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et se dérangèrent à un point qui parut alors être sans remède et sans retour. Un incident, qui sem— bloit d’abord n’avoir rien de commun avec ce qui venoit de se passer avec M. Le Brun àl’Académie, le força en quelque sorte à les porter à la dernière extrémité. L’image naïve qu’offre cet incident du goût et des connoissances qu‘eurent dans ce temps nos princes des bâtiments sur le fait de ces beaux-arts si bizarrement asservis à leur impé— rieuse domination, mérite bien qu’on l’explique ici avec quelque détail.

La Reine Mère avoit ordonné que l‘on ornât et que l’on embellit de tout ce que l’art pouvoit avoir de plus exquis et de plus recherché le pa— villon de la petite galerie du Louvre qui touchoit à l’appartement du roi. Comme surintendant et ordonnateur en cette partie, M. Bambou avoit été chargé de la dispensation de ce travail. Quoique pour une entreprise de cette nature il y eût une distance infinie entre le génie et les talents de M. Errard, l’amitié de ce supérieur pour ce— lui-ci avoit voulu lui procurer l’honneur d’une espèce de concurrence. A la vérité il avoit eu assez de pudeur pour ne pas étendre cette con—_ currence jusqu’à l’invention des sujets principaux et de ce qu’on appelle des tableaux d’histoire, Par un tour de finesse assez mal conçu, il les avoit réservés_sans partage à-M. Le Brun, et en même temps il avoit fait entendre qu’il vouloit consulter plus d’un de nos habiles gens sur la décoration et les accompagnements de peinture, sculpture et dorure, dont il conviendroit de relever ces sujets; et, sous prétexte de confier à M. Errard l‘exécution et la conduite de la partie des ornements , il lui avoit demandé, tout comme à M. Le Brun, un dessin de la disposition et de la distribution générale du tout. Cette petite misère avoit paru si pitoyable à nos illustres, qu’ils avaient su un gré infini à M. Le Brun de la noble indifférence avec laquelle il avoit passé par dessus pour ne s’occuper que du soin d’arrêter et de traiter son sujet d’une manière digne de lui.

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Avec cette aho‘ndance et cette grandeur de génie et d’idées qu’il possédait comme exclusive— ment, il avoit commencé par l’embrasser dans sa totalité. Il en avoit placé le trait dominant dans la coupole du pavillon , comme au centre de sa composiü’on, et en avoit disposé les parties anxi— liaires et accessoires avec tant d’art, de goût, de discernement, que toutes , jusqu’au moindre petit ornement, étoient dans une correspondance et une relation nécessaire avec la pensée supérieure , et que chacune semthit ajouter à l’unité et à l’harmonie du tout ensemble de ce merveilleux concept. Au jugement des meilleurs connaisseurs . il ne s’étoit jamais rien vu de plus heureusement imaginé , ni d’une intention plus Ëomptueuse. Messieurs des bâtiments du roi, assemblés pour y prononcer le leur, ne purent lui refuser leur ad— miration , surtout après que M. Le Brun leur eut fait comprendre cette concordance , si noble et si savante, qu’il‘awit établie entre les travaux du peintre et du sculpteur, et de la dorure, et en quoi l’on peut dire qu’il excelloit surtout, et s’étoit surpassé lui—même en cette occasion.

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M. Errard lui—même fut contraint de rendre témoignage à cette vérité, et de joindre son ap— probation à celle de toute l’assemblée. Il s’y étoit rendu un peu plus tard que M. Le lërun, et y entra au plus fort _de ce brouha de ravissement qu’y causa la superbe producËon de ce grand homme. Quelque avantage qu’il cherchâtà prendre sur lui du côté de l’intrigue et de la passion de dominer, il avoit trop d’esprit pour ne pas sentir combien l’autre lui étoit supérieur du côté du talent? du moins en envisagea—t—il ce moment critique comme une leçon frappante , à juger par le parti qu’il prit tout—à—COup d’éviter le compro— ainsi il commença par cacher avec soin le dessm_ qu’il avait apporté. Les louanges un peu miennes sur le chapitre de l‘autre, la compagnie lmdemanda à Voir le sien; il s‘excusa de le lui Prese'{ters sur ce que celui de M. Le Brun em— brassoxt et comprenoît tout et d’1me manière aussi

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satisfaisante que merveilleuse , et qu‘ainsi le sien ne pouvoit plus être d’aucune utilité. M. Ratabon reconnut alors la faute qu’il avoit faite pour les intérêts de son favori de l’exposer à un tel échec, et songea aussitôt à la réparer par un tour digne de lui. Il pressa tant et si fort pour que l’on examinât aussi les dessins de M. Errard, que celui-ci, obligé de céder à l‘empressement de son Mécène, étala à son tour sa'composition sur le bureau. C’était une distribution par compar— timents, toute des plus triviales et des plus in— sipides , et où étoient laissés de grands vides destinés à être remplis -par M. Le'"Brun. Le promoteur de ce dessin ne manqua pas de le trouver aussi d’une grande beauté et d’accueillir son auteur avec les éloges les mieux assaisonnés; ' il avoit ses raisons. Ses acolytes, ou par com— plaisance ou autrement, firent un léger chorus de louanges vagues et banales; c’étoit tout ce qu’il leur demandoit pour aller à son but.

Le résultat de cette petite manigance fut qu’on arrêta que les dessins seraient tous deux portés à la reine par M. le surintendant, afin que sa majesté pût avoir à choisir, ce qui d‘ailleurs étoit juste, etc. Délié et avantageux comme il l’étoit, il ne lui fut pas difficile de faire pencher le choix du côté où il s’étoit fait un si faux et méprisable ' point d’honneur de le faire tomber. Après tout cequi

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venoitde se passer, M. Le Brun ne put regarder cette chute que comme une insulte personnelle et préméditée. Le déplaisir qu’il en conçut, encore qu’il eût le cœur trop haut pour n’en rien laisser voir au dehors, le détermina à renoncer à l’ou— vrage qui y avoit donné lieu. Il trouva tant de prétextes pour ne le point commencer, qu’à la fin on se lassa et se rebuta, et que tout le projet fut abandonné. Ainsi par un aussi aveugle et un aussi misérable intérêt, le public se vit privé d'un des plus beaux monuments du rare et su— blime savoir de celui de tous nos peintres français qui peut—être a fait le plus d’honneur à sa nation et aux arts.

L‘indisposition qui lui en resta contre les deux auteurs de ce procédé, jointe à celle qu’il nour— rissoit depuis longtemps par rapport à l’asservissement où ils travaillaient à mettre l’Académie, le détermin‘erent enfin à rompre o vertement avec eux; sa sévérité sur cela alla siloin , qu’il crut devoir s’interdire jusqu‘aux occasions qui pour— roient l’entraîner en leur compagnie malgré lui. Il crut que la garde des sceaux académiques, attachée à sa qualité de chanœlier, étoit sus— ceptible d’en faire naître ou d’inopinées ou d’iné— vitablès , et ne balança plus de ce moment de s’en débarrasser; c’étoit peut être en user un peu du— rement envers une société où il étoit estimé et

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