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sans frais. Cette uniformité parut si nécessaire à
l’assemblée qu’elle imposa la peine de déchéance
de la qualité d’académicien à ceux qui refuse—
roientd’y acquiescer ou qui manqueroient de se
mettre en règle sur ce point. '

Aussitôt l’on vit tous les anciens membres de
l’Académie, tant officiers que simples académi—
ciens, se présenter avec une espèce d’émulation
pour satisfaire à cet arrêté. En très peu de temps,
la conversion prescrite se trouva consommée sur
toutes les lettres qui étoient dans ce cas , hormis
sur celles du seul M. Bosse , celui—là même dont
il a déjà été fait mention dans ces mémoires Il
sera bon de se rappeler ici ce qu’on y a vu, à l’oc—
casion de l’expédition de ces lettres , employer de
sa part de subtilité et d’affectation.

Cet homme, naturellement inquiet et soup- '

çonneux , s’étoit mis en tête qu’en exposant ses
lettres au renouvellement ordonné , il couroit ris—
que d‘y voir retrancher quelques—unes de cesex—
pressions chéries qu’il avoit avec tant de manège
su y faire ajouter dans le temps. Les projets,
qu’il n‘avoit cessé de bâtir sur ces expressions,
l’attachoient aux lettres où elles étoicnt employées
comme à des titres d’où auroient dépendu son
honneur et sa fortune. Ainsi il prit le parti de ne
s’en point dessaisir, quelque chose qui lui en
pût arriver. Un autre foible qu‘il avoit, c’était

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folles prétentions qu’il médit0it de longue main. Fondées sur cette expression extorquée, qui se trouvoit dans ses lettres, qu’il avoit professé la per— spective et ses dépendances, elles ne le portoient à rien moins , ces prétentions , qu’à s’arroger une supériorité d’enseignement sur toutes les parties de l’art sans exception. La chaleur avec laquelle il produisit et voulut faire passer cette chimère, força l’Académie de le repousser avec fermeté. Cette résistance, toute raisonnable qu’elle étoit, le mit dans une espèce de fureur. Il s’en prit à toute la compagnie en général, et à chacun de ses membres en particulier, et alloit partout, les invectivant par des propos les plus aigres et les plus outrés; il inonda le public de libellés imprimés et très injurieux contre les principaux de l’Acadé— mie et singulièrement ofi'ensants à M. Ratabon. Celui—ci, indigné et outré d’une télle conduite, résolut de réduire sans plus différer, ou de châtier, ce réfractaire opiniâtre et violent. Il ne remit pas plus loin l’exécution de ce dessein qu’à l’assemblée la plus prochaine, et qui se tint peu de jours après. 1 ’

Les excès où se livroit l’impétueu‘x Bosse ne ‘ l’empêchoientpas d’assister à toutes nos assemblées aussi régulièrement comme s’il n’eût en rien à se reprocher ni à appréhender. Ayant donc pris sa place dans celle dont il s’agit ici, M. Ratabon

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l'interpella et le somma de satisfaire dans le jour au résultat académique touchant le renouvellement des lettres de provisions et sous les peines portées par le même résultat. Bosse , avec un air d'audace et de mépris , répondit que personne ne l'obligeroit à rapporter les lettres qu’il avoit ac— quises à juste titre et dont il étoit en possession incontestable. La hauteur de ce refus enflamma M. le surintendant d’une colère soudaine , dans laquelle il lui échappa un trait extrêmement inconsidéré , et qui frappa l’Académie d'une manière bien plus sensible que tout ce que les écarts du sieur Bosse pouvoient avoir pour elle d’insoutenable et de piquant. « J’enverrois plutôt, » lui dit—il plein d’émotiOn, ‘« toute l’Académie au Pré—aux—Clercs, que » de souffrir qu’elle vous dispensât plus long— » temps de cette soumission. »

Tous les cœurs furent saisis au même instant de cette étrange saillie, et tous les visages se couvrirent d’une morne perplexité. M. Ratabon avoit l’esprit trop pénétrant pour être le dernier à s’a— percevoir de l’inconvénient où il venait de tomber et l’avoit tr0p adroit pour ne point chercher à y parer à l’heure même. Il connoissoit l’ex— trême délicatesse de l’Académie sur le point de cette noble liberté qu’elle regardoit comme son essence et sa gloire , et savoit que le ton de domi— nation dont il venoit d‘user, s’il n'en amortissoit la première impression, allait causer un soulèvement général. Il se replia donc avec tant de souplesse , éleva si haut l’autorité et la dignité académiques, et répara sa faute avec tant d‘habileté et de grâce , qu’imperceptiblement l’assemblée rentra dans son assiette ordinaire. Elle se termina tout animent par l’expédition de quelques affaires courantes. L’on évita de revenir àcelle du sieur Bosse, dans l’appréhension qu’il ne cherchât à remettre les esprits en effervescence pour se sauver à travers de quelque nouvel incident.

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Celui que le hasard venoit de faire naître avoit pour lui cet avantage qu’il lui donna le temps de se retourner, et, s’il eût voulu en profiter, de sortir d’affaire avec honneur. Car telle émit l’invincible bonté de l’Académie qu’elle voulut bien oondesœndre, pour conserver la paix, àrenouve— ler les lettres en question sans y faire aucun chan— gement, et s’y engager formellement. Deux illus— tres académiciens , amis intimes du sieur Bosse de tous temps , voulurent bien lui en donner les assurances les plus précises de la part de la com— pagnie. Sous cette parole expresse ils n’exigèrent de lui que le rapport volontaire de ses lettres con— formément au résultat. Un refus farouche et dur fut tout ce que leur valut cette démarche d’amitié. Ils ne se rebut‘erent pas encore,ps‘imaginant que ce refus pouvoit prOVenir d’un reste de défiance tou

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