rejoints qu’ils nièreut ce vertuent engagement qu’ils avaient pris. Sait que, prévenus avec autant d‘excès qu’ils l’étaient de leur propre mérite , ils ne vaulussent pas s’expo— ser à aucun compromis ou parallèle avec celui de M. Le Brun, soit que la basse et aigre jalousie qu’ils portaient à ce grand homme leur eût, par réflexion, rendu. odieux jusqu’à sa générosité et ses bons procédés, ils rompirent avec lui d’une

manière aussi sèche et aussi messéante qu’il avoit mis d’aménité et de politesse dans la recherche dont ilavoit bien voulu les honorer. Ce fut en lui signifiant leur variation par un petit billet, écrit en nom collectif, qu’ils laissèrent à sa_porte , ayant, pour y passer, choisi un moment où ils étoient bien sûrs de ne le trouver pas. L’Académie conserve ce billet parmi les papiers du secrétariat, comme un monument de la bizarre et sauvage façon d’agir de ces deux hommes importants. L’on croit devoir le rapporter ici tel qu’il est conçu mot pour mot : '

Monsieur,

Nous nous sommes informés de votre Académie exactement. On nous a dit que nous ne pourrions pas en être sans y tenir et exercer quelques charges, ce que nous ne pouvons pas faire, n’ayant ni le temps ni la commodité de nous en acquitter, pour’êtrc éloignés et occupés comme nous le serons au Val—de—Grâce. Nous étions venus vous remercier de l’honneur que vous avez fait à vos très humbles serviteurs. Ce 42 février 1663. Signé Mignard et du Fresnoy.

Ce refus incivil et choquant des deux auteurs de ce billet eût peu affecté M. Le Brun, s’il eût pu le regarder comme une affaire qui lui fût purement personnelle; mais il ne lui était pas permis de se montrer insensible à ce que ce procédé eut pour l’Académie de méprisant et d’inju— rieux. Indépendamment de la délicatesse si connue de ses sentiments sur l’honneur et la dignité de cette compagnie , il était désormais chargé par état d’en défendre les droits et la gloire. Tou— jours fidèle à ses obligations, il forma aussitôt le dessein de réprimer dans son principe l’esprit d‘indépendance et de scission qui éclatoit dans ce déraisonnable manquement; cet esprit ne pouvait avoir d’autre point d‘appui ici, absUacfion faite d'un grand fond de vanité et d’intrigue, que la qualité de brevetaire du roi, dont jouissaient ces deux maîtres, ainsi qu’un assez grand nombre d’autres. Il y avait longtemps que la tête des académiciens murmurait de ce qu‘on laissät ainsi cette classe de gens d’art flottant entre l’Académie et la maîtrise , absolument inutile, et de plan formé, à la première, et souvent très nuisible au .bien général, par l’assistance qu’au moindre dé— mêlé elle manquoit rarement de prêter à l’autre. En résumant toutes les raisons déduites en divers temps pour faire cesser cette irrégularité, M. Le Brun, de concert avec le secrétaire, trouva que. bien employées, elles devaient opérer invincible— ment la réunion de tous les brevetaires au corps académique, et que la juste punition d’une fras— vque particulière produiroit,_par ce moyen, un très bon arrangement général.

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Plein de cette idée, il engagea le secrétaire _ .

d’en faire le sujet d’une requête au roi. Cette requête exposOit: « Que le but de S. M. en irr» stituant le corps académique Àavoit été d’y » réunir tous les habiles maîtres de l’art, afin de » mieux exciter l’émulation et assurer la bonne » instruction. Qu’encore qu’à la vue des grâces )) utiles et honorables, logement, pensions, aï— » noblissement, que S. M. a depuis peu répart— » dues sur ce corps, chacun avoit pu connoître » l’estime qu’elle en faisoit et combien elle l’ho» noroit de son approbation et ”de sa faveur » royales; néanmoins diverses personnes d‘un-» mérite à pouvoir y être reçues s’en tenoieut » séparées , ou pour s’exempter du soin des exer» cices publics, ou par quelque autre considéra— . » tion d’intérêt particulier, au grand préjudice » de l’école, etc. » Sur quoi, l’on requéroit la réunion mentionnée et ce qui s’en suit.

L’affaire portée devant M. Colbert ne fit pas la moindre difficulté. Persuadé, avec raison , que la splendeur de l’Académie étoit la base de tout ce qu’il pourroit entreprendre en faveur des beaux—arts de plus grand et de plus élevé, il suivoit cet objet en homme d’état, et fit bien voir

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en cette occasion combien lui était cher tout ce ‘lui P°“V0it Y aVOÏI‘ rapport. Sur le compte qu’il rendit 3r0ia dès» le jour même, du contenu en cette requête , S- M., par un arrêt de son conseil, ordonna» que « tous ceux se qualifioient alors » ses peintres et sculpteurs seraient tenus de '” S'unir ét incorporer incessamment au corps de » ladite Académie royale, avec défenses à tous ses >> peintres et sculpteurs ne seroient de ladite >> Académie de prendre la qualité de peintres ou >> sculpteurs de S. M. Permis aux jurés de la mai— ” trise de continuer contre eux leurs poursuites, ” réV0quant à cet effet toutes lettres et brevets qui ” Pourroient pour raison de ce avoir été donnés ” P0édemment. »

M - C01hert ajouta à la diligence de cette favo— rable expédition une autre marque de cette attendon particulière qu’il montra toujours pour tout ce ‘1‘“. Poumit intéresser l’Académie ; car, pour emPê°her que les deux maîtres en question ne t1— rassent de cette disposition la vanité de s’en pré— coniser les objets immédiats, ou ne la traitassent d’in5ËMent de vengeance particulière , il voulut qu’elle fût de date antérieure à celle de leur billet. L’arrêt 0_St , en elÏ'et, du 8 février 4663.

Ce qui en facilita beaucoup l’obtention , fut que tout récemment le roi, s’étant fait représenter l’é— tat de sa maison, y avait trouvé employé un grand

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