ページの画像
PDF
ePub

sans ceulx de pié des marches vers Flandres, Cassel et autres lieux, dont il y avoit grant nombre. Et y avoit aussi grant quantité de charroy, canons, bombardes, artillerie, vivres et autres besongnes neccessaires à guerre. Mais non obstant que au pourchas d'icellui duc de Bourgongne toutes les préparacions dessus dictes feussent faictes et apprestées par la licence du Roy et de son grant conseil, comme dit est, et que les monstres se devoient faire pour partir assez briefment, vindrent devers le duc de Bourgongne et les autres, certains messages qui apportèrent lectres de par le roy de France par lesquelles il leur mandoit et défendoit qu'ilz n'alassent plus avant en icellui exercice ou armée. Lesquelles lectres receues dudit duc, il assembla son conseil, auxquelz il remonstra de cuer dolent la défense et commandement que lui faisoit ledit Roy, disant que ce lui estoit grant honte et confusion de rompre et départir une si notable compaignie qu'il avoit là assemblée, sans riens faire. Néantmoins, les seigneurs là estans, considérans qu'il faloit acomplir le commandement et ordonnance du Roy et de son grant conseil, conclurent de rompre icellui voyage, et retournèrent, à tout leurs gens d'armes, en leur pays. Car le Roy avoit escript pareillement au conte Waleran de Saint-Pol, au maistre des arbalestriers, et à plusieurs autres grans seigneurs, qu'ilz se gardassent bien, sur quanqu'ilz doubtoient à encourir son indignacion, qu'ilz n'alassent plus avant en icellui voiage. Et fut icelle départie, la nuit Saint-Martin d'iver1. Toutesfoiz le duc de Bourgongne jura grant

\. Lr nuit du H au 12 novembre 1406.

I

serement, présent plusieurs de ses gens, que dedens le mois de mars ensuivant il retourneroit en la ville de Saint-Omer, à tout grant puissance de gens d'armes, et de là s'en yroit sur lesdiz Anglois des frontières de Boulenois les mectre en obéissance , ou il mourroit en la peine. Après lesquelles besongnes, icellui duc se parti de la ville de Saint-Omer, et toutes ses gens d'armes s'en retournèrent chascun en son pays. Pour lequel département, ceulx des pays des frontières de Boulenois et de Picardie firent grant murmure contre le conseil du Roy, et aussi contre ceulx qui avoient esmeu ceste armée, et non pas sans cause. Car pour la grande multitude de celle assemblée avoient moult traveillé les pays. Et lors, messire Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-George, qui estoit capitaine de Picardie , rendit ledit office en la main du duc Jehan de Bourgongne; ouquel office il establit le seigneur de Croy. Et adonc fut mis très grant nombre de l'artillerie du Roy ou chastel de Saint-Remy, en espérance de les reprendre en la saison ensuivant. Et après, ledit duc de Bourgongne, par Hesdin, où estoit la duchesse sa femme, s'en ala à Douay, et là oy certaines nouvelles que la duchesse de Brabant estoit alée de vie à trespas. Si estoit très desplaisant du département qu'il lui avoit convenu faire de son entreprinse de Calais , et pour ceste cause avoit en suspicion et en grant hayne plusieurs des principaulx officiers du Roy, et par espécial le duc d'Orléans, pour ce qu'on l'avoit informé que par son moien ceste roupture avoit esté faicte. Si eust, audit lieu de Douay, grans consaulx avec plusieurs des nobles de son pays sur ceste matière. Ouquel conseil fut conclud qu'il s'en yroit à Paris devers I

le Roy, pour impétrer de parfurnir son intencion au mars ensuivant. Lequel voyage de Paris il fist assez hastivement, et y ala très grandement acompaigné. Et fist plainte au Roy, au duc de Berry et à plusieurs autres du grant conseil, des besongnes dessusdictes, en remonstrant qu'on lui avoit fait très grant honte et dommage de lui avoir ordonné et fait faire une si puissante et grande assemblée pour riens faire. Néantmoins , pour ceste foiz fut appaisé assez doulcement, tant du Roy comme des autres seigneurs. Et lui furent remonstrez plusieurs poins pour quoy il estoit de neccessité et prouffitable d'avoir ainsi fait. Et tant, que, en fin, tellement quellement, il monstra semblant d'estre assez content. Car on lui donna espérance que au plus brief que le Roy pourroit bonnement, la besongne se parferoit1.

1. Voici comment la chronique (Cord. 16) raconte les mêmes faits. <t En cel an meisme fist le duc de Bourgoigne une grande et noble assemblée de gens d'armes environ Saint-Omer, et fist carpenter grant foison d'engiens et habillemens de guerre pour asségier la ville de Calaix; et furent tous ordonnez et banyères desployez pour aller mectre ledit siège, et estoient les processions faictez par les bonnes villes de Piccardie et de Flandres. Mais par mandement très espécial du roy de France il convint laissier ladicte emprise. Et fu commune renommée que le duc d'Orléans fut cause de ladicte deffence. Dont le duc de Bourgoigne fu très dolent, et recommença la guerre et la hayne plus grande que oncques mais. Et retourna ledit de Bourgoigne à Paris, avoec luy ses deux frères, lesquelz y menoient très grand puissance de gens. Et y fut l'évesque de Liège à belle compaignie, lequel évesque estoit frères au conte de Haynau et à la femme du duc de Bourgoigne. Et furent un jour en armes et en cottes d'armes dedens la ville de Paris pour aller combattre ledit duc d'Orléans qui estoit au bois de Vissaine, et que on disoit venir à Paris. Mais par le moien du roy Loys et des ducqs de Berry et de Bourbon la chose CHAPITRE XXX.

Comment les prélats et gens d'église du royaume de France furent mandez à Paris pour l'union de saincte Eglise1.

En ce temps, furent de par le Roy mandez à venir à Paris tous les arcevesques, évesques, abbez et autres notables et sages personnes ecclésiastiques de toutes les parties du royaume de France et du Daulphiné, a fin d'avoir advis ensemble avec le grant conseil du Roy pour l'union de toute l'Eglise universelle. Lesquelz venus, ou au moins la plus grant partie, pour ce que le Roy n'estoit point en bonne santé, fut faicte une procession générale et dicte une messe solennelle du Saint-Esperit en la chapelle royale du palais, et fut célébrée par l'arcevesque de Reims. Et lendemain, se assembla le conseil au palais, ouquel lieu estoit pour représenter la personne du Roy, le duc de Guienne, daulphin de Viennois. Si estoient avecques lui les ducs de Berry, de Bourgongne et de Bourbon, accompaigné de plusieurs autres nobles hommes. Et pour commencer la matière, ung cordelier, très sage docteur en théologie de par l'Université de Paris, leur proposa

fu appaisié, et ne partirent point de Paris. Dont ledit duc de Bourgoigne fu moult dolent, car il savoit certainement que ledit duc d'Orléans ne tachoit que à lui destruire et faire morir. » (Bibl. imp. F* Cord. 16, fol. 329 v.)

1. Il s'agit ici du XLVIe concile de Paris. Il s'ouvrit le 11 novembre 1406 et se termina le 16 janvier suivant. On y décréta la soustraction de la France à l'obédience du pape Benoît XIÎI. Ce qui fut confirmé par des lettres patentes de Charles VI, datées du 18 février 1406 (V. S.) Le Religieux de Saint-Denis les donne en entier (t. III, p. 473).

les fais pour quoy ceste assemblée estoit faicte, en remonstrant bien auctentiquement et notablement comment l'Eglise universelle avoit par très long temps esté, et encores estoit en très grande perplexité par le discord des deux papes contendans à la papalité , disant en oultre, qu'il estoit neccessité de y mectre briefve provision , ou autrement en pourroit estre ladicte Eglise en grande dérision et destruction.

En après, lendemain du jour saint Eloy1, le Roy, qui avoit recouvré santé, fut en personne oudit conseil , et avecques lui les princes dessusnommez, et fut assis ou siège royal, ouquel lieu il promist faire et entretenir ce qui seroit délibéré et conclud par la court de parlement. Et depuis, aucuns jours ensuivans, fut prononcé et publié par toutes les parties du royaume de France et ou Daulphiné, que tous les bénéfices ecclésiastiques, tant dignitez comme autres, de là en avant, ne feussent donnez de par les deux contendans dessusdiz, et avecques ce, que les finances qui estoient accoustumées d'estre portées en la Chambre apostolique ne feussent plus paiées; ains seraient iceulx bénéfices donnez et conférez par les esleuz souverains et par les patrons ordinaires, ainsi comme jadis avoit esté fait paravant les réservacions et constituions faictes par le pape Clément, VIe de ce nom.

1. Le 2 décembre.

« 前へ次へ »