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Elle avoit été obtenue par M. Le Brun, qui, par un mouvement de cette générosité qui étoit comme l‘âme de toutes ses actions , avoit voulu laisser cet appât même éson adversaire le plus déclaré, pour l’attirer dans une compagnie où sa grande passion émit de rassembler tout ce' qu’il connoissoit d’il— lustre et de considérable dans les deux arts.

Le premier pas que fit M. Testelin‘ dans la poursuite des enregistrements lui fit concevoir qu’il lui restoit encore bien des obstacles à vain—cre avant que de s’y pouvoir promettre une issue heureuse. Ce fut celui d‘aller solliciter M. le pro— cureur général du parlement de vouloir nous être favorable dans ses conclusions. M. Le Brun , qui étoit connu et estimé de toutes les personnes de considération , l’étoit très particulièrement de ce magistrat; le secrétaire, pour s’appuyer de lui, le pria de le conduire à son audience. Ils y fu— rent reçus avec toute la politesse possible; mais , ces premières démonstrations expédiées, M. le pro— cureur général leur déclara que les maîtres avoient formé opposition entre ses mains, et il ne leur dissimula point qu’ils lui paroissoient fondés en raisons très fortes et très solides, et telles qu’il doutoit fort que l‘on y pût rien Opposer qui fût capable de les détruire. Ces raisons étoient celles

qu’ils avaient exposées d’une façon très artificiéuse dans un certain factum qu’ils venaient de faire imprimer en grand secret, et où les vues et les intentions de l’Académie étaient dépeintes avec les-couleurs les plus odieuses et les plus noires. L’impression que l’on'voyoit sensiblement que ce libelle avait faite sur M. le procureur général était infiniment à craindre par rapport aux autres juges , dont plusieurs pouvaient être encore plus prévenus que lui, et en même temps moins éclairés, surtout du côté de nos arts. Le secré— taire, vivement frappé de ce danger, songea à y parer sans perdre , pour ainsi parler, un moment; car, dès le même jour, il prit la plume pour réfuter cet impudent écrit des maîtres , pour en dé— montrer la punissable malignité, et la fausseté des allégations et des imputations y contenues et pour en démasquer une bonne fois pour toutes et les auteurs et leurs moteurs. Il s’en acquitta d’une façon si victorieuse qu’ils en demeurèrent courerts de confusion et de blâme. Les juges re— connurent avec indignation la coupable hardiesse ancjlaq‘uelle on avait osé tenter de surprendre leur religion. M. le procureur général parut en être frappé plus fortement que les autres, et être disposé à agir en conséquence.

L’intervalle de temps qu’il avait fallu pour produire ce favorable effet avait été rempli par le

secrétaire à pourvoir aux formalités indispensables de la Procédure. Ainsi, dès le 9 «janvier 1664 , il avoit présenté au parlement une requête ' au nom de l’Académie tendant « à ce qu‘il ‘fût » ordonné que, sans s’arrêter à l’opposition for« » mée par les maîtres peintres et sculpteurs de » Paris à l’enregistrement des lettres patentes du » mois précédent et de laquelle ils semient' dé— » boutés avec dépens , il seroit passé outre à cet » enregistrement. » Soit qu’on se fût un peu trop hâté à présenter cette requête, soit que les juges , tout détrompe’s qu’ils fussent sur les motifs qui faiSoiént agir les maîtres , ne se vaulussent point départir des règles ordinaires, ils avoient prononcé “trois jours après, c’est—à—dire le 12 , un arrêt par lequel « les parties avoient été ap» pointées à fournir leurs moyèns d’opposition et »à écrire et produire par devers M. Tambou— » neau, conseiller en‘ la cour. » L’Académie se voyait ainsi embarquée encore une fois dans un procès en forme , l‘objet de sa plus forte aversion et celui du plus âpre désir des maîtres, qui, con— noissant combien ils n6us étaient supérieurs du côté de la chicane, se flattérent de se servir de cette arme favorite avec le même succès qu’ils s’en étoient servis contre nous par le passé.

M. Colbert_, par un nouvel acte de sa bienveil—

mec pour l’Académie, ne contribua pas peu à

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dérouter leurs projets litigieux. Ayant lu les moyens de défense qu’elle avait remis à Mule procureur général , et appris l’heureux effet qu‘ils avoient oproduit sur l’esprit de ce magistrat, il crut que ce ne serait point une précaution inutile de l'informer d’abondant des intentions du roi par rapport à la compagnie en général. Il les lui expliqua dans un billet de sa main, dont M. du Metz voulut être lui—même le porteur, sans doute afin d’avoir une occasion de plus de signaler son zèle pour les intérêts de l’Académie; La manière dont il s’acquitta de ce message la servit efficacement par les connaissances non suspectes qu’il était en état de donner de toute cette affaire, et

' qu’il en donna en effet. Comme tout Ce que nous avons reçu de ce grand ministre a toujours été infiniment précieux à l’Académie, elle a dé— posé parmi ses archives une copie de ce billet, collationnée sur l’original; en voici la teneur :

« Le Roi m’a ordonné de dire de sa part, à » monseigneur le Procureur général, que Sa Ma» jesté, voulant appuyer et maintenir fortement » l’Académie royale de peinture et de sculpture, » elle désire qu’il en favorise l'établissement en » consentantàl’enregistremcnt des lettres patentes » que Sa Majesté lui a accordées nonobstant l’ap» position des maîtres peintres, et qu’il la protège

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» en toute rencontre. C’est son très humble et très » obéissant serviteur signé Colbert. »

M. le procureur général, pénétré, par ces divers éclaircissements, de l’utilité, de la nécessité et de la justice de l’arrangement en question, n’hésita plus, après cette recommandation de M. Colbert, d’y donner les mains sans restriction et sans ré— serve. En conséquence , il donna dès le lendemain ses conclusions par écrit, à ce que, sans s’arrêter à l’opposition des maîtres peintres et sculpteurs, le parlement procédât à l’enregistrement pur et sim— pie, tant des lettres patentes mentionnées, que des nouveaux statuts. Ainsi se termina cette discussion pour ce qui regardoit ce premier officier du mi—

nistère public.

Cet obstacle ne fut pas sitôt levé , qu’il s’en pré— senta un autre, par l’opposition que forma à notre enregistrement l’olficier subordonné de ce même ministère. Le procureur du roi au Châtelet de Paris, M. de Riantz , qui remplissoit alors cette char— ge , étoit un très galant homme , ennemi de tout procédé _incivil et irrégulier. Mais il se regarda comme obligé indispensablement de défendre les droits de cette même charge, qu’il croyoit attaqués par le nouvel arrangement, et ce fut cela même qui nous fit envisager cet incident comme suscep— tible des plus grands embarras. La remontrance par écrit, qu’il présenta en conséquence au parle—

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