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Aussitôt M. Le Brun et son excellent ami M. Testelin mirent la main .à l’ouvrage. Ils y posèrent pour base primitive le soin essentiel de bien établir l‘école académiqu_e , cette fructifiante pépinière des beaux-arts , et d‘assurer aux jeunes élèves une culture .solide, lumineuse, suivie, et telle qu’il la faudroit_pour les mettre en état d’a — teindre au plus haut degré des belles connaissances et de la saine pratique de ces mêmes arts. Ils montrèrent de plus les avantages que produi— roient à l’égard des sujets transcendants d’ajouter à cette culture celle de l’Académie de Rome. En— fin ils n’oublièrent rien de tout ce qui pouvoit répandre l’émulation et parmi les disciples et parmi les professeurs, et faire prendre aux uns et aux autres cet essor noble et nerveux qui seul produit les talents supérieurs. Un tel début ne pouvait guère manquer de capter l’attention et l’approbation de M. Colbert, qui, dans tous ses entretiens particuliers avec M. Le Brun, n’avoit paru respirer que munificence et qu’encourage— ment. Aussi ne fut—ce pas sans dessein que les habiles auteurs du mémoire l’avoient disposé ainsi. ' L’article de la dépense requise pour l’entretien des exercices de Paris venoit immédiatement après ,. et ne pouvoit être placé mieux. Nos deux représentants, pour en déterminer l’objet , avoient pris un juste milieu, s’éloignant également de

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cette épargne serrée où il avait fallu se prêter, lorsque les frais de ces exercices s’étoient tirés par subvention de la bourse des académiciens, et de cet esprit de profusion où l’on se livre si volon— tiers lorsqu’on trouve la facilité de se faire défrayer par le roi. La règle qu’en cela ils s'imposèrent judicieusement fut de fixer cette dépense de manière que l’on se pût trouver de ce côté—là assez au large pour rendre nos exercices et moins limités et moins économisés que jusque alors ils‘ s’étoient trouvés quelquefois; tout ce qui alloit au—delà ou ne se rappqrtoit pas à cet objet leur parut ne pouvoir être proposé. Quand même ils n'eussent point en autant de sentiment qu’ils en avoient , il étoit de leur prudence de se tenir hors de soupçon de vouloir abuser des nobles inten— tions d’un“ ministre aussi bienfaisant , et qui, pour nous obliger, alloit au-devant de tout.

Ce motif les porta donc à se restreindre aux seuls frais concernant les exercices de notre école, tels “que les honoraires des quatre recteurs, ceux des douze professeurs et des maîtres de géométrie , de perspective et d’anatomie; les appointements des modèles; les dépenses pour raison du lumi— naire, du chauffage, et la valeur des prix à pro—poser aux jeunes étudiants. Le tout fut évalué à quatre mille livres par an, somme considérable il 'est vrai, comparée au montant des frais que nous avions faits jusque alors, mais très modique, certes , considérée dans toute l’étendue de ces mêmes frais; aussi fut—elle accordée sans aucune ' réduction ni difficulté. Il eût été de la justice d‘accorder quelques honoraires au chancelier, au secrétaire, au trésorier, à l’huissier de l’Académie, qui tous sont astreints à des fonctions et àdes de— voirs assez pénibles et fort assujetfissants; mais, encore une fois, l‘appréhension de pouvoir être regardés comme indiscrètement exigeants' arrêta les auteurs du mémoire; d’autant qu’on eût pu croire qu’ils se fussent portés à cette demande pour leur intérêt personnel.

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La partie honorifique, n’étant point susceptible de semblables scrupules, n’avoit garde d’y être négligée par des hommes aussi noblement occupés de la gloire de leur art. Par l‘article 20 des sta— tuts du 24 décembre 1654 , confirmés par lettres patentes du mois de janvier 1655, le roi avoit accordé aux dix—neuf ofliciers de l’Académie et aux onze plus anciens académiciens, faisant en tout le nombre de trente , les mêmes exemptions, privilèges et droits dont jouissent les membres'de l’Académie françoise et les olficiers commensaux de la maison de Sa Majesté. Les rédacteurs du mémoire osèrent supplier que cette faculté fût étendue indéfiniment à tout le corps académique, quel que fût le nombre des membres dont il se

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trouveroit composé; ce fut le seul point du mé— moire qui soufl'rît quelque difficulté, le ministre répugna à accorder une grâce aussi illimitée , mais en même temps angmenta celle dont nous jouissions en l’appliquant à quarante, tant officiers que membres de l’Académie, au lieu des trente mentionnés ci-dessus.

Le mémoire , après avoir été ainsi mis en état, avoit été porté par MM. Le Brun et Testelin à M. du Metz, qui s’en émit chargé avec beaucoup d’affection, en avoit éclairci et discuté avec eux tousles points essentiels , et s’étoit appliqué avec tant de diligence à en rendre compte et à le faire goûter à M. Colbert, que bientôt l’afl‘aires’étoit trouvée en terme d’être arrangée. Elle ne le fut pourtant dans toutes les formes qu‘après l’entière consommation du nouvel incident dont on va rendre compte; et si l’on vient d’en pressentir la détermination, et de marquer par anticipation la manière qu’elle fut réglée finalement, ce n’est qu’afin d’en embrasser mieux. tout le plan, en même temps que l’on retrace la route qui l’a con— duite au succès.

Pendant que tout prospéroit ainsi à l’Acadé— mie et que ces deux illustres promoteurs des nouvelles grâces de son roi n’étoient occupés qu’à l‘entretenir dans l’amour des études , du bon or— dre et de la paix , le démon de la dissension es—

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saya encore une fois de la venir troubler dans la possession de cet état heureux : car n’est—ce pas à juste titre que l’on peut qualifier ainsi ce fac— tieux et indomptable Bosse, auteur secret d’un nouvel attentat qui éclata alors? A force d’em— ployer de ces insinuations artificieuses et malignes qui lui étoient si familières , il avoit su détourner de l’école académique quelques jeunes étudiants , fort peu considérables à la vérité et par leur mérite personnel et par leurs entours. Il leur avoit suggéré le dessein de s’ériger une petite académie particulière indépendante de l’Académie royale, et leur avoit, sans paroître, fait trouver les premiers fonds dont ils avoient besoin pour commencer cet établissement. Avec ce secours , ils avoient loué une chambre dans l’enclos de Saint—Denis de la Chartre. Là, ils s’étoient aussitôt mis à faire les grands académiciens , imitant nos exercices , po— sant le modèle ., tenant des assemblées d’adminis

tration, et , vrais singes en tout , poussant cette es-'

pèce de parodie aussi loin qu’elle pouvoit aller. Ils exaltèrent surtout et avec beaucoup d’affectation l’avantage qu’ils alloient a_v_oir incessamment sur l’École royale d’être formés dans la géométrie et la perspective par les plus habiles maîtres du royaume. Par‘ces dehors imposants et ces dis— cours , ils détachèrent chaque jour du nombre des étudiants académiques quelque ami ou quelque u.

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