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sur les rubriques du palais, et qui étoient aussi accoutumés à y ramener tout qu‘ils l’étoient peu à regarder la matière des arts comme relative au bien et à la gloire de l‘état, et à réfléchir sur l’énorme distance qui se trouvoit entre les peintres et'les sculpteurs du plus bas ordre et ceux de l’ordre le plus supérieur. A force cependant, par les plus éclairés et les plus diserts d’entre nos académiciens, de voir en particulier ceux de Mes— sieurs dont ils étoient connus, de leur expliquer tout le passé et de les mettre au fait de tout, ils furent assez heureux enfin pour vaincre une bonne partie de la répugnance qu’ils avoient trouvée dans ces magistrats contre le nouvel arrangement.

Celui dc tous qui résista le plus longtemps et le plus fortement, et qu’il nous importoit le plus cependant de conquérir , fut M. Tambonneàu, rapporteur de l’afl'aire. La connoissance particu— lière qu‘il avoit de tous les biens que l’Académie avoit produits depuis son établissement et de ceux qu‘elle produisoit encore tous les jours, des vexa— tions et des chicanes qu’elle avoit essuyées, de l’invariable candeur de ses procédés, et l’estime sincère qu’il avoit d’ailleurs pour le mérite et la vertu de ceux qui étoient à la tête de l’Académie, eurent bien de la peine à tenir contre les vieux titres et la prétendue possession des maîtres de la communauté. Tant il est vrai que cet amour ha— bituel de la forme triomphe souvent de la raison et de l’équité mêmes. Elles se ressaisirent pourtant» ici de leurs droits; M. Tambonneau avait trop de sens et de vertu pour ne point céder à la fin à leurs inspirations. Aussitôt qu’il eut achevé de prendre tous les éclaircissements dont il crut avoir encore besoin, il rendit compte de l’état de la cause à M. le premier président. Elle fut mise sur le rôle pour être jugée de petits commissaires, et l'on nous fit espérer qu’elle le serait incessam— meut.

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Les droits ayant été consignés , et tous les autres soins qui nous regardaient remplis par le secrétaire, il proposa à la compagnie de nommer un nombre compétent de députés pour aller solliciter nos juges , et chercher à dissiper jusqu’aux moindres nuages de difficulté ou de doute qui pourraient encore leur rester dans l’esprit. Il sut faire composer cette députatiou de ce qu’il y eut dans l’Académie de sujets le mieux au fait de nos affaires, les plus distingués par leur esprit et _ leur capacité, et le plus en état ainsi de payer de ’ leurs personnes au besoin; ce furent messieurs Le Brun, Errard, Bourdon, Champagne, Van Opstal , les deux frères Beaubrun , De Sève l’aîné , Mignard l’aîné, Nocret, Sarrazin et Corneille; M. Testelin lui-même y était requis trop essen

tiellement pour pouvoir y être omis; il y fut ajouté comme par acelamation. Ce que ces treize hommes ont fait en cette occasion pour les beauxarts et pour notre heureuse institution mérité une reconnoissance éternelle. C’étoient les mêmes qui, détachés et séparément , avoient si utilement travaillé à faire revenir nos juges prévenus ou mal informés; ils se surpassèrent depuis qu'ils se trouvèrent ainsi réunis. Tout ce’qu'ils employé— rent de zèle et de soins, ce qu’ils répandirent de clarté et de conviction et ce qu’ils firent d’admirable pour conduire cette grande affaire au point de ses derniers succès et de sa pleine consommation, est au dessus de ma foible ex— pression, et les doit a jamais faire considérer comme les Seconds pères de notre heureux établissement.

Ayant appris que l’affaire devoit être mise sur le bureau en la maison de campagne qu‘avoit M. le premier président au village d’Auteuil, où , afin de pouvoir l’examiner à tête reposée , il avoit invité messieurs les commissaires de s’assembler un jour de fête , ils lui demandèrent la permission de s’y rendre pour pouvoir être entendus, s’il étoit jugé nécessaire. M. le premier président, qui faisoit profession publique. d’honorer et de chérir les lettres et les arts, y consentit de la meilleure grâce du monde. C’étoit le célèbre Guillaume de

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Lamoignon , dont le nom seul suffit pour remplir l’idée du plus parfait éloge.

Après que le procès eut été vu par messieurs les commissaires , M . le premier président ordonna que l’on fit entrer les députés; il leur expliqua les difficultés que messieurs les juges y trouvoient et dont il déclara que quelques unes leur parois— soient être considérables et même capitales. La plupart de ces difficultés étoient les mêmes que l’on avoit en soin d’éclaircir avec ceux de mes—sieurs les commissaires que l’on avoit pu entre— tenir en particulier, et qui n’étoient relevées ici que par ceux que l’on n’avoit pu détromper des imputations odieuses forgées par les suppôts de la maîtrise. Il y en eut aussi quelques autres nou— vellement avancées par M. Mignard et ses adhé— rents, et qu’ils avoient tenues'en réserve pour porter coup plus sûrement en ne les employant à l’abri de nos répliques que dans les derniers moments, pour ainsi dire, qui précéderoient le ju— gement définitif. Pour résoudre les premières, les députés ne firent que récapituler les solides rai— sons déduites en temps et lieu. A l’égard des der— ' nières, comme elles ne formoient, à proprement parler, qu’un tissu de suppositions et de vaines subtilités, les députés n’eurent besoin pour les anéantir d’autres armes que de leurs armes ordinaires, la vérité, l’équité et l’amour de la gloire

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:36 HISTOIRE DE L’ACADÉMIE

des arts , inséparable de celui du bien de l’état. Ils s’en servirent d’une manière aussi efficace et axissi triomphante pour la cause de l’Académie, que destructive et humiliante pour les préten— tions de ses adversaires. L’assemblée fut tou— chée et édifiée de la candeur et de la modération qu’elle voyait régner dans les éclaircissements et les défenses de nos députés, et leur donna toutes les marques p055ibles d’estime et de considération ; les ayant ensuite fait retirer pour al— ler aux avis , elle les fit rentrer quelques minutes

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» core que la cour fût‘persuadée que des per— » sonnes d’un mérite aussi distingué dans les »arts qu’étoient celles qui composoient leur com— » pagnie ne voudroient jamais y admettre ni » associer des sujets d’une assez médiocre capacité » pour ne pas devoir aspirer à plus haut qu’à la >>" simple maîtrise, néanmoins , Messieurs jugeoient

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» melle et irrévocable. » Les députés n’hésitèrent pas 'à faire cette promesse au nom de tout le cOrps académique présent et à venir, et ajoutéI‘ènt: « Que la cour trouvoit une garantie plus ’> assurée dans la constitution et l’essence de ce >Y même corps qu’elle n’en pourroit trouver dans >> toutes les précaufionslégales, puisqu’il cesseroit

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